Inspirants Gaspésiens sauvages

On ne revient jamais tout à fait du domaine de Gaspésie Sauvage, à Douglastown, en Gaspésie. Une partie de nous reste là-bas. De retour en ville, on se plait à imaginer à quoi pourrait ressembler notre vie si on s’inspirait du modèle bâti par Gérard Mathar et Catherine Jacob, et si nous aussi, on décidait de vivre de ce que la nature a à nous offrir. 

Texte de Geneviève Vézina-Montplaisir
Photos de Fabrice Gaëtan

Sur le chemin de terre du rang Rooney, il y a cette vieille boîte aux lettres qui indique le numéro 34. L’entrée bordée d’arbres donne sur un grand enclos où broute le taureau Highland et la vache Jersey de la famille. Il y a une belle maison en bois au fond, la grange des animaux devant et un autre bâtiment un peu en retrait qui abrite la boutique libre-service, les espaces de transformations et les entrepôts de Gaspésie Sauvage. À l’étage supérieur, on trouve le gîte La comptonie voyageuse où il est possible de dormir à l’année. Et plus loin dans le bois est caché un ancien camp de chasse transformé en micromaison qu’on peut louer pour déconnecter.

Gérard et Catherine nous accueillent tout aussi chaleureusement que leur berger des Pyrénés qui aboie pour nous souhaiter la bienvenue et nous faire savoir qu’il est le gardien du domaine. Gérard et Catherine sont les propriétaires de Gaspésie Sauvage, une entreprise spécialisée dans la cueillette de produits sauvages qu’ils vendent à des chefs et qu’ils transforment également pour en faire des produits destinés au public. Leur terrain de jeu est la forêt mais également leur vaste domaine qu’ils exploitent afin de pratiquer l’autosuffisance alimentaire. 

Si pour nous, gens de la ville, ce mode de vie semble tout à fait singulier, il est tout naturel pour le couple de Belges qui s’est installé en Gaspésie par attrait pour ses grands espaces et ses riches forêts. 

 «La nourriture est à la base de la vie humaine. Sans elle, tu ne peux pas fonctionner, tu ne peux rien faire, tu n’es rien. L’idée au départ, était de montrer aux enfants d’où provenait la nourriture.» –Gérard Mathar

Une vie normale

Chez eux, leur vache donne du lait qui leur sert à faire leur beurre, mais aussi leur fromage. Gérard fait d’ailleurs un excellent camembert au lait cru auquel on a eu la chance de goûter. «Un fromage interdit!» déplore-t-il. Quand ce dernier a immigré au Québec, il a pensé ouvrir une fromagerie, mais toutes les lois québécoises restreignant l’utilisation de lait cru dans la fabrication de fromages artisanaux ont tôt fait de le faire changer d’idée. 

Les veaux nés de l’accouplement de leur taureau et de leur vache, eux, seront transformés en différentes découpes de viande, tout comme le cochon, les lapins, les canards, les cailles et les pintades. Il y a aussi des poules à chair et des poules pondeuses.

Derrière la maison, qu’ils ont construite de leurs mains, s’étend un immense jardin dont Catherine est la gardienne et où poussent fruits, légumes, herbes, vignes, et où trônent deux magnifiques serres et deux ruches pour le miel. 

Une partie de la grande variété des fruits et des légumes sera transformée et mise en pots pour l’hiver, avant d’être entreposée dans l’immense garde-manger situé dans le sous-sol de la maison qui abrite également le couvoir de la volaille, la chambre froide à charcuteries et la chambre où vieillissent les fromages. 

À voir tout ça, on est vraiment impressionné et on se dit que ça doit demander énormément de temps et de travail de s’occuper de tout ça. Ce à quoi Gérard répond: «C’est juste une vie normale». C’est leur vie quoi! Ils passent une partie de leur vie à travailler pour se nourrir et l’autre à nourrir les autres. 

Car ce qu’ils ne cultivent ou ne produisent pas, Gérard et Catherine le trouvent dans la forêt. Ce qu’ils cueillent trouve également preneur chez plusieurs chefs du coin, mais aussi de partout dans la province. Gaspésie Sauvage et ses 60 cueilleurs affiliés fournissent également en produits forestiers des microbrasseries, des distilleries et des producteurs de charcuteries. 

«Quand j’ai commencé à faire de la cueillette, je ne connaissais pas les chefs, se souvient Gérard. J’ai commencé en envoyant des paquets avec mes produits à Jean Soulard et à Normand Laprise avec la note: « Vous recevrez mes colis tant que vous ne m’aurez pas répondu! »»

Aujourd’hui, il compte entre autres parmi ses clients-chefs: John Winter Russell (Candide), Patrice Demers (Patrice Pâtisserie), Antonin Mousseau-Rivard (Le Mousso) et Jonathan Lapierre-Réhayem (Restaurant de l’ITHQ).

On pourrait penser que le mode de vie de Gérard et Catherine est celui d’une autre époque, qu’il est dépassé, mais après avoir passé un avant-midi avec eux, on pense tout le contraire. Avec l’état de la planète, on en vient à se demander si ce n’est pas le mode de vie de l’avenir. Un avenir où l’être humain est connecté à sa nature, à la nature, où il fait partie d’un tout, et où il s’est réapproprié des connaissances du passé. Un avenir où il produit tout ce qu’il mange et célèbre la richesse de la nature à chaque repas. Ce n’est pas une utopie puisque qu’elle existe à Douglastown et se matérialise sous nos yeux.

Si vous allez visiter Gaspésie Sauvage, si vous faites un saut à la boutique ou si vous restez dans le gîte ou dans la micromaison quelques heures ou quelques jours, il se peut très bien que vous n’ayez jamais envie de partir ou que vous ayez une envie folle de réinventer votre vie. Vous êtes avertis.

On ne revient jamais tout à fait du domaine de Gaspésie Sauvage…

Notre journaliste était l’invitée de Tourisme Gaspésie et de Gaspésie Gourmande. 

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