Le Lac-St-Jean en mode local

Carte Saguenay-Lac-Saint-Jean

Plusieurs personnes cherchent désormais à manger le plus local possible afin de soutenir les entreprises alimentaires d’ici pendant la pandémie de COVID-19. La coéditrice de Caribou, Audrey Lavoie, en «exil» dans son Lac-Saint-Jean natal pour l’été explore les possibilités qui s’offrent à elle pour s’approvisionner localement.

Texte d’Audrey Lavoie
Illustration de Matthieu Goyer 

Bien que j’habite Montréal depuis 18 ans, je suis née au Lac-Saint-Jean, à Alma plus précisément. Et, en cette période de pandémie, c’est ici que je suis venue me réfugier pour les prochaines semaines. Ma mission dès mon arrivée a été de trouver mes nouvelles sources d’approvisionnement, de trouver mes repères pour consommer ce qui est produit ici.

Après quelques heures à écumer l’internet et avoir fait appel à une amie foodie de la région, voici quelques-unes de mes découvertes. À noter, que j’ai cherché les fermes et les commerces les plus près d’où je me trouve. Impossible de couvrir tout le territoire jeannois et encore moins celui du Saguenay, la région faisant plus de 95 000 km2. Pour faire mes emplettes estivales, je me permettrai donc un rayon d’environ 50 kilomètres autour de ma résidence temporaire, ce qui respecte grosso modo les règles du locavorisme.

La meilleure ressource que j’ai trouvée pour me guider est le site de Zone boréale, qui répertorie les producteurs agricoles, les agriculteurs biologiques, les transformateurs alimentaires et les différents marchands, kiosques à la ferme ou sites d’autocueillette de la région. Une vraie mine d’informations!

Première chose que j’ai faite en arrivant: je suis allée sur le site de la Coopérative de solidarité Nord-bio pour commander un panier de victuailles. J’ai pu profiter de la dernière semaine d’activité avant la pause estivale. Nord-Bio est une coop qui rassemble différents producteurs de la région et qui leur offre une plateforme pour vendre leurs produits d’octobre à juin. L’été, elle laisse toute la place aux kiosques à la ferme, aux marchés ou aux paniers bios. J’ai donc pu commander des œufs et du kale de la ferme Merci la terre, du kombucha et un délicieux sel de légumes du Jardin de la Brunante, du lait Nutrinor, du yogourt de Bouchard Artisan Bio, des tomates cerises d’À Contre Vent, et un pain de campagne au levain de la Boulangerie Merci la mie. On peut ramasser ses achats quelques jours plus tard à l’un des trois points de chute: Alma, Jonquière et Chicoutimi.

Le kiosque fermier le plus près du chalet où je me trouve est à 20 kilomètres, à Saint-Charles-de-Bourget. Les Jardins de Lily a été une des premières fermes biologiques de la région, m’a raconté Lily en personne lors de ma visite, au tout début de sa saison, dans son coquet kiosque. Elle se spécialise dans la production de sureau (fleur et fruit), mais elle a aussi une belle variété de légumes, ainsi que des oeufs. 

Sorties agrotouristiques

Pour notre première sortie agrotouristique de la saison, nous nous sommes rendus à Saint-Gédéon où plusieurs arrêts s’imposent. Un de mes endroits chouchous dans la région est la fromagerie et boulangerie Médard. La famille Côté fait vraiment des produits de qualité; leurs fromages comme leurs pains sont à découvrir. Achat obligatoire: un gros sac de fromage en grains (qui est à se rouler par terre et qui «skouik» à profusion!), qu’on accompagne d’une ficelle à la fleur de sel et à la fleur d’ail. En temps normal, Médard a aussi un bistro, mais en ces temps particulier, la salle à manger du bistro s’est transformée en petite épicerie fine qui regorge de beaux produits du Québec. 

Puisqu’on est samedi, nous nous arrêtons ensuite au marché public de Saint-Gédéon, le seul marché public du Lac. Sous un grand chapiteau, se rassemblent chaque semaine une vingtaine d’exposants régionaux. On va faire le plein d’agneau de l’Orée des Champs, de porc biologique de la Ferme Villoise, de saumon fumée de La Boucanerie d’Henri, du vin du Vignoble Couchepagane

Puis, à quelques pas de là, on se rend au kiosque en libre-service d’À Contre Vent. Des tomates, du mesclun, de la roquette, des concombres, des asperges, des aubergines garnissent le comptoir de la ferme maraîchère d’Audrey Paradis. 

Pour compléter nos emplettes, on a repris la route vers Métabetchouan, un peu plus loin sur la 169, en direction de la ferme biologique Merci la terre qui tient un superbe marché fermier tous les samedis, avec en prime de la pizza cuite sur four à bois par le maraîcher lui-même! Les gens du coin y vont aussi pour les cours de yoga en plein air qui sont donnés tous les samedis matin. Yoga, pizza et marché, voici une belle façon de commencer le week-end! 

Une prochaine fois, j’irai du côté d’Hébertville, faire le plein de Pikauka et de Valbert à la Fromagerie Lehman. Non loin de là, dans le même rang, je ne manquerai pas d’arrêter à la ferme Tournevent pour acheter de l’huile de caméline, des graines de chanvres et des lentilles béluga.

Je me promets aussi d’aller dans le secteur de Saint-Coeur-de-Marie, à Alma, pour voir les installations des Jardins Mistouk, une initiative citoyenne qui a mis sur pied un jardin de production maraîchère et un verger de fruits et petits fruits destinés à approvisionner la population locale, avec un volet social fort intéressant. Ils sont d’ailleurs en pleine campagne de sociofinancement pour mettre sur pied un projet visant à redistribuer 22 tonnes de légumes de conservation, durant tout l’hiver aux organismes d’aide alimentaire du territoire.

Dans le verre!

Boire régional est d’une facilité désarmante au Lac-Saint-Jean pour les amateurs de bières. Presque tous les supermarchés offrent une grande sélection de bières venant des microbrasseries du coin: Riverbend, La Chouape, Le Lion bleu, la Voie maltée, la Chasse-Pinte, la Microbrasserie du Lac-St-Jean, pour ne nommer que celles-là. Pour les mordus, La Route des bières du Saguenay–Lac-Saint-Jean propose la visite de plusieurs des 13 micros de la région à travers différents circuits.

Et joie: la Distillerie du Fjord, à Saint-David-de-Falardeau, est à moins de 50 kilomètres de chez moi. Je pourrai donc aller à la source me chercher une bouteille de km12 pour le gin tonic de l’apéro et une bouteille de Lily pour le digestif.

Petits fruits nordiques

Au Lac, c’est le pays des bleuets, certes, mais de plus en plus, les camerises ont la cote. Depuis deux ans, une nouvelle tradition s’est installée chez nous: aller cueillir des camerises et s’en faire des réserves pour l’année, aux côtés de celles de bleuets, de fraises et de framboises. 

En repartant, je ferai évidemment le plein de bleuets, qui poussent sous mon nez sur le terrain familial à Labrecque. Il n’y a pas plus local que ça!

Aurai-je assez de deux mois pour découvrir tous ces endroits? Je le souhaite. Sinon, on se reprend l’année prochaine!

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