Josée di Stasio: Montréal dans la peau

Josée di Stasio fait partie de notre paysage télévisuel depuis plus de 15 ans. La formule unique de ses émissions – dans lesquelles elle fait l’éloge d’une cuisine simple, exécutée avec des produits de qualité – ponctuées de rencontres inspirantes et de visites d’adresses gourmandes, aura marqué des centaines de milliers de cuisiniers du dimanche. Pour toutes ces raisons – et parce qu’elle est une fière Montréalaise! –, Caribou lui a demandé de tenir le rôle de rédactrice en chef invitée de son sixième numéro, portant sur la métropole. Avec la même générosité que celle dont elle a fait preuve tout au long de notre collaboration, Josée a répondu à nos questions sur son histoire d’amour avec la cuisine et sa ville natale.

Propos recueillis par Geneviève Vézina-Montplaisir
Photos de Daphné Caron

Comment t’es venu l’amour de la cuisine?
Avec ma grand-mère maternelle. Quand j’étais jeune, ma famille habitait juste à côté de chez elle, dans l’est de la ville. On cuisinait beaucoup ensemble et elle me laissait faire mes propres expérimentations. J’ai réalisé plus tard que cette liberté-là m’avait donné confiance, que c’était possible de faire à manger sans que ça soit compliqué, pour le plaisir. J’ai aussi compris avec elle que la cuisine avait un rôle rassembleur. Avec ma grand-mère di Stasio, j’ai plutôt découvert la palette des saveurs méditerranéennes. Elle cuisinait avec très peu d’ingrédients et faisait des miracles. Chez elle, il y avait aussi du pain qui ne goûtait pas comme ailleurs!

Emprunter des façons de faire à ma grand-mère québécoise et à ma grand-mère italienne a créé chez moi une mixité – très montréalaise! – qui allait forger ma façon d’approcher la cuisine.

Quand as-tu senti que la cuisine allait être quelque chose qui allait constituer une partie importante de ta vie?
Très jeune, je me suis mise à voyager et la cuisine a été pour moi une façon d’entrer chez les gens. Aller au marché, était un moyen de connecter avec les habitants et de connaitre la place. Je rêvais d’être invitée à partager un repas chez les gens car je voulais savoir ce qu’ils apprêtaient avec les aliments achetés au marché! Plus tard, j’ai réalisé que dans mes émissions À la di Stasio et di Stasio, c’est exactement ce que j’ai fait!

La cuisine est donc pour toi un moyen de communiquer?
Oui, la cuisine est un outil pour fêter ou pour réconforter quelqu’un. La communication avec les artisans et les producteurs est aussi importante pour moi. Je valorise le fait d’avoir une conversation, de connaître l’histoire, de savoir d’où viennent les aliments… Bien avant la tendance actuelle, j’échangeais au marché avec ceux qui me vendaient leurs produits. Il y a une forme de vitalité là-dedans; une énergie qui fait vibrer! Et l’inspiration que ça donne pour cuisiner est toute autre!

Depuis que tu as commencé à cuisiner à la télé, la façon de consommer des Québécois a changé. Qu’est-ce qui t’a le plus marqué dans cette évolution?
Tellement de choses! Du temps de mes débuts à l’émission de Daniel Pinard [Ciel! mon Pinard], le nombre d’artisans aux produits exceptionnels, on les comptait sur les doigts des deux mains. L’évolution de la quantité et de la qualité des produits et des artisans a été exponentielle; tout comme l’intérêt des gens envers ceux-ci. L’arrivée des réseaux sociaux et des blogues a également grandement influencé la façon de consommer des Québécois.

Qu’est-ce que tu apprécies le plus de Montréal et de sa gastronomie?
Ce qui me fascine de cette ville, c’est la diversité de ses quartiers. Chacun a sa spécificité, mais aussi sa propre personnalité. L’apport des communautés ethniques et la diversité des commerces sont aussi très riches. Voyager dans sa ville, ça se peut! Montréal est ouverte sur le monde, rafraîchissante.

Ici, les chefs sont permissifs avec la cuisine, ils n’ont pas de règle, ils s’éclatent, ils osent, ils n’ont pas peur de mixer, et ça se goûte dans les assiettes.

Qu’est-ce que tu fais découvrir à un touriste qui vient à Montréal?
Je l’amène dans mon quotidien, car quand je vais à l’extérieur, ce que j’aime, c’est qu’on m’amène au marché, faire les courses, prendre un café. Si je dois faire visiter la ville à quelqu’un, je vais faire un circuit qui ne comprendra pas que des visites dans des restaurants; il y aura aussi des rencontres avec des Montréalais de différents horizons.

En rafale

Qu’est-ce qu’on mange chez Josée di Stasio?
Beaucoup de «greens». Je ne me sens pas bien quand il n’y a pas quelque chose de vert dans mon frigo. Et on mange du pain!

Qu’est-ce que Josée di Stasio n’aime pas manger?
Les avocats, le poivron vert et le foie gras poêlé, ça ne passe pas.

Ton premier livre de cuisine?
L’Encyclopédie de la nouvelle cuisine de Jehane Benoit. Je ne le consulte plus souvent, mais je l’ai gardé. Je suis une grande consommatrice de livres de recettes!

Avec qui aimerais-tu cuisiner, mort ou vivant?
Catherine de Médicis, pour tout ce qu’elle a apporté à la France de l’Italie. Parce que c’était une femme très raffinée et qu’elle aurait plein d’histoires de familles à raconter! Et j’aurais aimé avoir David Bowie à ma table.

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