Ma quête pour me débrouiller dans une cuisine

apprendre a cuisiner sur le tasCrédit: Adobe Stock

Pourquoi n’ai-je pas reçu de cours de cuisine à l’école? Pourquoi n’ai-je pas plus d’intérêt pour me débrouiller dans une cuisine alors que j’apprécie tellement manger et partager un repas avec des amis, avec la famille? Pourquoi n’ai-je pas reçu les outils nécessaires pour avoir une littératie alimentaire à la hauteur de ma faim? Voici les quelques questions qui m’ont amenée à écrire ce qui suit. 

Texte de Pénélope Leblanc  

Ligne du temps historique et personnelle

  • Années 1960: Disparition de la plupart des cours liés à l’enseignement ménager dans la province 
  • Années 1980-1990: Offre de cours d’économie familiale (cuisine, couture, budget, tricot, etc.) au secondaire
  • 1997: Réforme du curriculum académique: disparition des cours d’économie familiale pour laisser plus de place aux cours de français, de mathématiques, d‘éducation physique et d’histoire.
  • 1998: Ma naissance
  • 2003-2020: Période possible, mais non exploitée pour apprendre à cuisiner. Maman cuisinait beaucoup, mais je ne l’ai pas vraiment accompagnée (sûrement parce que j’étais trop occupée à étudier…). 
  • 2010-2015: École secondaire: plusieurs connaissances théoriques acquises, mais aucun cours de cuisine enseigné
  • Hiver 2020: Embauche à titre de stagiaire au magazine Caribou: début de mon intérêt pour la culture culinaire 
  • Printemps 2021: Signature du bail de mon premier appartement et stress lié à mon manque de confiance dans la cuisine. Moment où l’idée d’illustrer ce manque de confiance et de compétences dans une cuisine dans un article sur le site web de Caribou nous est venue. 
  • Été 2021: Déménagement et début de mes tentatives de «meal prep». Beaucoup de nourriture perdue… 
  • Automne 2021: Développement de certaines compétences et considérablement moins de perte avec la méthode essai-erreur. Ouf! 
  • Hiver 2022: Écriture de ce texte à saveur personnelle. 

Qu’est-ce que ça prend pour bien cuisiner?  

J’ai commencé mes recherches en m’informant sur la littératie alimentaire. C’est quoi au juste? Selon Santé Canada, «la littératie alimentaire inclut les compétences et les pratiques alimentaires apprises et utilisées tout au long de la vie pour se débrouiller dans un environnement alimentaire complexe. Elle prend en compte les facteurs d’ordre social, culturel, économique et physique liés à l’alimentation.» 

Parmi les compétences nécessaires sur le plan personnel, il y a les connaissances alimentaires et nutritionnelles, les connaissances culinaires évidemment, mais aussi la confiance.

Je suis plutôt découragée de constater que je ne maîtrise entièrement aucune de ces compétences… Ce sont probablement mes connaissances culinaires qui sont les plus faibles. Je me console en réalisant que j’ai considérablement gagné en confiance depuis les débuts de ma réflexion à ce sujet! 

Ensuite, je découvre que pour l’Organisation mondiale de la santé, la promotion de la santé de la part des gouvernements doit donner aux individus les outils leur permettant de maîtriser leur propre santé et les moyens nécessaires pour l’améliorer. Il s’agit d’outils qu’on ne m’a pas toujours donnés, notamment ceux qui m’aideraient à me débrouiller dans une cuisine.

Je suis toujours assez peu encouragée par ces constats. Je poursuis mes recherches. 

Je tombe sur un article du Devoir intitulé La littératie alimentaire, un puissant levier de changement rédigé par Catherine Lefebvre en 2020 qui rapporte à partir des données d’un sondage Léger réalisé en 2019 que les raisons limitant les gens à cuisiner sont d’abord le manque de temps (71%), ensuite le manque de ressources financières (34%) et enfin le manque de connaissances pour cuisiner (20%). 

À cette étape, je me demande donc encore pourquoi mes amis et moi n’avons pas reçu de cours de cuisine considérant qu’à peu près tous nos parents travaillaient à temps plein. Où étions-nous supposés apprendre? 

Pour la nutritionniste Stéphanie Côté, passionnée par l’alimentation des enfants et des familles, c’est la combinaison entre les apprentissages à l’école et à la maison qui est la formule gagnante. Les cours de cuisine à l’école seraient assurément pertinents, puisqu’ils permettraient aux élèves d’apprivoiser les bases et de le faire avec leurs amis, explique la nutritionniste qui a, elle, reçu des cours d’économie familiale. 

Elle ajoute que les enfants ont tout à gagner lorsqu’ils aident leurs parents dans la cuisine à la maison.

«Même si c’est plus long et que c’est plus salissant, c’est important d’inviter les jeunes à préparer les repas avec nous. C’est une façon de leur apprendre à développer de bonnes habitudes de vie, au même titre que bien dormir, faire du sport et jouer dehors, par exemple.» 

Stéphanie Côté

La responsabilité est ainsi partagée pour Stéphanie Côté qui m’explique que l’on bénéficierait tellement à se réapproprier le pouvoir de se nourrir. 

À noter que toute ma génération n’est pas ignorante dans la cuisine! Les gens les plus talentueux de mon entourage ont quant à eux un intérêt plus marqué que le mien dans ce domaine, ce qui leur a permis de développer leurs compétences, je présume. 

Bref, je poursuis toujours mes lectures. 

Dans des articles académiques sur l’éducation familiale, je découvre que les tâches ménagères n’ont pas toujours eu bonne réputation. «Les femmes intelligentes et éclairées optaient pour l’art, la littérature, les travaux intellectuels; elles devenaient importantes. Elles n’avaient pas de temps à consacrer à des futilités telles que la cuisine, la couture, le tricot ou le ménage… Autrement dit, le travail et la carrière, c’est bien; la maison et la domesticité, c’est nul», peut-on lire dans un essai intitulé Le langage secret des filles (2002) rédigé par Josey Vogels qui y démontre que le rôle des femmes au foyer n’a pas toujours été pris au sérieux. 

Peut-être que c’est pour cela que les cours obligatoires de cuisine et d’économie familiale ont disparu des cursus scolaires? Pour que tout le monde apprenne les matières «importantes»? 

Je n’ai pas les réponses à ces questions…

Des impacts sur la santé et le portefeuille? 

Évidemment, une fois en appartement, je n’ai pas eu le choix d’ouvrir quelques-uns des livres de recettes que ma mère m’avait donnés juste avant mon déménagement (elle avait pris soin de sélectionner ceux qui contiennent des recettes faciles, saines et pratiques) et de planifier ce que j’allais manger pendant la semaine. Ainsi, j’allais à l’épicerie chercher des aliments précis que je ne pourrais logiquement pas perdre. C’est faux. J’ai quand même perdu quelques bouquets de brocoli, des fonds de bouillon de poulet et plusieurs autres aliments parce que je n’avais pas encore totalement le réflexe d’être créative avec mes restants. 

La vie d’adulte amène une tonne de nouveautés, et pas que dans la cuisine. En même temps que de faire mon premier gratin toute seule (et de réaliser que je n’ai pas de mandoline ni de plat en pyrex!), j’ai appris à gérer des factures d’assurances, de loyer, d’internet et d’électricité tout en allant à mes cours, en essayant de faire du sport, en adaptant ma vie sociale à la métropole et en travaillant à temps partiel. Bien sûr, tout le monde passe par là ou presque. Peut-être que le problème réside tout simplement dans mon manque d’intérêt… Peut-être que c’est en bonne partie ma responsabilité. Donc j’essaie. Je fais de mon mieux, une recette facile à la fois…

Je dois aussi dire que j’ai profité des restaurants… Les impacts de ces sorties (plutôt plaisantes, je dois l’admettre) sont perceptibles dans mon portefeuille. Par chance, je n’ai pas la piqûre du fast food, je ne rêve jamais d’un Big Mac, d’un Whopper ou encore d’un steamé. Ainsi, quand je reste à la maison, je résiste (la plupart du temps) aux services de livraison et je m’efforce de concocter quelque chose qui me semble sain avec les connaissances que je commence à acquérir. 

«L’alimentation est un des piliers de la santé. Apprendre à composer un menu sain et nutritif, c’est apprendre à prendre soin de soi, indique la nutritionniste Stéphanie Côté. Donc c’est évident qu’il puisse y avoir des impacts sur la santé et sur l’énergie si on ne prend pas soin de soi.» Mais la saine alimentation n’a pas à être compliquée, selon cette dernière.

«On ajoute des couleurs dans l’assiette, on mange de nouveaux aliments, on découvre des grains moins connus, on mange à notre faim et déjà ça, ça devrait être bon pour nos yeux, nos papilles et notre santé! Le but n’est pas de se demander ce que l’on devrait couper, mais plutôt ce que l’on pourrait ajouter.» 

Stéphanie Côté

Des initiatives qui changent la donne

Quoiqu’il en soit, des gens s’impliquent pour que les jeunes aient des outils leur permettant de maîtriser leur propre santé et d’être un peu moins démunis quand ils déménagent en appartement. C’est notamment le cas de l’organisme La Tablée des Chefs, fondée et dirigée par Jean-François Archambault, qui a pour mission de nourrir et d’éduquer les jeunes afin de développer leur autonomie alimentaire. Les brigades culinaires de La Tablée des Chefs offrent entre autres aux écoles participantes les services d’un chef-formateur et les aliments nécessaires pour cuisiner dans le plaisir durant les 40 heures de formation. 

«Au début des années 2000, la direction de la santé publique a sorti une étude sur la perte de connaissances alimentaires. Je me suis alors demandé qui pourrait nous transmettre le plus de connaissances dans ce domaine à part nos grand-mères et ma réponse a été les chefs et les cuisiniers. Je me suis dit: pourquoi ne pas les amener sur le terrain pour qu’ils partagent leurs connaissances de base? C’est ce qu’on a fait avec ce qui s’appelle aujourd’hui les brigades qui sont présentes dans plus de 200 écoles secondaires au Québec et maintenant même ailleurs au Canada», me raconte Jean-François Archambault. 

L’organisme accompagne les jeunes à faire leurs propres expériences à partir de recettes difficiles à rater. «On souhaite leur faire réaliser que c’est plaisant de cuisiner, qu’on peut y mettre de l’amour et que ce n’est pas seulement utile.» 

Plusieurs autres organismes et même des enseignants ont aussi mis en place des initiatives pour que les jeunes reçoivent l’éducation nécessaire à ce niveau tout en s’amusant. C’est notamment le cas de l’organisme Ateliers cinq épices qui donne des ateliers culinaires dans les écoles primaires en milieu défavorisé de Montréal. 

Grâce à ces initiatives, les futurs adultes seront fort probablement mieux équipés et plus confiants que moi dans une cuisine. 

Sur ce, je retourne à mes chaudrons essayer quelques recettes simples et réconfortantes comme me l’a suggéré Stéphanie Côté en espérant que la passion s’empare de moi! 

3 trucs de pro pour manger sainement quand on a peu de compétences dans la cuisine selon Stéphanie Côté
(1) Se munir de quelques équipements de base: nul besoin d’acheter une batterie de cuisine à 400$! Une bonne planche à découper stable sur le comptoir est cependant nécessaire pour éviter de se blesser. Un bon couteau et un bon ouvre-boîte sont aussi utiles pour éviter les frustrations et les dégâts. 
(2) Faire des recettes simples avec une bonne marge d’erreur: les plats de pâtes ou de sautés, par exemple, sont faciles à réaliser parce qu’on peut remplacer certains ingrédients par d’autres et, généralement, se fier à son pif pour les quantités. 
(3) Ne pas mettre la barre trop haute: c’est décourageant de se comparer aux photos qu’on retrouve sur Instagram et Pinterest, n’est-ce pas? Eh bien notre repas peut être délicieux même s’il ne ressemble en rien aux photos de nos créateurs de contenus culinaires préférés. 
Bonus: Cuisiner en famille ou entre amis!