Journal d’un vigneron: Un vrai valium!

Raisons vignoble Les Bacchantes

Les vendanges ne se sont pas passées comme prévu au vignoble Les Bacchantes. Plusieurs nuits de gel ont précipité les choses.

Un texte de Sébastien Daoust, vignoble Les Bacchantes

Autour du 7 octobre… parce que j’ai perdu le fil un moment donné. Les vendanges ont commencé tout simplement, avec le marquette, comme à l’habitude. Mais là, déjà, il y avait problème.

En un an, nous avons vendu l’équivalent de deux années de production. On pouvait augmenter la quantité de raisins en cuve sans problème!

Et là, ça a frappé: 40% de Marquette en moins. C’est le R1 qui écope, par moins de 2000 bouteilles de R1 de moins que l’année prochaine. On voulait en produire 6000 de plus. Ouf!

Pas la suite, une nuit de gel? Deux nuits de gel? Trois? Non, quatre nuits de gel consécutives. La tour à vent, qui protège nos vignes contre ce genre de gel, ne couvrait que les parcelles les plus creuses du vignoble. Tout le reste y est passé. Le feuillage est devenu moche, puis brun, puis a séché. Le verdict était clair: il faut tout ramasser. On avait dix jours pour le faire.

Normalement, nous cueillons le marquette, puis quelques jours plus tard, le seyval blanc et le maréchal foch, pour en faire du rosé. Puis la balance du seyval pour en faire du blanc. On attend deux ou trois semaines, on ramasse le pinot noir et le pinot gris, les frontenac quand il y en a. Et finalement deux semaines plus tard, à la toute fin, le vidal.

C’est une question d’arômes, de sucres, d’acidité aussi. C’est tout un art que de définir le moment de la récolte. Mais quand tout a gelé, la question ne se pose plus. On récolte là. Maintenant. Pas dans un mois. On a dix jours.

Et on avait booké un tournage pour une émission de télévision au beau milieu de tout ça.

Un vrai valium, je vous dis.

Ah oui, j’oubliais. Déjà qu’avec la pandémie, je n’avais que trois collègues du Mexique sur les cinq demandés. L’un d’entre eux, Matus, a dû quitter pour un problème important dans sa famille. Ne restait plus que Virginio et Mariano.

Pour ajouter au plaisir, les cuves commandées en mars sont en retard, dont deux cuves qui arriveront seulement quelques heures avant les vendanges du pinot noir.

Mais, c’est quand même beau.

Plus stressant qu’on s’y attendait, mais beau.

Tout d’abord, Geneviève s’est jointe à notre équipe, en échange d’un peu de raisins et de quelques cuves pour faire des tests. Elle a fait quelques années dans le Beaujolais. Son expérience nous a beaucoup aidés. Et elle m’a poussé dans le derrière. «Non, on ne vend pas de raisins, on garde tout ici, et on fera quelque choses avec. As-tu pensé à…»

Puis la famille qui répond à l’appel. Mes tantes et ma mère qui se présentent au vignoble jour après jour. Ma conjointe qui doit s’occuper seule des enfants, je ne suis pas souvent à la maison. Des amis, aussi, qui ont pris leur vendredi, samedi et dimanche. On finit par y arriver.

Finalement, le raisin. Un peu moins, mais on s’en attendait. Drôle d’année, on a autant de pinot noir que de marquette. Beaucoup plus de pinot gris ce coup-ci. L’attention portée à ces deux cépages fragiles porte fruit (mauvais jeu de mots ici).

Une belle maturité! Le froid a concentré les arômes et le sucre dans le vidal. C’est une première pour nous. J’ai «patenté» un système de refroidissement pour mes cuves. Avec les blancs, en contrôlant les températures, on développe des arômes plus amusants. Et donc nous aurons de superbes rosés et blancs ce coup-ci. Ça goûte déjà bon!

Que ce soit pour nos cuvées nature, ou nos cuvées contrôlées, le long processus de vinification commence. C’est la première année que ça nous arrive, mais je peux dire ceci avec certitude: notre millésime 2020 sera bon, mais il sera rare!


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