Quand les agricultrices sénégalaises s’unissent

Femmes rurales au SénégalLes femmes visitent leurs parcelles expérimentales de pommes de terre, à Sangalkam. | Photo d'Hélène Raymond

Au début de l’année, une délégation québécoise composée à majorité d’agricultrices a sillonné le Sénégal, à la rencontre des membres d’une quinzaine d’organisations paysannes. Cette mission unique axée sur le leadership féminin nous rappelle que sans l’apport de ces millions de femmes de l’ombre, la situation alimentaire mondiale serait encore plus désastreuse qu’elle ne l’est déjà. 

Texte d’Hélène Raymond, membre du CA d’UPA Développement international
Présenté par UPA DI

En même temps, cette mission nous force à prendre conscience de leur précarité. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dans la plupart des pays en développement, ce sont elles qui produisent de 60% à 80% de la nourriture. Elles constituent l’assise de la production vivrière, qui garantit la subsistance de la famille. Et elles assument la quasi-totalité des tâches liées à la transformation des aliments. 

Leurs journées sont interminables. Avant l’aube, elles partent vendre au marché, créant de mystérieuses processions de marcheuses le long des routes. Elles apprennent à élever, à abattre, à conditionner et à commercialiser des poulets. Il n’est pas rare d’apercevoir dans les hautes herbes une femme portant une charge de bois mort, glané çà et là, en équilibre sur sa tête. Parce qu’il faut encore, dans les zones éloignées, trouver chaque jour le combustible pour cuire le repas. Comme il faut aller au puits, biner la parcelle, soigner les animaux de basse-cour, collaborer aux travaux des champs du mari. Et si surgit le malheur, pensons au décès du conjoint, à une épidémie, à l’exode risqué d’un fils, au bouleversement climatique, elles se fragilisent davantage. L’on observe également qu’elles ont peu accès au crédit et que le droit de propriété foncière, même s’il leur est concédé par des lois locales, leur est trop souvent refusé dans les faits, en raison de la tradition, des croyances et du poids des coutumes. 

«La femme rurale s’occupe du mari, prépare les repas, entretient la maison, cherche l’eau et le bois, lave les vêtements, éduque les enfants, s’occupe des beaux-parents, collabore aux travaux champêtres, gère les achats, participe aux réunions associatives et au développement de sa communauté.»

TÉMOIGNAGE D’UNE SÉNÉGALAISE RECUEILLI EN JANVIER 2020 

On convient aujourd’hui qu’il faut faire plus que leur fournir des ressources matérielles. Leur autonomie passe par l’apprentissage de la prise de parole, pour développer leurs aptitudes à discuter d’égales à égales. Depuis 15 ans, par le biais de son programme Les savoirs des gens de la terre (LSGT), UPA Développement international accompagne des formateurs et formatrices qui, à leur tour, sillonnent le territoire pour outiller les paysannes. Le résultat est tangible. Des femmes à la voix éteinte par la timidité trouvent les mots pour exprimer leur réalité. Elles se regroupent au sein d’associations, de coopératives, et apprennent à tenir des réunions. Dans la région des Niayes, en périphérie de Dakar, essaimées dans leurs jardins maraîchers, dans une soixantaine de villages, elles se retrouvent ponctuellement à Sangalkam pour des leçons techniques. Près de Kaolack, elles traitent l’arachide pour lui donner plus de valeur. À Saint-Louis, les progrès sont tels qu’elles sont parvenues à se doter d’installations communes pour la transformation du poisson. 

Aujourd’hui, des Collèges des femmes (qui sont l’équivalent des Agricultrices du Québec pour l’Union des producteurs agricoles) ont vu le jour dans 15 pays africains. De jeunes avocates militantes défendent, en français comme en wolof, les droits fondamentaux des femmes, et un nombre grandissant d’hommes comprennent que ce n’est qu’en travaillant avec les femmes, tous ensemble, que survivra la ferme familiale. Il est impératif de reconnaître et de soutenir l’apport des femmes rurales. Pour améliorer la sécurité alimentaire, assurer l’avenir de ces modèles agricoles et, bien sûr, parce qu’il s’agit de dignité et d’égalité. Des principes universels. 

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Par intérêt personnel autant que professionnel, Hélène Raymond se passionne depuis longtemps pour les questions agroalimentaires et environnementales. Après avoir animé D’un soleil à l’autre, collaboré à La semaine verte et à Bien dans son assiette à Radio-Canada, elle poursuit son travail d’animatrice et de reporter.