Une femme et son May West

histoire des may west, ecole B

À l’aube de l’année 1912, Diana Boilard (1881-1950) est enceinte d’un neuvième enfant. Tandis qu’au même moment, une maladie a raison de son mari. Celui-ci se nomme Joseph Vaillancourt (1875-1911), pâtissier notoire de la ville de Québec. Lors de son décès, son commerce occupait une vitrine depuis une dizaine d’années au cœur du quartier Saint-Roch.

Texte d’Alex Cruz et Cyril Gonzales, d’École B
Illustrations de Matthieu Goyer

Or, à la suite de son décès, non seulement faudra-t-il que Mme Diana se fasse à l’idée d’élever ses neuf enfants en bas âge que cette dernière choisit, non pas sans l’aide de sa sœur Noéma Boilard, de reprendre le flambeau du commerce éponyme de son défunt mari: la Pâtisserie Jos. Vaillancourt. Un lieu, pour la petite histoire, qu’elle fera brillamment lever des années durant.

Autre coup de maître, c’est vers la fin des années 1930 que sortira des fours de l’entreprise, ce que l’on peut encore considérer comme faisant partie du top 3 des gâteaux les plus emblématiques de l’histoire industrielle du Québec: le May West. Avouons que rares sont celles et ceux, qui, presque cent ans plus tard, ne reconnaissent pas instantanément ce petit gâteau blanc farci de crème vanillée puis recouvert d’une fine couche de chocolat.  Celui-ci a de toute évidence été créé dans les années 1950 par un certain René Brousseau, alors contremaître à l’usine.

Sujets à débats, certains prétendent que le nom de la pâtisserie serait un hommage à l’actrice américaine Mae West. D’autres estiment que l’origine du nom réfèrerait plutôt au modèle de gilet de sauvetage «Mae West» que portaient autrefois les pilotes de l’armée de l’air en exercice. Soulignons tout de même aux adeptes de cette dernière hypothèse que le nom de cette dite veste de flottaison gonflable se voulait en fait un clin d’œil grivois à l’opulence de la poitrine de l’actrice. Certains diront ici que c’est un peu du pareil au même.

Mais ce n’est pas tout, flairant la bonne affaire, les fils aînés de Mme Allard (Antonio et Charles Vaillancourt) proposent à leur mère de fonder, en 1947, une filiale qui aurait pour objectif de relancer les activités de boulangerie que Mme Diana avait volontairement choisi de délaisser quelques années auparavant pour se consacrer entièrement à la pâtisserie. De cette initiative naîtra une autre marque québécoise emblématique du Québec inc.: Les Produits Diana. C’est une tout autre histoire, mais tant qu’à y être, saviez-vous que le premier pain commercialisé dans du cellophane au Québec n’était nul autre qu’un pain de marque Diana?

En complément

  • Rappelons que l’entreprise familiale des Pâtisseries Vaillancourt et donc la recette de fabrication du May West  furent initialement vendues, en 1972,  à la compagnie Vachon. Celle-ci passera ensuite entre les mains de Saputo pour ensuite atterrir chez Canada Bread, une filiale du géant mexicain Bimbo.
  • À l’écriture de cette capsule, le May West est toujours produit au Québec, et ce, dans une usine située à Sainte-Marie-de-Beauce.
  • En ce qui concerne la marque Diana, celle-ci fut avalée par la Boulangerie Samson en 1976. Bien que la marque DIANA restera présente pendant encore quelques années sur le marché québécois, l’usine de la boulangerie Vaillancourt de Québec sera, de son côté, fermée 4 ans plus tard, soit en 1980.

À propos du Carnet d’École-B

École-B partage des faits saillants et insolites d’une culture culinaire riche et diversifiée, située au bout de l’Amérique, qui, mis à part ses quelques clichés beurrés épais, est, dans son essence, méconnue de la plupart de ses gens. Ce qui est cependant connu, c’est que la culture c’est comme de la confiture, et moins t’en as, plus tu l’étends.

C’est donc dans cet état d’esprit, qu’a été créé le Carnet d’École-B, dirigé par Alex Cruz et Cyril Gonzales, et illustré par Matthieu Goyer.

Chaque semaine, avec une petite touche d’irrévérence, mais avec une énorme dose d’enthousiasme, l’équipe d’École-B publiera des capsules sur la culture culinaire québécoise qui, d’ores et déjà, on vous l’affirme, briseront certaines idées reçues, jetteront quelques pavés dans la mare, et ouvriront, on l’espère, de nouveaux horizons.

À lire aussi dans le Carnet d’École-B