Le grincement de dents de Jean-Nick Trudel: prêts pour la grande-messe de l’agriculture de proximité?

Jean-Nick Trudel, directeur général de l’Association des marchés publics du Québec, vient de traverser une période d’incertitude aux côtés des gestionnaires de marchés et des producteurs qui vendent en tout ou en partie en circuits courts. Avec son réseau et son équipe, il a travaillé fort afin de faire entendre que le droit à l’alimentation doit tenir compte de l’importance des marchés publics pour la sécurité alimentaire et ce, même en temps de crise. Il était donc convaincu que ces derniers devaient opérer même le dimanche, et c’est avec soulagement qu’il a eu le sentiment d’avoir été entendu. Mais il s’est ensuite mis à rêver à mieux: pourquoi ne pas maintenir la fermeture dominicale des grandes surfaces et autoriser alors exclusivement l’ouverture des marchés et des kiosques fermiers, afin de leur donner un avantage concurrentiel concret dans un contexte ou l’achat local est sur toutes les lèvres… mais seulement dans le tiers des paniers? 

Un texte de Julie Aubé

L’incertitude qui a plané autour de la réouverture des marchés a dû être un véritable casse-tête pour les producteurs qui ont fait le choix de la mise en marché de proximité?
Tout cela a créé un stress fou pour eux, qui ne savaient pas sur quel pied danser! Les marchés allaient-ils pouvoir ouvrir cet été? Quand? Avec quelles mesures? C’était paradoxal: on n’a jamais autant parlé de manger local, mais l’incertitude autour de la saison 2020 alimentait l’insécurité pour les producteurs qui devaient continuer de s’organiser pour leurs marchés sans savoir s’ils auraient lieu. Un vrai casse-tête, auquel s’ajoutait l’ombre des fermetures dominicales. Les marchés du dimanche ne pouvaient pas simplement être remis au samedi, car plusieurs producteurs participent à un autre marché la veille. C’est donc avec un grand soupir de soulagement qu’on a appris que les marchés, incluant ceux du dimanche, pourront ouvrir, tout comme les kiosques à la ferme et l’autocueillette. 

Et cette période trouble t’a inspiré une idée pour favoriser les circuits de proximité. De quoi s’agit-il?
Maintenant que l’achat local et l’autonomie alimentaire sont sur toutes les lèvres incluant celles de nos dirigeants, n’y aurait-il pas une belle opportunité de faire que les bottines suivent les babines et de soutenir l’agriculture québécoise et les circuits de proximité en offrant l’avantage exclusif de rouvrir le dimanche aux marchés, aux kiosques à la ferme et aux lieux d’agrotourisme et de tourisme gourmand? 

Cette idée aurait le potentiel de renforcer les liens qui unissent les mangeurs aux fermiers et au territoire en favorisant les balades en famille et les moments agréables passés à la campagne, à ralentir le rythme et à adopter l’achat local comme mode de vie. Bref, elle incarnerait un pas concret dans la direction de l’autonomie alimentaire plutôt que de s’en tenir à un «slogan». 

Dans le sens de garder les épiceries et grandes surfaces fermées le dimanche… à long terme?
Exact! Comment dans le temps! Comme à plusieurs endroits dans le monde encore aujourd’hui. Favoriser l’achat local pour vrai, c’est adopter des mesures concrètes pour accompagner la transition de la parole aux actes. Un avantage concurrentiel offert aux fermes et aux marchés est un exemple d’une telle mesure, simple et rapide à implanter, réaliste et peu coûteuse, pouvant supporter efficacement l’agriculture de proximité. 

Avant de crier «autonomie alimentaire» sur tous les toits et de se bomber le torse à ce sujet, il importe de se mettre un instant dans les bottines des producteurs qui portent la petite agriculture locale à bout de bras, qui la défendent bec et ongles, sept jours sur sept. Leur offrir un réel avantage en dirigeant plus de gens vers eux ne serait-il pas une décision collective qui pourrait non seulement les aider à traverser la crise, mais à s’implanter durablement dans les habitudes d’approvisionnement des Québécois? On s’est plutôt bien habitués à la fermeture dominicale des grandes surfaces en contexte de pandémie; il reste quand même six jours sur sept pour les visiter! Une «pause dominicale» commune serait un incitatif pour que tous puissent mettre plus d’activités bioalimentaires au menu, incluant les commis et les caissiers des grandes surfaces qui pourraient profiter eux aussi du dimanche pour visiter les marchés et les fermes, et comprendre d’où viennent ces carottes qu’ils emballent chaque semaine.

On dit souvent que les marchés publics sont les nouveaux parvis d’église. Que les producteurs en sont les prêtres, et les mangeurs, les apôtres! Amen. Je dirais même plus: «Amen»-la l’autonomie alimentaire!

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