12 citations entendues à Terra Madre sur les systèmes alimentaires durables

Du 20 au 24 septembre dernier se tenait, à Turin en Italie, Terra Madre, un rassemblement international organisé par Slow Food et ses partenaires. Pendant cinq jours, conférences, forums, ateliers et autres occasions de rencontres et d’échanges se sont enchaînés autour du thème central «Food for change», le changement par la nourriture. Des participants venus des quatre coins du monde se sont rassemblés dans la capitale du Piémont pour réfléchir ensemble aux façons de mener une révolution durable du bon goût. Notre collaboratrice Julie Aubé était sur place et  rapporte 12 citations d’intervenants de différents pays.

Texte de Julie Aubé
Photos de Slow Food

«Au début de Terra Madre, le sujet de la nourriture bonne, propre et juste résonnait moins qu’aujourd’hui. C’est intéressant de s’en rappeler, pour prendre conscience qu’on a réussi, avec le temps, un grand projet de dignité et de revalorisation du « bien manger ». Mais si on a valorisé l’aliment, il reste du chemin à faire pour une meilleure prise de conscience globale sur le lien entre la nourriture et l’agriculture.» –Carlo Petrini, président de Slow Food, lors de l’inauguration de l’événement (Italie)

«On vit dans un système impersonnel dirigé par l’économie: on fait ce qui génère du profit plutôt que ce qui est essentiel. Il y a nécessité de relocaliser l’économie et les systèmes alimentaires. On doit revenir à une agriculture écologique de plus petite échelle, plus résiliente.» –John Ikerd, professeur d’agriculture et d’économie appliquée à l’Université du Missouri (États-Unis)

«On doit manger notre biodiversité pour sauver notre biodiversité!» –Loubie Rusch, activiste qui s’intéresse au potentiel des plantes résilientes et rustiques pour nourrir les populations dans le cadre des défis reliés aux changements climatiques (Afrique du Sud)

«Se réinventer en cuisine, c’est oublier tout ce qu’on a appris, car les énergies fossiles sont partout! Plutôt que de le voir comme une contrainte, il faut le voir comme une opportunité de créativité. Travailler à des alternatives est source de liberté!» –Xavier Hamon, chef et coordonnateur français de l’Alliance Slow Food des cuisiniers (France)

«Le plus grand obstacle aux changements en environnement, ce sont nos habitudes, dont nos habitudes alimentaires. On est souvent en mode automatique. Or, il ne faut pas s’arrêter à analyser ce qui arrive, il faut se demander ce qu’on peut faire. Et le faire!» –Wilhelm Schmid, philosophe et professeur à l’Université d’Erfurt (Allemagne)

«On est Slow Food. On valorise le « slow ». Mais quand on parle de changements climatiques, on est les premiers à dire qu’il y a urgence d’agir!» –Richard McArthy, président de Slow Food USA (États-Unis)

«Chaque territoire aura besoin, dans sa transition vers le développement durable, de reconnecter les producteurs et les mangeurs. Ce sera un atout pour les défis du futur.» –François Casabianca, directeur du centre INRA de Corte (Corse)

«On doit relocaliser et resocialiser le système alimentaire, ainsi que mettre en place des structures pour permettre aux gens de consommer localement.» –Theresa Imre, fondatrice d’un marché fermier en ligne (Autriche)

«Quand j’ai commencé, je croyais que tout avait déjà été fait.» – Ferran Adria, cuisinier catalan de l’ancien restaurant El Bulli, reconnu pour son innovation (Espagne)

«Un cuisinier de renom doit mettre sa notoriété au service de l’amélioration de l’alimentation de tous. Pas juste de ses clients. De tout le monde! La notoriété doit servir à faire changer les choses. Une délicieuse révolution est en route. Ne vous laissez pas bercer dans le confort des multinationales. Jardinez et cuisinez!» –Olivier Roellinger, chef étoilé en Bretagne (France)

«Peu de gens comprennent la vraie valeur des aliments. La nourriture doit être accessible, pas « cheap ». Lorsqu’elle est « cheap », elle fait probablement du mal à nous-mêmes (notre santé) ou autour de nous (environnement, fermiers…). Si on vit dans une « culture de fast-food » qui nous fait souvent oublier ceux qui produisent nos aliments, on doit plutôt mettre la table en vue de cultiver de délicieuses valeurs alimentaires. Et commencer dès l’école, en utilisant le jardin et la cuisine comme salle de classe.» –Alice Waters, chef propriétaire du restaurant Chez Panisse en Californie (États-Unis)


«La beauté de notre pays vient aussi de la vitalité des campagnes. Le tourisme fonctionne seulement si les villages sont habités de gens heureux. Les sourires, l’empathie et les relations humaines créent des expériences mémorables. Mais encore faut-il que le territoire soit habité, et se préoccuper de régénérer des économies locales pour reconstruire des lieux vivants de bonheur et de socialité.» –Carlo Petrini (Italie)

Avec ces citations, on constate à quel point les préoccupations reliées à l’agriculture durable dépassent les frontières. Elles font tout à fait écho à notre réalité et à nos besoins, au Québec, en matière d’évolution durable du système et des habitudes alimentaires. Quoi de plus inspirant que de voir de nombreuses personnes croire en leur pouvoir, en leurs capacités de changer la donne, une carotte à la fois, une assiette à la fois, une innovation à la fois!