Un premier potager sur le toit d’une épicerie à Montréal

Cela tombe sous le sens. Il y a ce vaste toit inoccupé, tout près du soleil. Et il y a ces clients, quelques pieds plus bas, qui désirent plus que jamais acheter des produits frais et locaux. Dans l’arrondissement Saint-Laurent, à Montréal, le IGA extra de la famille Duchemin s’est lancé, et opère cet été le premier potager sur un toit d’épicerie au pays.

Texte et photos de Véronique Leduc

«Quand est venu le temps de construire une nouvelle bâtisse pour déménager, l’arrondissement a exigé que nous ayons un toit vert. Au lieu de simplement mettre de la verdure, nous avons décidé d’aller plus loin en y faisant pousser des légumes», explique Richard Duchemin, copropriétaire du IGA qui, pour le projet, a fait affaires avec La Ligne Verte, un organisme expert en installation de toits verts.

Ainsi, présentement, sur 25 000 pieds carrés, c’est plus d’une trentaine de fruits et de légumes biologiques certifiés Écocert Canada qui poussent en pleine ville sous les bons soins de Tim Murphy, un ancien du restaurant Santropol, qui a étudié en environnement. Sur le toit, on ne trouve rien dans des bacs, mais tous les plants sont plutôt en rang, dans un «vrai» sol, comme dans les champs. «Nous avons fait des tests l’an dernier et il nous reste encore des défis et des choses à apprendre, mais ça marche super bien!» a expliqué Tim devant des blogueurs et des journalistes réunis pour visiter les installations. Tout y est cultivé selon les principes de l’agriculture bio intensive mise au point par Jean-Martin Fortier (notre personnalité de l’année!), qui vise entre autres à privilégier le biologique et à maximiser l’espace en respectant les sols. Ainsi, sur le toit, dès qu’une culture est finie, on passe à une autre, ce qui enrichit les sols, au contraire de la monoculture pratiquée dans plusieurs coins de la province.

Et les techniques semblent porter leurs fruits puisque lors de l’inauguration officielle du toit, la semaine dernière, les dizaines de plans de kale, tomates, bettes à carde, piments, poivrons, fraises, herbes, laitues, aubergines, ail et carottes étaient beaux à voir et donnaient au toit un air de campagne aux couleurs éclatantes.

Selon Tim Murphy, engagé à temps plein pour le projet, un toit vert sur une épicerie ne présente que des avantages. En plus de récupérer un espace perdu pour fournir des aliments locaux, le potager refroidit le bâtiment, récupère l’eau de pluie et créé un habitat. «Au printemps, des oiseaux sont venus faire leur nid! Il y a aussi plusieurs insectes et nous avons même vu des canards», a affirmé le jardinier, visiblement charmé par le projet.

Un peu à l’écart, on trouve aussi quelques ruches installées par l’entreprise Alvéole, qui rendront possible la vente en épicerie d’environ 600 pots de miel.

Du toit aux étals

«Nous voulions offrir ce qu’il y a de plus local: c’est ce que les clients recherchent», a expliqué Richard Duchemin, dans son épicerie, devant les étals de légumes provenant du toit, clairement identifiés avec la mention «Frais du toit». Pour les clients, on a aussi ajouté deux écrans montrant en direct ce qui se passe sur le toit. Puis, éventuellement, on compte offrir des visites du grand potager aux clients. D’ailleurs, déjà, ces derniers montrent, selon le copropriétaire, un grand intérêt pour ces nouveaux produits hyper locaux.

Des légumes de saison produits neuf mois par année directement sur le toit des épiceries et offerts sur les étalages quelques secondes plus tard sans qu’aucun transport ne soit nécessaire: l’idée est simple et naturelle mais demande un investissement et une volonté que le IGA de Saint-Laurent, novateur, a démontré. «Maintenant, ce qu’on espère, c’est de se faire copier!» a avoué en riant Richard Duchemin.

Et franchement, ce ne serait pas fou!

*Cet article a été produit à la suite d’une invitation d’IGA.