Faire ses semis en mode coronavirus

Faire ses semis

Lyne Bellemare a fondé l’entreprise Terre Promise à l’Île-Bizard, à Montréal, en 2014. Sur sa parcelle d’un hectare, elle produit de façon écologique des semences patrimoniales non génétiquement modifiées. Depuis le début de la crise, elle remarque un engouement jamais vu pour les semences et envoie présentement par la poste environ sept fois plus de commandes qu’à pareille date l’an dernier. Elle dévoile ses trucs de pro pour réussir ses semis avec ce qu’on a sous la main.

Par l’équipe de Caribou

Étape 1 : commander 

«Il n’est pas trop tard pour commander ses semences, assure Lyne Bellemare jointe par téléphone. À part les oignons et les piments fort, qu’il aurait fallu semer plus tôt, tout le reste peut encore l’être.» L’entrepreneuse encourage les gens à commander dès que possible puisqu’en ce moment, les quelques semenciers du Québec sont débordés et qu’il faut prévoir environ deux semaines d’attente avant de recevoir ses semences par la poste.

Étape 2 : se préparer

Habituellement, Lyne Bellemare recommanderait d’utiliser une terre spéciale pour les semis mais en cette période de crise, il est selon elle possible de s’organiser avec ce qu’on a sous la main. «On peut prendre la terre qui se trouve encore dans nos vieux pots extérieur et tenter de mettre la main sur un peu de compost ou encore, utiliser notre marc de café qu’on mélangera à la terre. Avec ça, on peut s’en sortir.» Ensuite, selon elle, de vieux pots de yogourts de différents formats par exemple, dans le fond desquels on aura fait des trous seront parfaits pour partir les semis. 

Lyne Bellemare, de Terre Promise
Lyne Bellemare, de Terre Promise. | Photo de Maude Chauvin

«Les affaires ne dérougissent pas présentement… Les gens veulent faire pousser leurs légumes parce qu’ils se disent que les légumes frais vont coûter cher cette année et seront peut-être moins accessibles. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’une fois qu’on fait ses semis, on ne peut plus s’en passer ensuite!» 

Lyne Bellemare

Étape 3 : semer

Une fois les semences reçues, on regarde les instructions sur l’emballage qui indiqueront la bonne période pour faire les semis. Aubergine à la mi-mars ou au début avril, concombres et melons au début de mai ou un peu plus tard directement à l’extérieur, et ainsi de suite… «Bien sûr, il faut user de son jugement selon la région où nous nous trouvons et son climat. Par exemple, à Québec, il faut semer deux semaines plus tard que ce que l’on ferait à Montréal», explique la semencière. 

Étape 4 : s’en occuper 

Une fois en terre, on place nos semis près d’une fenêtre pour qu’ils aient le plus de lumière possible. Mais attention, la nuit, on les éloigne des courants d’air pour éviter que nos précieux semis prennent froid. Il faut ensuite s’assurer de les arroser pour ne jamais laisser sécher la surface mais sans les inonder non plus. Petit truc de grand-mère proposé par la semencière en ce temps de coronavirus: on s’organise avec ce qu’on a, et pour éviter la moisissure, on peut saupoudrer la terre de cannelle. Lyne Bellemare, suggère aussi de retourner les semis une fois de temps en temps pour répartir la lumière. Dès qu’on voit apparaître les premières feuilles, on peut commander des engrais, à base d’algues par exemple, pour nourrir les semis.

Étape 5 : replanter

Dans la région de Montréal, même si la tentation est parfois forte, on ne plante pas à l’extérieur avant le 20 mai, précise Lyne Bellemare, puisqu’avant cette date, il y a risque de gel pendant la nuit. On pourra alors planter les semis dans des pots plus grands qui iront à l’extérieur (encore là, on peut user d’imagination: bacs à recyclage, vielles caisses de pommes, etc.) et les sortir graduellement. «C’est comme nous en début d’été: il ne faut pas aller trop directement au soleil, sinon on brûle !» explique Lyne. On les met donc à l’ombre en premier puis on les rentre à la maison pour les cinq ou six premières nuits.


«Tant qu’à faire des semis: faites en plus et partagez-les avec vos proches ou même, mettez-en sur le trottoir en les identifiant: ça va partir vite!»

Lyne Bellemare

Étape 6 : cuisiner et savourer

Faire des semis permet de s’assurer plus de légumes, et de sécuriser leur maturité. Lyne Bellemare explique qu’à Montréal par exemple, il y a une moyenne de 120 jours par année sans gel. Et c’est encore moins ailleurs au Québec. «Ainsi, si les aubergines prennent 130 jours pour arriver à maturité, on risque de les perdre lors des premiers gels de septembre. Grâce aux semis, on pourra donc plutôt les récolter au mois d’août afin de s’assurer d’en profiter!»

Les erreurs fréquentes à éviter

  • Vouloir faire trop de variétés en même temps pour une première expérience et les manquer. «Il vaut mieux en faire moins mais les réussir plutôt que d’en faire trop, les manquer et se décourager», estime la propriétaire de Terre Promise. 
  • Oublier de faire des trous dans ses pots de plastique. 
  • Trop arroser ses semis. 
  • Semer toutes les graines dans le même trou. «La règle, c’est une graine par trou», rappelle Lyne Bellemare.
  • Oublier d’identifier ce qu’on a planté en pensant qu’on va s’en rappeler. (D’ailleurs, pour ce faire avec ce qu’il y a à la maison, découpez des couvercles de pots de yogourt et écrivez dessus)
Qu’est-ce qu’une semence patrimoniale?
Les semences patrimoniales sont la plupart du temps faites localement. De les acheter contribue donc à soutenir les semenciers du Québec. De leur côté, les semences «traditionnelles», dites hybrides sont faites par de grandes semencières dans d’autres pays. Elles sont donc moins adaptées à nos insectes et à notre climat. De plus, les semences patrimoniales sont libres de droit, c’est-à-dire qu’on peut se servir des graines des légumes obtenus pour faire de nouvelles semences, ce qui est impossible avec les semences commerciales. Au Québec, il y a une douzaine de semenciers qui vendent ce type de semences locales.

Où commander des semences patrimoniales?