Fraise des champs: ce précieux petit fruit qui goûte l’été

«Les petites fraises, c’est la manne du Bon Dieu!» dit Georgette Gosselin, 85 ans, de Sainte-Paule, au Bas-Saint-Laurent. Initiée par ses parents et ses grands-parents à la cueillette à l’âge de trois ans, Mme Gosselin ramasse des petites fraises des champs depuis de nombreuses années sur sa terre, un jour sur deux, de la mi-juillet à la mi-août.

Texte et photos de Mélanie Gagné

Petite fraise des champs, petite fraise sauvage, fraise de Virginie: trois termes dans le vocabulaire québécois pour désigner ce fruit rouge qui pousse surtout dans les espaces ensoleillés, où le sol est acide. En anglais, on l’appelle la «scarlet strawberry».

Dans son livre Aventure sauvage, de la cueillette à l’assiette, le cueilleur Gérald Le Gal parle de l’importance des petits fruits sauvages dans l’alimentation de nos ancêtres: «Les Amérindiens mangeaient quantités de fruits en saison et en séchaient en prévision des longs hivers. Nos ancêtres européens firent aussi un usage très varié des fruits abondants qu’ils trouvèrent sur ce nouveau continent.»

Alors qu’aujourd’hui certains trouvent la cueillette éreintante et ennuyante, Mme Gosselin, qui a encore la démarche d’une jeune femme, y voit plutôt un agréable passe-temps, un rituel: «L’été, cueillir des fraises, c’est primordial. Ça remplit la vie! Il y a des jours où les champs sentent la fraise. J’aime ça! Et puis, je ne suis pas capable de m’asseoir au soleil à rien faire. Je ne sors plus ma balançoire dehors l’été, je n’ai pas le temps!»

Quand elle cueille, Georgette Gosselin ne compte ni les plats de plastique, ni les heures. Elle est patiente, vaillante. Elle se rend au champs en tout temps, sauf quand il pleut. Lorsqu’il fait très chaud, elle cueille moins longtemps. Elle y va un peu le matin et retourne faire un petit tour au champ en après-midi. Il lui arrive de céder à la tentation de manger quelques fraises, à même le champ.

Avec ses précieuses récoltes, la cueilleuse confectionne de 30 à 40 pots de confitures par année, au plaisir de ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Elle congèle aussi quelques contenants de fraises. Elle fait de tout avec des petites fraises: «Il y a une panoplie de choses à faire! C’est un beau produit. Je fais des confitures, des tartes, du cipâte aux fraises, de la mousse. La mousse, c’est fait avec des oeufs, pour servir avec du gâteau au lieu du crémage.»

Quand on passe devant la maison des Gosselin à Sainte-Paule, on ne voit personne assis sur le balcon. Mme Gosselin et son mari occupent leurs journées dans le jardin ou dans les champs, tout près des poules, des lapins et des chats. Après les fraises, ce sera les framboises, puis les recettes avec les récoltes du jardin. Le bonheur est dans les champs!