5 idées inspirantes entendues à Terroir Symposium

Pour une 14e année, Terroir Symposium a rassemblé, au début du mois de mai, plusieurs intervenants canadiens et internationaux afin de présenter leurs innovations en agriculture et leur engagement dans le monde alimentaire. Cet événement, qui se déroule à Toronto, est l’occasion idéale de prendre le pouls de nouvelles initiatives au Canada. Voici celles qui m’ont le plus marquée.

Une chronique de Katerine-Lune Rollet
Photos d’Ash Nayler

1. La journée a débuté avec le discours d’un membre des Premières Nations. Les organisateurs ont voulu dès le départ, montrer l’importance de ces peuples. Idem pour la représentante d’un festival culinaire à Wellington en Nouvelle-Zélande, Sarah Meikle. Même si elle est caucasienne, elle a commencé sa présentation en langue maorie. La salle était suspendue à ses lèvres. C’est comme si un représentant de Montréal en Lumière, pendant une présentation devant public à Paris, débutait avec un texte en mohawk.  

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2. La journaliste du Globe and Mail, Denise Balkissoon, a présenté un concept très intéressant dans le domaine de l’activisme: le «punch up et punch down». Elle l’a appliqué à notre surconsommation de viande. Si l’on veut changer les comportements des consommateurs, vaut mieux ne pas attaquer les gens déjà marginalisés, mais plutôt les personnes en position d’autorité ou les institutions. Par exemple, lorsque les militants s’en prennent aux Inuits qui mangent de la viande, c’est un coup vers le bas («punch down»). Ce peuple est traditionnellement carnivore. Leur alimentation est basée en très grande partie sur la consommation de mammifères marins. Leur dire de manger du chou-fleur (qui coûte 23$ dans leur épicerie) est un non-sens.

À la place, les activistes devraient donner un coup vers le haut («punch up») et s’en prendre à McDonald’s par exemple en posant des questions à propos de la provenance et de la qualité des 70 millions de livres de viande que la chaine sert uniquement au Canada chaque année. Elle donnait aussi l’exemple d’un restaurant torontois spécialisé en gibier devant lequel les manifestants végétaliens ont protesté pendant plusieurs semaines pour en exiger sa fermeture. Avec tout ce tapage, cet établissement a obtenu plus de visibilité dans les médias et son carnet de réservations déborde. Comme le dit le dicton: parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en!

La cheffe ghanéenne, Selassie Atadika.

3. L’invitée vedette de Terroir était la cheffe ghanéenne, Selassie Atadika. Cette ancienne fonctionnaire de l’ONU a quitté New York afin de suivre sa passion pour la cuisine et ouvrir un restaurant au Ghana. Comme sociologue, elle porte un regard pertinent sur l’alimentation de son peuple. Pendant sa présentation, elle décrivait comment la fermentation, le fumage et la déshydratation – si tendances en Occident – font partie depuis toujours de la cuisine africaine. Elle expliquait aussi que son pays a importé pour 1,2 milliard $ en riz l’an dernier et se demandait comment l’agriculture pourrait évoluer si tout cet argent était plutôt investi pour cultiver le riz directement au Ghana. Finalement, la cheffe se questionnait à propos de la survie des traditions alimentaires puisque 60% des Ghanéens ont moins de 25 ans et que plusieurs apprécient la restauration rapide et les plats transformés. La cuisine traditionnelle du pays est-elle en train de disparaître?

4. Le PDG de Canopy Growth, Mark Zukelin, a suscité un grand intérêt dans la salle. L’une des plus grandes compagnies de production de cannabis au monde convoite maintenant le tourisme relié à ce produit. Ils ont installé leur siège social dans une ancienne usine d’Hersey’s située dans une petite ville ontarienne de 9000 habitants. En 1992, cette usine de chocolat recevait plus de 7000 visiteurs par jour. Quand Canopy Growth a acheté l’édifice, ils en ont profité pour poursuivre les visites publiques, mais au lieu de s’intéresser aux délices chocolatés, on découvre maintenant la marijuana.

Seedlip, la première distillerie de boissons non-alcoolisées.

5. Finalement, j’ai eu un coup de cœur pour le Britannique Ben Branson, le fondateur de Seedlip. Il s’agit de la première distillerie de boissons non-alcoolisées. Ce graphiste de formation appartient à une famille d’agriculteurs depuis 300 ans. Lors d’une soirée entre amis dans un bar, il ne désirait pas d’alcool et trouvait qu’il n’y avait pas beaucoup d’options alléchantes. Il a donc créé des spiritueux sans alcool de type «what to drink when you are not drinking». Ils sont infusés avec du gingembre, de la citronnelle et des herbes de son jardin. Le résultat est délicieux et, parce qu’il est graphiste, ses étiquettes sont magnifiques. À essayer!