David Suzuki souhaite des initiatives comme celle du Grenier boréal partout au Canada

Le petit village de Longue-Pointe-de-Mingan, sur la Côte-Nord, a reçu de la grande visite cette semaine. L’environnementaliste David Suzuki a traversé le Canada pour venir remettre en main propre le Prix Action David Suzuki à la coopérative d’agroforesterie Le Grenier boréal. Ce prix récompense chaque année des projets québécois qui ont un effet positif sur l’environnement et leur communauté. Avec son initiative de production de fruits et légumes dans un contexte nordique, le Grenier boréal s’est démarqué parmi 150 projets soumis. Caribou a assisté à la cérémonie et a eu la chance de s’entretenir avec l’illustre scientifique canadien qui a dédié sa vie à la défense de l’environnement.

Texte et photos de Geneviève Vézina-Montplaisir

En quoi le travail du Grenier boréal s’est démarqué des autres projets soumis au concours Prix Action David Suzuki?
Nous voulons encourager des projets qui fonctionnent. C’est une chose de dire «On va créer une coopérative en agroforesterie dans une petite communauté nordique», mais c’est une autre chose de voir le rêve se transformer en réalité et de réaliser qu’après quelques années, ça fonctionne bien, ça crée des emplois, ça mobilise les gens et ça les rend fiers. Les habitants de Longue-Pointe, qui avaient un accès limité à des fruits et des légumes frais auparavant, ont changé leurs habitudes alimentaires depuis l’arrivée du Grenier boréal. Ce n’est pas rien! Et en consommant localement, ils réduisent l’empreinte écologique liée au transport de leurs denrées alimentaires. C’est un modèle à suivre pour les régions éloignées des grands centres du Canada. Je vais maintenant pouvoir repartir d’ici et promouvoir ce genre d’initiative partout au pays.

Le village de Longue-Pointe-de-Mingan est situé à plus de 1000 kilomètres de Montréal, au-dessus du 50e parallèle. Est-ce que ça a été une surprise pour vous de voir toutes les variétés de fruits (fraises) et légumes (tomates, laitues, radis) que le Grenier boréal produit dans ces conditions?
Je trouve cela vraiment excitant parce que c’est avec de telles initiatives que nous allons pouvoir prouver qu’il y a d’autres façons de se nourrir qu’avec le système alimentaire dans lequel nous évoluons actuellement. Nous ne pouvons pas continuer à supporter un système dans lequel les aliments poussent à plusieurs milliers de kilomètres d’où ils sont consommés. C’est fou! Nous devons produire nos aliments beaucoup plus localement. Et je pense que nous devons également consommer nos aliments en saison.

Quand j’étais plus jeune et que nous voulions des légumes et des fruits en hiver, nous allions dans le placard à conserve et nous mangions des légumes et des fruits en canne! Aujourd’hui, les gens veulent des légumes et des fruits frais en plein milieu de l’hiver, mais nous sommes au Canada! Nous importons des fruits de la Nouvelle-Zélande et du Chili, c’est complètement absurde!

Nous devons réapprendre à manger nos fruits et légumes produits localement et à les manger en saison, pour être en harmonie avec les cycles de la nature.

Comment croyez-vous que notre façon de nous nourrir devra s’adapter aux conséquences des changements climatiques?
Nous ne savons pas exactement quelles conséquences auront les changements climatiques sur notre alimentation, mais nous savons que vous allons devoir produire notre nourriture plus près d’où nous la consommons pour les contrer. Cela signifie que notre relation avec la nourriture devra changer. Boire du café devrait être considéré comme un luxe, pas comme quelque chose qu’on fait cinq fois par jour! D’où vient notre café? Nous devrons y penser davantage et connaître l’origine de notre nourriture pour faire des choix plus éclairés.

Aujourd’hui, les enfants sont complètement déconnectés de la nature et de la provenance des aliments qu’ils mangent. Je me souviens d’un jeune garçon qui est venu dans nos bureaux et qui riait de sa sœur qui pensait que les croquettes de poulets venaient du PFK et non pas d’un animal vivant. J’ai vu aussi des enfants outrés de constater que les légumes poussaient dans la terre, car ils trouvaient ça sale! Cela dit, il y a de l’espoir avec notamment l’engouement pour l’agriculture urbaine. À Vancouver, où j’habite, je vois toutes sortes d’initiatives et elles sont créées par des jeunes!

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Retrouvez dans le cinquième numéro de Caribou, portant sur la nordicité, un article traitant de l’approvisionnement sur la Côte-Nord, et du Grenier boréal.