Le vin du Québec obtient enfin son «indication géographique protégée»

Les vignerons l’espèrent depuis 10 ans déjà, mais c’est finalement ce vendredi matin que le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec a annoncé la création d’une nouvelle indication géographique protégée (IGP) «Vin du Québec» lors d’une conférence de presse au vignoble du Domaine St-Jacques. Pour mieux comprendre ce que signifie cette certification, Caribou s’est entretenu avec le président du Conseil des vins du Québec et propriétaire du Domaine St-Jacques, Yvan Quirion.

Un texte d’Ugo Giguère
Photos de Maude Chauvin

Quelle est la différence entre la nouvelle indication géographique protégée (IGP) Vin du Québec et la certification actuelle «Vin du Québec certifié»?
L’IGP se retrouve sous l’approbation du gouvernement, ça devient une loi. C’est reconnu par le gouvernement et par les accords internationaux.

Le gouvernement se trouve à définir le cahier de charges, mais c’est à nous, les vignerons, d’être les gestionnaires et les gardiens de l’IGP.

Est-ce que l’arrivée de l’IGP annonce la disparition de la certification «Vin du Québec certifié»?
Oui. On veut que le remplacement se fasse le plus rapidement possible. Les deux certifications devraient se chevaucher pour la production 2018, mais à partir de 2019 ça va être terminé.

Vous dites que les deux vont coexister en 2018, la récolte actuelle devrait donc produire les premières cuvées à obtenir l’IGP Vin du Québec?
Oui! Surtout pour ceux qui ont déjà la certification. Ces vignerons sont déjà habitués au cahier de charges, ils ne devraient pas avoir de difficulté à l’obtenir.

Quels sont les critères pour obtenir l’IGP Vin du Québec?
D’abord, il faut respecter le cahier de charges. Il faut entre autres que tous les raisins soient cultivés au Québec [NDLR: certains vignerons québécois importent des moûts de raisins]. Ensuite, il faut se conformer aux audits indépendants ECOCERT. Finalement, il faut être approuvé par le comité d’agrément qui consiste en une dégustation à l’aveugle par des professionnels du vin.

Le comité d’agrément, c’est une sorte d’approbation par ses pairs?
C’est ce qu’on souhaite éventuellement, mais ce ne sera pas possible au début parce qu’il n’y a pas assez de vignerons qui sont qualifiés. Pour commencer, le comité sera formé de professionnels du vin pré-qualifiés.

Est-ce que l’IGP est attribué au vignoble ou à chacune des cuvées?
Ce n’est pas le vignoble qui obtient l’IGP, c’est le vin. Alors oui, ce serait possible que des produits d’un même vignoble obtiennent l’IGP et pas d’autres.

Selon la carte du territoire visé par l’IGP Vin du Québec, ce n’est pas tout le Québec qui est admissible, pourquoi?
Dans le cahier de charges, il faut que la région où sont cultivées les vignes bénéficie de 900 degrés-jour et plus [NDLR: le degré-jour est une unité de mesure utilisée en agriculture pour mesurer notamment la durée du développement biologique d’une plante].

Il est possible de contourner ce critère si le vignoble peut démontrer qu’il bénéficie d’un microclimat.

Éventuellement, on veut définir des sous-régions. L’Île d’Orléans pourrait être la première puisqu’elle est très facile à délimiter, mais ce sera pour une prochaine étape.

Pourquoi est-ce si important pour les vignerons québécois de bénéficier enfin de cet IGP?
Initialement, c’était pour améliorer la qualité des vins et pour bâtir la notoriété de nos produits. C’est aussi parce qu’on fait face à la plus forte concurrence chez nous avec plus de 15 000 vins internationaux disponibles.

Est-ce que ça se compare aux certifications «Appellation d’origine contrôlée (AOC)» qu’on voit souvent sur les produits européens?
C’est très semblable, mais l’IGP est un peu plus souple. Elle ne va pas aussi loin dans l’imposition de cépages par exemple. Je dirais que c’est une version un peu plus moderne de l’AOC, qui est devenue trop restrictives, mais en conservant les mêmes obligations de rigueur.

Pour les consommateurs, est-ce que cette certification pourrait entraîner une hausse des prix au détail?
Pas directement. Les coûts seront légèrement plus élevés, mais il n’y a pas une grande différence pour les vignerons. La différence de coût va nous servir à amasser des fonds pour faire la promotion de l’IGP.

Ce qui va faire augmenter les prix pour les consommateurs, c’est la rareté. La demande est de plus en plus forte et on ne produit pas assez pour répondre à la demande.