Dans l’assiette de Katerine-Lune

Dans l’assiette de Katerine-Lune Rollet cette semaine: un débat autour de la crème glacée à la gomme balloune, le restaurant Alma Montréal et une réflexion sur les «foodies», cette nouvelle classe sociale «ambitieuse» qui influence la société.

La crème glacée à la gomme balloune peut-elle être artisanale?

Je ne pensais pas susciter un débat quand j’ai publié un statut sur Facebook où je m’indignais à propos d’un glacier montréalais qui déclare faire un gelato à la gomme balloune.

Voici ce que j’ai écrit :

Vu dans un glacier réputé une « crème glacée ARTISANALE à la gomme balloune ».

Si vous saviez combien cela m’enrage de voir comment on prend les gens pour des cons. C’est tellement long éduquer et conscientiser le public à propos d’alimentation que quand je vois des choses comme cela, j’ai juste envie d’envoyer une cargaison de tomates pourries devant sa porte.

Eh bien, c’est un peu moi qui ai reçu des tomates avec une vingtaine de commentaires à la suite de mon statut! Plusieurs personnes avançaient que sa glace pouvait être artisanale même si le glacier rajoutait de la gomme balloune (produit évidemment non artisanal). D’autres argumentaient que cette crémerie aidait à faire le pont en incitant des gens qui ne mangent habituellement pas de produits artisanaux à le faire.

Avec raison, quelqu’un répondait qu’un glacier qui travaille bien peut avoir du plaisir en créant des essences qui réfèrent à la nostalgie, aux saveurs d’enfance. Cela me rappelait Christina Tossi, propriétaire du Milk Bar, qui fait de la grande pâtisserie avec des produits industriels de son enfance (on peut voir un documentaire à propos d’elle sur Netflix dans la section Chef’s Table pâtisserie).

Tout cela revient à un éternel débat en cuisine: est-ce que la démarche est plus importante (ou tout aussi importante) que le résultat final? Qu’est-ce qui est le plus digne d’intérêt: un 36 services de bouchées moléculaires ou deux services préparés par une mama italienne? Peut-être que nous n’avons pas à choisir. Qu’il y a une clientèle pour toute forme de repas… ou de crème glacée à la gomme balloune!

En terminant, je vous laisse sur ce texte pertinent qu’Olivier Bruel a partagé à propos de l’immaturité alimentaire.

Un petit tour chez Alma

Un soir d’été, j’avais envie d’une terrasse. Mon petit doigt me disait que les deux anciens du restaurant Salle à Manger faisait sûrement du bon boulot dans leur nouveau Alma. J’ai beaucoup aimé ce nouveau venu à Outremont où Lindsay Brennan nous fait découvrir plusieurs vins nature catalans (elle a fait plusieurs longs séjours là-bas). Son conjoint, le chef Juan Lopez Luna, lui, s’amuse avec les pâtes fraîches (comme il le fait déjà chez Farine) et les fruits de mer pendant la saison estivale.

J’y ai mangé une délicieuse salade au homard des Îles, une pieuvre grillée, des patatas bravas, du spaghetti à l’encre de seiche et du crabe à carapace molle. Délicieux.

Les jours de pluie, on se réfugie dans la petite salle à manger, et pour les belles soirées d’été, on apprécie la mignonne terrasse sur une rue très tranquille.

Alma bar à vin 
1231 Avenue Lajoie, Outremont
(514) 543-1363

Le «foodie» cuisiné en 2018

J’ai récemment lu un article sur Slate qui permet d’avoir un nouveau regard sur ceux qu’on qualifie de «foodies» et par extension de «hipsters».

Ce texte, Cultivée plutôt que riche, la «classe ambitieuse» change le rapport à la consommation, est une analyse du livre publié l’an dernier, The Sum of Small Things, A Theory of the Aspirational Class d’Elizabeth Currid-Halkett, sociologue spécialiste de l’économie urbaine et des modes de consommation, qui enseigne à la University of Southern California à Los Angeles.

Le sous-titre de l’article met déjà la table: Pourquoi la consommation de légumes moches a fini par compter davantage que la marque de notre voiture. Notre style de vie et notre mode de consommation définissent notre identité sociale.

Grosso modo, l’auteure du livre explique que la consommation ostentatoire qui permettait aux très riches du 19e siècle de s’élever de la masse s’est démocratisée (vive la globalisation des biens de consommation) et qu’aujourd’hui la nouvelle élite est composée de ceux qui sont éduqués, conscientisés et qui disposent de plus d’information.

Pour ces riches, «nous sommes ce que nous mangeons, buvons et plus généralement ce que nous consommons, et c’est la raison pour laquelle pour certains produits, le processus de production opaque a été remplacé par une transparence à chaque étape.»

Pour cette clientèle, il est plus important de connaître l’origine de notre tomate bio achetée au marché fermier que l’auto qu’elle conduit.

«Ceux qui font partie [de la classe ambitieuse] aspirent à devenir de meilleurs êtres humains dans tous les aspects de leur vie, leur situation économique devenant secondaire.»

«La salade de kale peut paraître moins ouvertement snobinarde que l’opéra, elle reste néanmoins un moyen de préserver les barrières de classe, quoique d’une manière plus subtile.»

Je trouvais cet article assez éclairant et assez représentatif de ceux qui se qualifient de «foodie». Cette classe ambitieuse ne serait pas définie par ses revenus (pouvant varier d’un individu à l’autre), mais par ses connaissances et ses codes qui la caractérisent. Ça vous interpelle aussi?