Changements climatiques: c’est quoi le plan?

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Anne Blondlot connaît très bien les nombreux défis que la nature pose aux agriculteurs de ce monde. Même si cette fille de producteur laitier n’a pas repris la ferme familiale, la pomme n’est pas tombée très loin de l’arbre: Anne aide les agriculteurs à affronter les changements climatiques, qui ne cessent de s’accentuer.

Texte de Roxane Léouzon
Photo de Katya Konioukhova

«Vous voulez un verre d’eau?» me demande l’agronome en m’accueillant dans son bureau du centre-ville de Montréal. Son offre est bienvenue: il fait plus de 30 degrés en cette journée d’août, et l’air climatisé est fort apprécié au 19e étage de cette tour de la rue Sherbrooke.

Anne, une Alsacienne d’origine, a quitté la France pour s’établir au Québec il y a une dizaine d’années, avec son mari et ses deux enfants. Auparavant, elle avait travaillé cinq ans comme spécialiste de l’irrigation des rizières à Sumatra, en Indonésie, puis 10 ans dans un centre de recherche financé par les producteurs céréaliers dans son pays natal. Son dernier projet là-bas avait pour but d’analyser l’impact des changements climatiques sur le rendement des cultures.

«Je suis venue au Québec et j’ai décidé de travailler sur ces mêmes enjeux parce que je les trouve primordiaux pour la population mondiale», souligne l’agronome, qui a rapidement été embauchée par le vaste groupe de recherche sur le climat Ouranos. Ce dernier est basé à Montréal et concentre ses recherches sur le Québec, mais il compte des collaborateurs partout au Canada ainsi qu’ailleurs dans le monde.

Comment le réchauffement climatique va-t-il modifier l’agriculture québécoise de demain? La coordonnatrice des volets Agriculture, pêches et aquaculture commerciales d’Ouranos entreprend de me l’expliquer méthodiquement, présentation PowerPoint à l’appui.

Les étés chauds comme  [on a connu ces dernières années], qui sont encore exceptionnels, pourraient devenir plus fréquents d’ici une trentaine d’années. «Avec l’augmentation des températures, les saisons de croissance des plantes s’allongent. À l’horizon 2041-2070, par rapport à 1971-2000, on s’attend à ce qu’elles durent de deux à quatre semaines de plus, selon divers scénarios», explique Anne. De pair avec la diminution des froids extrêmes en hiver, ces saisons chaudes plus longues pourraient permettre aux agriculteurs de produire davantage de fruits, de légumes et de céréales. «On pourrait aussi planter des variétés différentes. J’ai rencontré un producteur de vin qui s’est installé il y a longtemps au Québec. Quand il est arrivé, tout ce qu’on pouvait faire ici, c’était du vin blanc. Aujourd’hui, à cause des changements climatiques, il fait des vins rouges. Il a été capable d’introduire de nouveaux cépages», raconte-t-elle.

Ces possibilités accrues ne pourront cependant se concrétiser qu’à condition que l’on s’adapte aux menaces qui accompagneront le réchauffement. Moins de neige protectrice l’hiver, des cycles de gel et de dégel plus fréquents, l’augmentation ou même l’apparition de certains insectes nuisibles, la chaleur extrême, le manque de pluie: voilà quelques-unes des difficultés auxquelles devront faire face les producteurs agricoles.

C’est là qu’Agriclimat entre en scène. «Agriclimat, c’est un projet mis sur pied par neuf régions agricoles du Québec qui souhaitent élaborer des plans pour s’adapter aux changements climatiques», explique Anne. Témoin privilégié des efforts des cultivateurs, elle affirme avoir beaucoup d’admiration pour ces gens qui, selon elle, effectuent un travail très prenant et très technique, en plus d’assumer toutes leurs tâches d’entrepreneur.

«Ces agriculteurs sont proactifs. Ce sont eux qui sont venus nous voir, par l’intermédiaire de l’Union des producteurs agricoles et du Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec. Nous, à Ouranos, leur avons fourni divers scénarios climatiques afin qu’ils puissent commencer à réfléchir à des adaptations possibles», poursuit-elle de sa voix douce. Le gouvernement du Québec compte aussi parmi les partenaires du projet.

C’est que bientôt, les agriculteurs et les éleveurs ne pourront plus travailler comme ils le font aujourd’hui. Il faut donc trouver des solutions pour les aider, et les possibilités sont multiples.

«Dans certaines zones du globe, plus au sud, les cultivateurs ont des systèmes d’aération des bâtiments plus performants qu’avant. Ils ont mis au point des techniques d’irrigation différentes et toutes sortes d’autres mécanismes afin de tempérer l’environnement pour les animaux d’élevage. On pourrait s’inspirer d’eux», commente la scientifique, qui parle aussi d’introduire ici des variétés de plantes plus adaptées et d’adopter des techniques de lutte contre certains ennemis des cultures.

Le rôle d’Anne est de coordonner la programmation scientifique d’Ouranos pour tout ce qui touche l’agriculture. Elle fait le bilan des connaissances et le transmet aux partenaires, en plus de consulter les intervenants du secteur agricole pour déterminer leurs priorités et les sujets de recherche à approfondir. «Ce qui me motive dans ce travail, c’est la recherche appliquée ainsi que la concertation entre les chercheurs, les agriculteurs et les gens du milieu qui ont une grande expertise à apporter. Ce n’est pas de la recherche qui se fait seulement dans des bureaux»,s’enthousiasme-t-elle.

Son optimisme lui vient notamment de ses rencontres avec les passionnés de la terre.

«Je suis toujours extrêmement admirative des jeunes que je rencontre à des ateliers, à des réunions, et qui s’installent à la campagne. Certains sont issus du milieu agricole, mais d’autres viennent de la ville et créent leur ferme à partir de rien. Je trouve ça très inspirant.»

Anne Blondlot

Mais la balle n’est pas seulement dans le camp des agriculteurs québécois, reconnaît-elle. «Je suis persuadée qu’à l’échelle de l’humanité, des choses seront faites pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Certaines sont déjà en cours. À quelle vitesse cela se produira-t-il? Ça, c’est une autre question.»


Ce texte est paru initialement dans le numéro 8, Futur, en novembre 2018 et en vente ICI.