Une journée dans la vie d’une productrice de lait biologique

La productrice de lait biologique Caroline Allen

Lorsque Caroline Allen a pris les rênes de la ferme familiale, il était clair dans son esprit qu’elle convertirait la production pour obtenir une certification biologique. Plus qu’une mode ou n’importe quelle tendance marketing, c’était un choix de vie. Nous l’avons rencontrée pour voir à quoi ressemble son quotidien. 

Texte présenté par le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV)

L’air est gorgé de pluie lorsque nous empruntons la route vers Saint-Anselme, situé au cœur de Chaudière-Appalaches. À la Ferme Jacal, deux vaches au pâturage nous souhaitent la bienvenue. Caroline Allen, à l’étable depuis le lever du soleil, vient de finir le train du matin et arrive à notre suite.

ferme laitiere

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Il est 9h. Dans l’étable, un vieux succès rock se fait entendre. «Ça change au gré du poste de radio, lance Caroline Allen en riant. L’hiver, j’aime bien mettre de la musique de Noël!» Ça se sent dès les premières minutes et à travers moult détails: la productrice laitière adore son métier. Après avoir nettoyé le robot de traite et les logettes, elle distribue du foin neuf et fait boire les veaux. 

En été, elle aurait pris le chemin du champ pour aller faucher les cultures de foin biologiques qui poussent à la ferme et qui nourrissent ses Holstein toute l’année. Les bêtes auraient alors pris d’assaut le pâturage, riche en nutriments et minéraux bios. Même si les vaches vont paître six mois par année, le foin sec demeure la base de l’alimentation en régie biologique. C’est un art, raconte la productrice, surtout quand le lait est destiné à la production de fromage.

Aujourd’hui, toutefois, le temps est à la pluie et le froid de l’automne a gelé le sol. Le troupeau relaxe au chaud, au son des Beatles.

Du plus loin qu’elle se souvienne, Caroline Allen a toujours traîné autour de l’étable. Si c’est son jeune frère Joseph qui était attitré d’office aux travaux de la ferme, elle donnait son coup de main plus souvent qu’à son tour, attirée par le bien-être des vaches – qu’elle appelle affectueusement «les filles» – et le respect de la nature.  

Son père l’a laissée prendre petit à petit le relais de la ferme. «J’avais des idées et mon père m’écoutait, me demandait mon avis. C’est magnifique. On a commencé à mettre moins de pesticides dans les champs, à faire attention aux vaches, à revoir leur alimentation, à miser sur la solidité de l’animal plutôt que sa productivité. Ç’a été long», relate celle qui a finalement repris entièrement la ferme en 2014. Trois ans plus tard, elle entreprenait les démarches de transition pour que la ferme obtienne officiellement le sceau biologique. «J’ai toujours travaillé en fonction d’avoir la certification. C’était très important pour moi.»

Les premières à bénéficier de cette conversion, ce sont les vaches, s’enthousiasme-t-elle. Non seulement elles se nourrissent de foin et vivent en stabulation libre – c’est-à-dire qu’elles sont libres de se coucher et de marcher quand elles le souhaitent –, mais elles sont maintenant assez fortes pour vêler seule.

«Le veau naît et la mère s’en occupe. L’instinct maternel s’est développé et c’est précieux de les voir.»

Caroline Allen

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Un allié de traite

Il est près de 10h. Le soleil tente une percée à travers les nuages. Dans l’étable, les vaches se rendent au robot de traite qui trône au milieu de l’espace. Cet investissement d’un million de dollars est un allié de taille qui permet à la mère de trois enfants de répondre aux critères de la certification biologique et d’effectuer les travaux quotidiens elle-même, sans négliger sa vie de famille. 

Attirées par la moulée offerte ou simplement parce qu’elles en ressentent le besoin, les vaches peuvent entrer par elles-mêmes dans l’immense appareil qui roule jour et nuit. Tout est enregistré automatiquement: le numéro de la bête, la quantité de lait recueilli par pis et l’heure de traite. La productrice, présente à l’étable matin et soir, s’assure que toutes les vaches s’y sont bel et bien rendues.

Cette aide précieuse permet à Caroline Allen de vaquer à d’autres occupations tout aussi nécessaires, comme la comptabilité et la prise de données pour le cahier des charges de la certification biologique. De la «paperasse» qui prend «une quinzaine de minutes» par jour. Rien pour lui faire lever les yeux au ciel. La conversion au biologique est un mode de vie qu’elle embrasse au complet.

biologique

Un environnement sain

L’horloge indique 11h. Caroline Allen prodigue quelques soins tandis que le vétérinaire termine sa visite mensuelle. Aucune vache n’est malade, mais ici, on travaille en médecine préventive, un principe fondateur du mode de production bio. Si un intrant est utilisé pour soigner des animaux, il doit figurer à la liste des intrants permis par la régie biologique. Tout doit être noté pour assurer une traçabilité, qu’il s’agisse d’un médicament, de vaccins annuels ou d’une autre option naturelle. La productrice utilise notamment de l’huile essentielle de clou de girofle pour aider à la reproduction. La jeune femme a aussi ajouté des poissons rouges dans les abreuvoirs afin de filtrer l’eau et a installé des cabanes à hirondelles au pâturage pour réduire le nombre de mouches qui «agacent les vaches». Enfin, elle a revu les cultures dans les champs pour s’assurer que les herbes soient appréciées des vaches et que ces dernières passent un maximum de temps dehors. Trèfle, pâturin, lotier, brome, luzerne, mil et mélilot font le bonheur de son troupeau… et de son frère Joseph, qui est devenu fromager. C’est que ces plantes donnent un goût particulièrement intéressant au lait utilisé à la fromagerie.

De la ferme à la fromagerie

Il est midi. Caroline se dirige vers la Fromagerie Allen, située à six kilomètres de la ferme. Depuis l’été 2022, c’est là qu’une partie de son lait est transformé. Trois jours par semaine, des fromages frais et en grains sont disposés dans les étalages, garnis aussi de fromage à tartiner et de lait frais. Ici encore, le bio est une valeur ajoutée en termes de goût et de texture qui plaît autant au fromager qu’au public, toujours plus nombreux à se procurer les produits de l’entreprise. 

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La certification biologique était une évidence pour Joseph Allen, qui souhaite offrir un produit de qualité. Il travaille de pair avec sa sœur pour s’assurer que l’alimentation des vaches est équilibrée en toute saison, afin d’offrir des produits constants. «On se parle tous les jours, indique la frangine. Des fois, il me dit que le lait est plus difficile à cailler; je remarque que les vaches ont mangé un peu moins au champ, par exemple. Il y a plein de modifications à faire et je trouve ça passionnant. C’est vraiment de la chimie.»

L’heure du lunch a sonné depuis longtemps. La clochette au-dessus de la porte de la fromagerie tinte plusieurs fois alors que nous partons. Après avoir pris une bouchée et le temps de se poser un moment, Caroline Allen retournera auprès de ses vaches en milieu d’après-midi, pour les travaux d’entretien et de nettoyage. Cet horaire bien rodé lui permet d’être à la maison lorsque les enfants rentrent de l’école. Et après avoir bordé sa marmaille, elle ira à l’étable, guidée par la brillance de la lune, souhaiter bonne nuit à ses 45 filles bien calées dans leur lit de paille.  

Qu’est-ce qu’une appellation réservée?
Une appellation réservée, c’est une reconnaissance officielle par l’État québécois de l’authenticité de produits bioalimentaires distinctifs.

Dans le cas de l’appellation biologique, on souhaite valoriser les produits issus d’un système global de culture, d’élevage et de transformation. 

L’appellation réservée peut aussi viser à reconnaître un lien entre une région et un produit qui en est originaire, grâce à l’Indication géographique protégée (IGP). Il y a actuellement cinq IGP au Québec:
– Agneau de Charlevoix
– Cidre de glace du Québec
– Maïs sucré de Neuville
– Vin de glace du Québec
– Vin du Québec
Une appellation peut aussi avoir comme objectif de mettre en valeur une caractéristique bien spécifique au produit, comme c’est le cas pour les fromages élaborés à partir de lait de vache de race Canadienne.

Et le petit dernier de la famille: le terme valorisant «Fromage fermier» identifie cette méthode de production bien recherchée d’un fromage fait à la ferme par l’éleveur. 

Le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV) a le rôle de gardien de l’authenticité de ces produits d’exception puisqu’il accrédite les organismes de certification externes qui sont responsables de l’application des cahiers des charges et administre un système de surveillance du marché.

Choisir des produits d’appellation réservée du Québec, c’est soutenir des producteurs et transformateurs d’ici au savoir-faire unique! Le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants est heureux de les mettre en valeur grâce au soutien d’Aliments du Québec. Ensemble, nous sommes fiers de vous offrir, chacun à notre façon, des repères de confiance pour vous guider dans votre quête de produits qui répondent à vos préoccupations et à vos valeurs.


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