Les marchés, ma seconde famille

Chaque mois, Caribou offre une carte blanche à une personnalité pour qu’elle s’exprime sur le sujet de son choix. Ce mois-ci, l’humoriste Rosalie Vaillancourt fait son coming out: elle trippe sur les marchés publics!

Texte et photo de Rosalie Vaillancourt

La chose que j’aime le plus au monde après faire des spectacles d’humour et donner des becs à mon chien sur la bouche, c’est clairement manger du manger. 

Je suis loin d’être princesse dans la vie contrairement à ce dont je peux avoir l’air. Mon auto est sale. Je mets du shampoing sec plutôt que de me laver les cheveux. Je pars en «pack sac» en voyage. La moitié de mon linge vient de sous-sols d’églises. Mais si tu me sers une mauvaise huile d’olive,  je deviens Michèle Richard.   

J’ai développé mes goûts pour les produits alimentaires de luxe vers l’âge de 14 ans. J’ai grandi près du marché public de Saint-Hyacinthe où il y avait le chix-sexy-musicien-hippie de la ville qui travaillait à la boulangerie. Pour ne pas  avoir l’air creep à l’observer, j’ai commencé à goûter à plein de choses dans le marché. 

Le marché public de Saint-Hyacinthe est l’un des plus vieux au Canada. Il est rempli  d’histoire. Les produits sont tous frais. Les commerçants tous généreux et passionnés. Et encore aujourd’hui je trouve que c’est le plus bel endroit au monde. L’endroit où je peux acheter pour 50$ de poitrine de poulet des Voltigeurs et où je croise par hasard les collègues de ma mère qui m’appellent: la troisième de Christiane, celle qui faisait pipi au lit jusqu’à 11 ans.  

Grandir dans une ville où l’agriculture est la principale activité a certainement développé mon intérêt à savoir d’où vient le produit que j’achète et qui sont les gens derrière.  

Avant mes 20 ans, je n’avais presque jamais mis les pieds dans un Provigo. Ou un IGA. Et pour moi, un Métro c’était seulement le moyen de transport qui pue.  

J’arrive à Montréal. Le choc. Non seulement je ne reconnais pas les produits mais le magasin est ben trop éclairé et les gens ont l’air f**king de mauvaise humeur. Pis, wtf, pourquoi mon steak vient des États-Unis!? 

Où il est mon fromage en grains? Celui de Montréal est ben dégueulasse. Full sec et il fait même pas squick squick. Y’en a que leur drogue c’est la coke, moi c’est le jus dans le fond des sacs de fromage en grains.  

Après un mois, je redéménage et je vais habiter dans le quartier Saint-Henri. À 10 minutes du marché Atwater. Là, je retrouve tout. Le musicien sex tatoué qui vend du pain et qui essaye de passer ses flyers. Des fromagers qui me font goûter à 10-15 fromages sans chialer. Et des gens, qui ont, en général, l’air de bonne humeur! 

J’aime tellement l’ambiance que je donne mon CV à une petite boutique de produits fins: Les Douceurs du Marché. La gérante de l’époque, Erica Dancose, n’a pas l’air super impressionnée par mon CV, mais elle aime mes cheveux et mon air de bébé. Le hic c’est que je parle pas anglais et que 80% de la clientèle est anglophone. Elle décide de me faire faire les formations d’employés en anglais. Le soir, j’étudie les mots et regarde des vidéos en anglais. Je veux tellement la job! Même si j’étais pourrie, elle a été touché par l’effort. Grâce à cette femme, je parle maintenant un peu anglais. En tout cas je suis capable de vendre du thé du Labrador en anglais.

Donc, ça fait environ deux mois que je suis arrivée à Montréal. Mes parents me manquent énormément, je ne connais personne, mes colocs me détestent parce que je leur vole leur shampoing et m’épile dans le salon. Je suis au bord de la dépression… Et là, ma nouvelle job a tout changé ça. Je suis la plus jeune à la boutique. Je deviens amie avec Suzanne, Daniel, Josée, Amédée, Pam. J’ai maintenant une famille. Bien  qu’ils me donnent des trucs pour mes relations amoureuses et me disent comment laver mon linge, on parle surtout de bouffe. 

Josée me montre quelle pâtes italiennes sont les meilleures. Daniel m’apprend tout sur les tisanes. Suzanne m’explique comment cuire mes asperges. Amédée me fait goûter des huiles d’olives et m’avertit quand un nouveau beau gars commence à travailler dans le marché. 

On parle de nos découvertes. On s’informe quand les têtes de violons arrivent ou quand du fromage l’Isle-aux-Grues est en rupture de stock. 

La transition de ma vie d’ado à ma vie d’adulte s’est faite grâce à cette boutique et à mon amour pour les marchés.

Mes collègues-amis étaient présents à mon premier spectacle d’humour. Ils m’ont aidée à trouver des boîtes pour déménager. Ils m’ont fait des lunchs. Et ils m’ont appris l’importance d’acheter les produits de saison plutôt que des produits importés. 

Erica me demandait même d’apporter mes textes d’humour au magasin. Pendant sa pause, elle mettait un coeur à côté de ses blagues préférées. 

Alors, comme vous le voyez, les marchés publics sont beaucoup plus qu’un endroit de découvertes alimentaires. Ils sont aussi importants pour le développement sociaux affectif des filles de région qui déménagent en ville. 

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