Premières vendanges à la Maison agricole Joy Hill

Maison Joy Hill vignoble

Après quatre années à affronter les aléas de la viticulture et à soigner leurs vignes pour les amener à maturité, Justine Thérien et Julien Niquet font les premières vendanges de leur vignoble Maison agricole Joy Hill cette année. Rencontre avec le couple, qui est également derrière la cidrerie Alma, sur sa magnifique terre située à Frelighsburg.

Texte de Geneviève Vézina-Montplaisir
Photos de Maude Chauvin

Quand on arrive sur leur domaine, on comprend tout de suite pourquoi Justine Thérien et Julien Niquet sont tombés amoureux des lieux. Situé juste après le sommet de la Joy Hill – une côte au dénivelé imposant que les cyclistes aguerris connaissent bien –, ses 30 hectares, dont 7,5 sont défrichés, possèdent plusieurs coteaux bien exposés au soleil, un sol riche en schiste et en ardoise parfait pour la culture des vignes et des points de vue à couper le souffle sur le mont Pinacle et les montagnes américaines.

«Il y avait ce paysage incroyable, mais aussi l’histoire du nom de la Joy Hill qui nous a plu, raconte Justine. Il y a plusieurs versions, mais celle qui nous a inspirée c’est celle qui dit qu’au début du siècle, on tapait la neige sur la route avec des chevaux et que les enfants s’amusaient à y glisser. De là serait né le nom: la côte de la joie. Et pour nous, c’est ça le vin: c’est festif! On est de bons vivants, on aime être avec des gens, on aime manger, c’est pour ça qu’on a choisi l’endroit et ce nom-là.»

Du cidre au vin

Quand Justine et Julien ont fait l’acquisition de la terre en 2017, elle était couverte de 5000 pommiers. Les deux entrepreneurs y ont vu une belle occasion d’affaires et ont décidé de récolter les pommes du verger pour en faire du cidre. La cidrerie Alma était née, et pendant deux ans, les cidres d’inspiration européenne, aujourd’hui très prisés des amateurs, ont été fabriqués avec les pommes du domaine. Aujourd’hui, on ne retrouve sur le domaine qu’une centaine de pommiers Honey Crisp, la terre étant maintenant recouverte à la place de 37 000 ceps de vigne de huit variétés de cépages vitis viniferas.

«Une des particularités de notre vignoble, c’est qu’on a planté uniquement des cépages nobles, souligne Julien. Ce sont des cépages qu’on aime boire. C’est tellement de travail qu’il faut que tu aimes ce que tu cultives.»

«La viticulture, c’est un sport extrême»

Julien Niquet

Le couple a donc planté du blaufränkisch, du grüner veltliner, deux cépages autrichiens, ainsi que du gamaret, du muscadet, du gamay, du riesling – pour entre autres en faire des bulles –, du saint-laurent, du chardonnay, du pinot blanc et du melon de bourgogne.

Revenir à la base

Si dans leurs deux entreprises les parents de deux jeunes enfants travaillent étroitement ensemble, leurs tâches au vignoble sont bien définies. Justine est le maître des champs et Julien est le maître de chai. La bachelière en musique est tombée amoureuse de la sommellerie lorsqu’elle travaillait en restauration, entre deux contrats comme choriste pour Corneille. Elle est ensuite allée étudier en sommellerie et a travaillé pendant plus d’une décennie comme représentante pour diverses compagnies d’importation de vins avant d’acheter le domaine où elle s’est découvert une grande passion pour l’agriculture.

Julien, lui, cofondateur de Glutenberg, a évolué dans le merveilleux milieu de la bière – «c’est tellement une belle industrie!» –, mais avec toujours le plan de faire du vin un jour. «C’est ce que je préfère, c’était le projet ultime pour nous», dit-il. Il espère d’ailleurs que Maison agricole Joy Hill trouvera sa place dans cette nouvelle garde de vignerons québécois qui font les choses autrement, appliquant entre autres les principes de la viticulture bio raisonnée.

«La vision de notre vignoble est de revenir à l’agriculture du vin. Le nom Maison agricole, c’est aussi ça. On veut profiter de ce que cette belle terre peut nous offrir en cultivant des arbres à noix, des chanterelles, des tomates ancestrales, de l’ail qu’on aimerait vendre à la boutique. J’aimerais aussi planter des fleurs, faire du sirop d’érable avec les érables qu’on retrouve sur le domaine. On veut ainsi créer un environnement qui va pouvoir influencer les levures naturelles des raisons. En augmentant la biodiversité, tu bonifies ta levure naturelle. Les meilleurs vins que je goûte, ils sont produits dans cette vision-là.»

Si tout se passe bien avec ces premières vendanges, les 20 000 premières bouteilles de vin de la Maison agricole Joy Hill seront vendues au vignoble et dans quelques points de vente en 2021. Ce sont donc six premières cuvées qui arboreront des étiquettes créées par l’artiste Josiane Lanthier que les vignerons espèrent mettre sur le marché… pour répandre la joie.


Cidres à découvrir…


En attendant de boire les vins de la Maison agricole Joy Hill, découvrez les cidres Alma et la gamme bio Fleuri, brassés à Dunham:

Alma Compagnie de cidre
Bruxelles Brut
Ce cidre brut d’inspiration Lambic est élaboré à partir de pommes Honey Crisp et vinifié avec des levures Brett, Saison et un ferment Lactobacillus. Un cidre super flyé avec des notes un peu vineuses.
750 ml, 6,7% alc./vol., 18$

cidre brut Maison Joy Hill

Fleuri Cidres biologiques
Cuvée Hyslop 2019
Ce cidre brut pétillant est élaboré à partir de pommes Liberty et Honeycrisp et de pommettes Hyslop. Il est fermenté avec des levures sauvages, auxquelles on a ajouté du marc de pommettes Hyslop, et a subi une seconde fermentation en amphores.
750 ml, 6,6% alc./vol., 20,50$

cidre pétillant Maison Joy Hill

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Ce texte est paru à l’origine dans les pages du quotidien Le Devoir, le 3 octobre 2020.