L’Abitibi-Témiscamingue et l’alimentation locale en temps de COVID-19

Manger local en Abitibi-Témiscamingue

Plusieurs personnes cherchent présentement à manger le plus local possible afin de soutenir les entreprises alimentaires d’ici pendant la pandémie de COVID-19. La journaliste Caroline Larocque-Allard, qui habite Senneterre, en Abitibi-Témiscamingue, décrit la réalité des locavores de cette région dite éloignée et partage ses bonnes adresses.

Texte de Caroline Larocque-Allard
Illustration de Matthieu Goyer

En Abitibi-Témiscamingue, on se doit d’avoir l’achat local un peu plus vaste qu’ailleurs. Les entreprises régionales s’évertuent à trouver des moyens de distribuer leurs produits le plus loin possible dans notre énorme territoire de 65 000 km2: livraisons par secteurs, points de dépôt, livraisons communes… Plusieurs commerçants ont rouvert leurs portes, mais la livraison et les commandes en ligne se poursuivent, un nouveau moyen de pallier la baisse d’achalandage en magasin.

De mon côté, je consomme le plus local possible, mais comme je vis en retrait des grands axes, je dois composer avec des contraintes d’approvisionnement. La distribution panabitibienne des laits entiers de Boréalait, des Œufs Richard, de quelques microbrasseries  et de l’excellente kolbassa de la Charcuterie du Nord n’a pas boudé mon IGA, mais pour trouver le reste, il me faut rouler pendant au moins 70 kilomètres jusqu’à Val-d’Or ou Amos.

Devant la Microbrasserie Le Prospecteur, à Val-d’Or, on dépose les précommandes dans votre valise d’auto. Je ne sais pas s’ils ont encore la Brett IPA Houblonio Arruda en stock, mais les choix ne manquent pas en attendant l’ouverture de leur terrasse. Tant qu’à y être, autant visiter la porte à côté: La Tanière William J. Walter est ouverte pour faire le plein de saucisses et de produits fins québécois.

Les boucheries de toute la région continuent d’ailleurs de rouler à fond. Mes espions locavores de Rouyn-Noranda me disent que la Maison des Viandes fait même la livraison à votre lieu de travail et que la Boucherie des Praz distribue ses très populaires sacs hebdomadaires à ses boutiques de Rouyn-Noranda et à ses points de cueillette à Val-d’Or, Ville-Marie et Amos. Ils glissent parfois, entre les paquets de viande, une pizza de l’Épicerie Carignan, de Saint-Félix-de-Dalquier.

Deux faits saillants des livraisons à Rouyn en ces temps exceptionnels: la boisson et la nourriture du Pub Deuxparquatre livrées à votre porte, à consommer idéalement pendant une de leurs Soirées Loups-garous sur la plateforme en ligne Zoom, de même que les brunch préparés et déposés chez vous les samedis matins par Le Saint-Exupéry. Les chanceux.

Côté laitier, Fromabitibi fait des centaines de kilomètres, de La Sarre jusqu’à Amos, pour livrer ses fromages à la porte de près de 300 familles chaque semaine. Côté apicole, la Miellerie de la Grande Ourse, à La Corne, accueille les visiteurs sur place et répond aux commandes en ligne venues de partout dans la province. Pour diversifier ses activités en ces temps difficiles, la miellerie s’est associée aux Serres Gallichan pour vendre des plantes potagères à ceux qui n’auraient pas attrapé la fièvre des semis.

Depuis le début de la pandémie, en mars, l’abondance en produits frais n’est pas égale d’un bout à l’autre du Québec. Des légumes de serre régionaux à l’année, en Abitibi, on oublie ça pour l’instant. Heureusement, grâce à l’arrivée de notre printemps à la fin mai, beaucoup de produits agricoles se trouveront dans les marchés publics locaux d’ici la fin juin.

L’annulation de la grand-messe annuelle des produits régionaux, la Route du Terroir de La Motte, qui attire 6000 visiteurs, a été un coup dur pour les artisans. Les exposants des marchés publics seront aussi en nombre réduit, distanciation sociale oblige, ce qui contraint de nombreux agriculteurs à se tourner vers les épiceries zéro déchet de la région, la vente à la ferme ou les paniers hebdomadaires, comme la Ferme Espo’Art, à Amos, qui affiche déjà complet pour 2020.

Le Marché du Fermier à Rouyn-Noranda reprend ses paniers de fruits et légumes régionaux chaque jeudi dès le 18 juin, dans lesquels se retrouvent notamment l’ail des Jardins de la colonie, à Saint-Mathieu-d’Harricana, les produits du Vert d’ici, de L’Éden Rouge et du magnifique Verger des Tourterelles, une cidrerie aux abords du lac Témiscamingue.

Non, nous ne sommes pas tous égaux devant l’approvisionnement local, mais l’Abitibi-Témiscamingue ne s’en tire pas trop mal. Notre court été ranime aussi une foule de ressources sauvages que j’attends toujours avec impatience, qui poussent toutes seules, à portée de main, en enjambant n’importe quel fossé, et qui coûtent cher aux locavores des zones urbaines: poivre des dunes, thé du Labrador, morilles, sureau, bleuets, thé des bois, matsutake, champignons Lobster… Tous les Abitibiens ne remplacent pas les asperges du Québec par des jeunes pousses d’épilobes ou n’ajoutent pas d’oseille sauvage dans leurs salades, mais j’en connais de plus en plus qui ont «leurs spots». Et savoir reconnaître cette abondance est un atout de plus pour notre locavorisme régional.

Un répertoire agroalimentaire régional est disponible sur Goûtez l’Abitibi-Témiscamingue.

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