La corvée de l’épluchette de blé d’Inde

Épluchette de blé d'Inde

Parce que l’acte de nourrir, cultive inconsciemment plusieurs lots de rituels humains. Parmi ceux-ci, soulignons la corvée de l’épluchette de blé d’Inde qui s’activait autrefois dans les villages au Québec. S’étalant sur des jours durant, voisins et amis volontaires se donnaient rendez-vous d’une maison à l’autre pour se regrouper autour de colossaux amas de maïs à éplucher. 

Texte d’Alex Cruz et Cyril Gonzales, d’École B
Illustrations de Matthieu Goyer

Ce derby de corvées en série se terminait par de copieux repas ainsi que des soirées dansantes dans les maisonnées pour remercier les participants. Comprenons que derrière cette tradition solidaire se cachait aussi une opération de speed dating des plus courus dans le temps. Cette période permettait à des jeunes célibataires en quête d’une tendre moitié de s’entrecroiser à quelques reprises et de faire valoir des facettes de leurs personnalités ainsi que leur vaillance au travail. 

En creusant un peu sur cette corvée, on apprend même que de tomber sur un maïs à grains rouges lors d’une épluchette, octroyait, à l’éplucheuse ou à l’éplucheur, la permission d’embrasser l’élu(e) de son choix. On s’entend donc pour dire que ce n’était pas seulement le maïs qui bouillait dans la marmite en fin de soirée dans ces temps-là; il y avait les cœurs aussi.


Si l’univers ethnographique des anciennes corvées québécoises telle que celle de l’épluchette de blé d’Inde pique votre curiosité, on vous suggère l’extraordinaire ouvrage de l’historienne Jeanne Pomerleau qui illustre remarquablement le portrait de celles-ci: Corvées et quêtes : Un parcours au Canada français.  

À propos du Carnet d’École-B

École-B partage des faits saillants et insolites d’une culture culinaire riche et diversifiée, située au bout de l’Amérique, qui, mis à part ses quelques clichés beurrés épais, est, dans son essence, méconnue de la plupart de ses gens. Ce qui est cependant connu, c’est que la culture c’est comme de la confiture, et moins t’en as, plus tu l’étends.

C’est donc dans cet état d’esprit, qu’a été créé le Carnet d’École-B, dirigé par Alex Cruz et Cyril Gonzales, et illustré par Matthieu Goyer.

Chaque semaine, avec une petite touche d’irrévérence, mais avec une énorme dose d’enthousiasme, l’équipe d’École-B publiera des capsules sur la culture culinaire québécoise qui, d’ores et déjà, on vous l’affirme, briseront certaines idées reçues, jetteront quelques pavés dans la mare, et ouvriront, on l’espère, de nouveaux horizons.

À lire aussi dans le Carnet d’École-B