Politique bioalimentaire: Québec mise sur la consommation locale et l’exportation

Plus d’aliments d’ici dans les assiettes des consommateurs québécois, voilà ce que souhaite le gouvernement pour le Québec. Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, Laurent Lessard, en compagnie du premier ministre et de trois autres ministres, a en effet présenté vendredi matin sa tant attendue Politique bioalimentaire 2018-2025, qui s’articule autour de sept cibles et quatre grandes orientations.

On a eu un aperçu du cadre financier de cette politique la semaine dernière lors du dépôt du budget 2018-2019 (des investissements de 349M$ ont été annoncés), mais aujourd’hui, on connaît en détails le plan gouvernemental pour le secteur bioalimentaire pour les sept prochaines années, qui vise à développer un secteur prospère et durable en lequel les consommateurs pourront avoir confiance.

Une des principales cibles de cette politique est d’augmenter la part de produits québécois dans le panier des consommateurs. Le but est d’ajouter «10 milliards de dollars de contenu québécois dans les produits bioalimentaires achetés au Québec». C’est-à-dire passer de 24G$ (2014) à 34G$ (2025).

Les six autres cibles du gouvernement sont:

  • Investir 15G$ en production agricole et aquacole, dans les pêches et en transformation alimentaire;
  • Accroître de 6G$ les exportations bioalimentaires internationales du Québec;
  • Augmenter la part des entreprises agricoles et de transformation alimentaire québécoises ayant implanté des pratiques d’affaires responsables;
  • Doubler la superficie en production biologique (passer de 49 000 hectares à 98 000 hectares en 2025 – à l’heure actuelle, les superficies de production biologique ne représente que 2,4% de la production agricole totale);
  • Augmenter de 52% à 70% la part des volumes de produits aquatiques québécois écocertifiés (MSC);
  • Améliorer la valeur nutritive des aliments transformés au Québec (notamment en diminuant la teneur en sel, en sucre et en gras).

Les quatre orientations visent quant à elles à:

  • offrir des produits répondant aux besoins des consommateurs;
  • créer des entreprises prospères, durables et innovantes, en appuyant l’investissement dans les entreprises des secteurs agricole, des pêches ou de la transformation alimentaire;
  • développer des entreprises attractives et responsables notamment pour la main-d’oeuvre et la relève;
  • dynamiser le territoire.

De plus, huit vecteurs de croissance ont été identifiés par le gouvernement et seront priorisés: les aliments biologiques, les marchés extérieurs, les produits «ambassadeurs» du Québec (sirop d’érable, porc, canneberge, cidre de glace, homard, etc.), la restauration et les services alimentaires, l’alimentation santé, les produits émergents, les pratiques écoresponsables et les achats de proximité (agrotourisme, marchés publics, agriculture urbaine, etc.)

«Notre gouvernement voit grand pour le Québec et pour le secteur bioalimentaire. Avec cette politique, nous passons de la parole aux actes et nous nous donnons les moyens de nos ambitions. Nous proposons une transformation majeure, à l’image du nouveau Québec qui prend forme autour de nous.» –Philippe Couillard, premier ministre du Québec

Afin d’ancrer cette politique de façon permanente, le ministre Lessard entend déposer un projet de loi à l’Assemblée nationale, selon les informations de Radio-Canada. Ainsi, en cas de changement de gouvernement en octobre prochain, la politique sera sauvée.

Réactions

«Le dépôt d’une politique bioalimentaire est une bonne nouvelle pour les agriculteurs québécois. C’est le plan de match qui leur manquait pour se projeter dans l’avenir, prendre des décisions éclairées et profiter des nombreuses opportunités sur les marchés québécois, canadien et internationaux.» –Le président général de l’Union des producteurs agricoles(UPA), Marcel Groleau

«Il s’agit d’une politique avec des cibles ambitieuses. Il faudra beaucoup de coordination et de collaboration avec tous les acteurs des secteurs publics et privés pour atteindre les objectifs d’ajouter 10 milliards de dollars de contenu québécois dans les produits bioalimentaires achetés au Québec, et de 3 milliards additionnels en investissements, d’ici 2025.» –Sylvie Cloutier, présidente-directrice générale du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ).

«On met beaucoup d’argent sur la transformation de nos entreprises, mais sans remettre en question l’orientation. Si on veut par exemple que les institutions s’approvisionnent en produits locaux mais que les productions sont contrôlées par des quotas. Que va-t-on faire si la demande pour ces produits-là augmente? Le risque est grand que cet argent-là, au lieu de servir à repeupler le territoire et empêcher la fermeture des villages, servent à concentrer encore les actifs agricoles. C’est un risque majeur.» –Maxime Laplante, président de l’Union paysanne au micro de Michel C. Auger à Midi info.

«Au niveau des lois, aucune des réformes considérées comme essentielles par le rapport Pronovost pour assurer un développement de l’agriculture de proximité partout au Québec n’est mentionné; or ces lois, comme l’ASRA (assurances agricoles), les quotas, le zonage agricole, les normes sanitaires et le monopole syndical sont toutes faites sur mesure pour les gros producteurs et intégrateurs industriels, de sorte que les agriculteurs écologiques de proximité ne peuvent compter souvent que sur leurs propres moyens et doivent se buter à des obstacles réglementaires énormes qui réduisent considérablement leur production écologique et leurs ventes en circuits courts: accès difficile au financement, aux quotas de production, au territoire agricole, aux installations et à la transformation artisanales, à une représentation appropriée.» –Roméo Bouchard, dans une publication Facebook.

«Avec cette nouvelle politique, le gouvernement vient apporter un appui très important aux acteurs du bioalimentaire. Les investissements prévus permettront à l’industrie de rester compétitive tout en offrant des produits de haute qualité dont nous pourrons être encore plus fiers.» –Yves-Thomas Dorval, président-directeur général du Conseil du patronat du Québec.