G pour Gel

gel dans les vignes

Notre climat met nos vignerons à rude épreuve quand le froid décide de pointer le bout de son nez. Contrairement à ce que plusieurs pourraient croire, ce n’est pas la neige l’ennemie numéro un des vignerons, mais plutôt le gel. Il en existe deux types: hâtif et tardif. Aujourd’hui avec la lettre G, on vous explique les risques et conséquences liés au gel et on vous montre comment les vignerons doivent être attentifs, réactifs et créatifs face à cet ennemi.

Texte par Les Minettes
Illustration d’Elisabeth Cardin

Le gel hâtif peut survenir au début de l’automne, soit à la veille de la période des vendanges. Ce gel comporte un risque puisqu’il peut endommager le feuillage et peut provoquer une montée de sucre dans le raisin, pas toujours désirée, et ainsi avoir une incidence sur la vinification. Pire encore, ce gel peut provoquer dans un premier temps l’arrêt immédiat de la phase de maturation du raisin et donc endommager la qualité de la vendange, mais aussi une perturbation du cycle végétatif de la vigne (chute des feuilles et mise au repos de la vigne pour l’hiver). Cela aurait donc comme impact de rendre plus vulnérables et sensibles les sarments (branches sur lesquelles les grappes se forment) aux nuits très froides de l’hiver québécois.

Quand l’heure des vendanges sonne, les vignerons doivent se dépêcher de récolter le fruit de leur travail dans une période assez courte. Lorsque les raisins sont ramassés, la période de mise en dormance de la vigne arrive très rapidement et nécessite que les vignerons soient proactifs et restent sur le qui-vive pour préparer leurs vignes à l’hiver et les protéger.

Les deux grandes techniques pour protéger la vigne sont le buttage et les toiles géotextiles : 

  • Le buttage consiste à retourner la terre sur 10 à 15 centimètres le long du cep de vigne. Pour faire simple, on recouvre la vigne de terre sans qu’elle soit trop compacte, formant une protection naturelle autour du cep de vigne et des sarments. La neige peut alors former sa couche protectrice protégeant ainsi la vigne des grands froids.
  • Les toiles géotextiles sont composées de fibres synthétiques et servent à recouvrir la vigne entière permettant à la neige de former une coque au-dessus, tout en laissant passer l’air autour du cep de vigne et des sarments. Le sol réchauffe l’intérieur de la tente permettant de gagner une dizaine de degrés et protégeant ainsi la vigne et ses bourgeons.

Une fois les vignes protégées, ce sont les nuits très froides qui vont stresser nos vignerons. Chaque espèce de vignes a des niveaux de rusticité et de résistance face aux différents gels. Voici les principales variétés que l’on retrouve au Québec avec leur température de résistance (on y reviendra plus en détail à la lettre H pour hybrides):

  • Les vitis vinifieras: pinot noir et gris, chardonnay, riesling, gewurztraminer et bien d’autres. Leurs bourgeons ont une résistance au gel hivernal allant jusqu’à – 20 degrés Celsius.
  • Les hybrides (semi-rustiques et rustiques): frontenac gris, blanc, noir, aldaminaa, maréchal foch, saint-pépin, etc. Leurs bourgeons ont une résistance au gel hivernal variant de – 20 degrés Celsius à -35 pour les plus robustes.

Quand les nuits atteignent des températures proches de celles mentionnées ci-haut, le bourgeon (qui produira par la suite le raisin) risque de mourir tout comme le sarment, engendrant une perte totale de la production et donc de grosses conséquences économiques pour le vignoble. Pour mettre toutes les chances de leur côté lors des périodes de grand froid, les vignerons ont comme objectif d’apporter de la chaleur dans les vignes. 

Petit rappel pour certains, l’air chaud monte et l’air froid descend. Donc lorsque les nuits s’annoncent très froides, certains vignerons allument des feux dans les vignes en début de soirée, permettant ainsi de garder la chaleur dégagée proche des vignes et d’ainsi éviter le gel. D’autres vignerons plus équipés ont recours à l’utilisation de tours à vent (qui ressemblent à de petites éoliennes de 12 mètres en moyenne), ayant comme but de faire circuler l’air chaud au milieu des vignes afin de gagner quelques degrés et éviter le gel des bourgeons. Et finalement, à la fin de l’hiver, c’est le gel tardif qui peut potentiellement survenir. Celui-ci est aussi responsable des pertes de production. Quand le printemps débute, la vigne se réveille doucement de sa période de dormance. Après avoir observé leurs vignes et procédé à la taille, les vignerons assistent au débourrement (période pendant laquelle le bourgeon s’ouvre) et c’est à ce moment-là que l’apparition de gel tardif peut faire ses dommages.

Le bourgeon est composé de trois parties: primaire, secondaire et tertiaire qui ont une résistance différente face au gel. Le bourgeon primaire étant celui responsable de la production, il est aussi le plus fragile et c’est lui qui gèlera en premier . S’il est exposé au gel,  c’est le bourgeon secondaire qui prendra le relais, produisant une grappe à moitié plus petite. Et si le bourgeon secondaire en prend pour son rhume (c’est le cas de le dire!), c’est le bourgeon tertiaire qui produira à son tour, mais une grappe d’un quart plus petite que la première, empêchant ainsi le raisin d’aller à sa maturité.

Tous ces risques de gel représentent un enjeu économique pour les vignerons et peuvent entraîner une perte massive de rendement. Ils doivent donc rester vigilants pour éviter la catastrophe!