Idée #4 pour le Québec agroalimentaire de demain: reconsidérer les propositions du rapport Pronovost

En 2014, dans son premier numéro, Caribou a demandé à des personnalités québécoises de penser à une idée pour améliorer le Québec agroalimentaire de demain. En 2018, alors que le gouvernement s’apprête à déposer sa première politique bioalimentaire, ces propositions sont encore bien d’actualité et pourraient grandement inspirer nos dirigeants.

Idée #4: Reconsidérer les propositions du rapport Pronovost

Par Christian Bégin, auteur, comédien et animateur

«Comment pourrions-nous, au Québec, encourager notre souveraineté alimentaire et soutenir « pour vrai » ceux et celles qui nous nourrissent? Je m’pétais un peu les bretelles, tout créateur que je suis, en me disant que j’allais faire preuve d’une imagination singulière, exceptionnelle, voire subversive en écrivant ce texte. Mais non…

Parce que tout est là, tout pourrait y être… Enfin presque. Nous avons laissé « tabletter » dans la plus grande indifférence le rapport Pronovost. Le rapport de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois proposait des avenues pour faire de l’agriculture autrement, et nous donnait des outils réels et facilement applicables pour y arriver.

Le rapport Pronovost n’était pas parfait, mais il ouvrait des portes à une agriculture différente, pas axée seulement sur la surproduction, sur la rentabilité à l’excès, sur l’industrie agroalimentaire insatiable et cannibale. –Christian Bégin

On y parlait de soutenir l’agriculture de proximité et les fermes de petite dimension plutôt que les mégaproductions et les intégrateurs qui, finalement, rendent nos terres stériles et nous en dépossèdent. On y parlait de remettre en question le monopole inexplicable – dans une société qui se dit « démocratique » (on pourrait en jaser longtemps!) – et asphyxiant de l’Union des producteurs agricoles afin de laisser aux agriculteurs le choix de s’associer librement. On y parlait de faciliter la transmission des fermes familiales ou l’acquisition de nouvelles exploitations plus petites, plus ciblées. On y parlait de diversification des cultures.

Penser petit, penser « tout près », ne pas nous ouvrir à toutes les ententes de libre-échange qui n’ont pour conséquences que de torpiller ceux et celles qui se battent si fort et à contre-courant pour faire les choses différemment… (Je songe ici à mes amis fromagers artisans, vaillants résistants, déjà rudement éprouvés par une crise dont l’origine est déjà douteuse et qui seront bientôt mis en échec sauvagement par une invasion de fromages français avec lesquels, en termes de prix, ils ne pourront concurrencer). Penser à demain. Penser plus loin que le bout de ses champs immenses et désâmés. Penser qu’un vingt piasses, ça s’étend ben mal sur une toast!»

[Photo: Maude Chauvin]