Études au jardin, l’exemple de l’école Louis-de-France

En Mauricie, une école fait le pari d’éveiller ses élèves aux réalités de l’agroalimentaire, pour qu’en jardiniers-citoyens, ils se préoccupent de l’état de la Terre et des gens qui la cultivent. Ils apprennent qu’avec un bon terreau, de minuscules semences, des vers de terre, de la délicatesse et de la patience, on récolte beaucoup plus que des aliments.

Un texte d’Hélène Raymond

«Regarde, il y en a un ici! La tige du radis est sectionnée… on va gratter avec le doigt, le trouver et l’écraser.» Le ver blanc, l’ennemi juré des jardiniers, n’a rien vu venir. En quelques secondes, il s’est retrouvé sur le sol, «écrapouti». Béatrice continue: «Nous avons appris aux petits (elle est en sixième après tout!) à les détecter pour protéger nos légumes.» Elle cause semis, transplants et fumier de poule avec aisance. Elle en est fière.

Comme marraine du projet «L’agroalimentaire s’invite à l’école*», j’ai eu droit à une visite guidée du potager de l’école Louis-de-France lors de son inauguration officielle. J’ai été frappée par la vingtaine de bacs géants alignés dans le parterre, par les tonneaux installés pour recueillir l’eau. Par la qualité des centaines de plants produits un peu partout dans l’école. Des garçons qui s’amusaient au pied d’un arbre m’ont montré les nichoirs qu’ils venaient d’installer, pour attirer les oiseaux qui allaient se nourrir d’insectes indésirables.

J’ai eu l’occasion de voir des potagers dans plusieurs cours d’école. Il y a quelques années, Alice Waters m’a raconté de vive voix son projet qui, de sa Californie a essaimé sur tout le territoire américain, jusque dans le parterre de la Maison-Blanche. Dans la Drôme française, là où l’agriculture biologique a fait d’immenses progrès, un cuisinier a cueilli avec grand respect quelques herbes et légumes pour décorer les plats du repas du midi, les enfants surveillant chacun de ses gestes.

Chaque fois qu’on transforme une école avec des plantes ornementales ou potagères, on la fait fleurir de l’intérieur.

J’ai expliqué aux enfants de Trois-Rivières que leur aventure est unique. Parce qu’on y fait plus que cultiver des légumes. Depuis quelques mois, ils accueillent des agriculteurs et des travailleurs des métiers de la transformation et de la distribution. On leur explique ce qu’est l’agriculture de proximité. Avant la fin des classes et à la rentrée, on célébrera les récoltes. Convaincu de la valeur du projet, le milieu s’est serré les coudes. Les parents sont d’abord venus en grand nombre pour installer, teindre, remplir les bacs de culture et ils se sont engagés à entretenir le potager, de la fin de l’année scolaire jusqu’à la rentrée.

La belle ambition de cette école qui se proclame «plus verte que jamais», c’est de bâtir un projet pédagogique dans lequel les sciences de la nature, le français et les mathématiques cohabitent avec le jardinage. En prenant soin de noter bons et mauvais coups, pour que d’autres écoles puissent l’adapter à leur réalité. À partir de maintenant, commence à s’écrire un nouveau manuel d’agriculture. Il contiendra des chapitres sur l’histoire de notre alimentation, sur la biologie, la géographie, la botanique. Ce sera aussi le meilleur des ouvrages de cuisine! Cultiver son potager, c’est goûter des saveurs nouvelles, découvrir la véritable fraîcheur et surtout comprendre tout ce que ça représente de labeur: «J’ai appris que ça prend beaucoup de métiers pour faire une barre tendre», écrivait un élève de troisième année.

Le défi des prochaines années consiste à donner l’heure juste aux enfants; à raconter toutes les facettes de la production agricole. À semer des graines de possible pour que certains d’entre eux ne fassent pas que rêver de devenir maraîcher ou éleveur mais qu’ils puissent le devenir (le démarrage, comme la transmission d’une ferme demeurent ardus pour qui ne provient pas du milieu agricole). Il faudra aussi leur montrer le sens véritable du mot proximité, qui ne sert pas qu’à mesurer des kilomètres mais la force des liens de voisinage. Tous les adultes qui ont accepté de prendre part à l’aventure partagent cette responsabilité.

À l’école Louis-de-France, on ébauche une définition locale de «l’école idéale» qui s’appuie sur les compétences des enseignants, l’identité régionale et l’enthousiasme des familles. On anime une cour d’école puis, la rue, le quartier… comme si on semait des potagers. Et c’est aussi comme ça qu’on change le monde.

*Il s’agit, je tiens à le préciser, d’un engagement bénévole qui s’inscrit dans la foulée de Goût du monde ou Saveurs locales? Quel plaisir de savoir que les livres qu’on écrit se prolongent…

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En attendant sa prochaine chronique, vous pouvez suivre Hélène Raymond sur son blogue, ainsi que sur Twitter.

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