Caroline, la végane

Chaque mois, Caribou offrira carte blanche à une personnalité pour qu’elle s’exprime sur le sujet de son choix. Caroline Huard, celle que l’on connaît mieux sous le pseudonyme Loounie et qui partage ses recettes véganes à des milliers d’adeptes sur Instagram, ouvre le bal.

Texte et photo de Caroline Huard

J’ai des amis qui sont professeurs de yoga. Ingénieurs. Journalistes. Entrepreneurs. Chefs. Je les présente souvent comme tel: «Mon amie Marie. Tsé, la prof de yoga!». Et moi, je suis la végane. «Mon amie Caro. Tsé, la végane!»

J’ai une étiquette qui me colle à la peau depuis octobre 2011, moment où j’ai décidé, presque sur un coup de tête, de ne plus manger de viande ni tout autre produit d’origine animale. Moment où j’ai troqué le yogourt grec et les filets de poulet pour des pois chiches et des grosses bottes de chou frisé. Moment où j’ai décidé que la manière de me nourrir allait changer complètement, avant tout, bien égoïstement, au nom de ma santé. L’impact positif de mes choix sur la planète et sur le bien-être animal est arrivé comme un bonus, une prime avec achat. Depuis sept ans, mon étiquette et moi, on est en relation. Pour le meilleur et pour le pire.

Durant les premiers mois passés avec mon étiquette, j’ai vécu la passion. Je me suis affichée avec elle sur Facebook. Je l’ai annoncé à tous mes proches. Je prononçais son nom dans toutes les conversations, des étincelles dans les yeux. J’étais Caroline, la végane. Dans mes lunettes roses d’amoureuse, tout était beau. Je sentais que j’avais compris quelque chose que les autres n’avaient pas encore saisis. Je faisais une vraie différence. J’avais trouvé la solution à tous les maux de la planète et ce n’était qu’une question de temps avant que tout le monde ne nous rejoigne, mon étiquette et moi. Le temps a passé. Et la relation s’est complexifiée.

Cette étiquette, qui m’avait donné des ailes, a tranquillement commencé à m’alourdir. Je devais la défendre dans les soupers de famille, au restaurant et dans la section des commentaires de publications douteuses sur Facebook.

Elle me faisait sentir coupable de rêver secrètement à un jaune d’œuf coulant pendant la nuit (histoire vraie). Elle me poussait à en faire toujours plus pour défendre la cause animale et pour m’insurger contre les industries. Elle m’empêchait fermement de goûter à un morceau de biscuit au beurre. Elle me faisait angoisser pendant une séance de magasinage de bottes d’hiver. Elle exigeait que mes performances de course à pieds s’améliorent et que mes rhumes ne durent pas. Elle me faisait douter de mes relations avec des mangeurs de bacon et des buveurs de lait. Elle me demandait d’être PAR-FAITE. Irréprochable. Engagée. Elle était rigide, intransigeante, sans pitié. Cette relation, d’abord si idyllique, est devenue toxique.

Compassion. C’est le mot qui me revenait tout le temps quand je pensais aux animaux. À la planète. À ceux qui souffrent. Au terme d’un processus subtil que je m’explique encore mal, je l’ai tourné vers moi, cette compassion. J’ai décidé d’être douce, envers ma personne et aussi envers les mangeurs de yogourt grec. De reprendre le pouvoir que j’avais cédé doucement à mon étiquette. D’être pleine de gratitude pour tout ce que la relation m’avait apporté. De consacrer mes énergies à créer et à encourager plutôt qu’à défendre et à combattre. Et la magie a commencé à opérer.

Sept ans plus tard, je suis toujours Caroline la végane. Mais dans une relation saine. Je me nourris de plantes plus de 99% du temps, me régalant d’une demi-douzaine d’œufs mollets par année (miam) et acceptant volontiers une part de gâteau au beurre chez mon amie pâtissière. Je m’enfile une cuillerée de miel d’Anicet quand la gorge me pique et je magazine du maquillage sans cruauté avec des bottes de cuirs aux pieds.

Quand je m’installe autour d’une grande table où les grillades cohabitent avec le tofu et les grosses salades de kale, je me réjouis de pouvoir partager d’aussi bons moments avec des humains que j’aime. De voir que les repas peuvent nous rassembler au lieu de nous diviser. De constater que même si le contenu des assiettes varie, les étiquettes peuvent être laissées au vestiaire.

Je nous souhaite à tous plus de douceur et de compassion. Je souhaite que les habitudes alimentaires collectives évoluent tranquillement vers plus de conscience. Plus de découvertes, plus d’ouverture, plus de végétaux. Plus de temps passé au marché à échanger avec les producteurs et en cuisine à essayer des nouvelles affaires. Moins d’étiquettes. Et plus de magie.

Caroline la végane
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