Rose-Anna Vachon, entrepreneure, femme d’affaires, pâtissière

gateau vachonRose-Anna Vachon - Photo d'archive familiale

Si, enfant, vous aviez la dent sucrée, il y a fort à parier que votre boîte à lunch contenait des gâteaux Vachon. Billot Log, Jos Louis, Roulés Suisses; ces desserts étaient et sont encore des favoris chez les petits comme les grands. Si le succès de la populaire compagnie repose sur le travail acharné d’une famille unie, c’est à l’ambition de la matriarche que l’on doit sa création. Agricultrice, entrepreneure, pionnière, pâtissière et mère de neuf enfants; Rose-Anna Vachon a porté plusieurs chapeaux tout au long de sa vie et elle l’a fait avec brio.

Texte d’Eliane Bourque

L’ambition d’une mère

Tel le délicieux centre fondant des Ah! Caramel, Rose-Anna est le cœur des Vachon. Née en 1878 à Sainte-Marie-de-Beauce, dans la région de Chaudières-Appalaches, elle est femme d’agriculteur. Installée à Saint-Patrice-de-Beaurivage avec sa famille, elle et son mari, Joseph-Arcade Vachon, décident de vendre leur terre agricole, faute de relève et par manque de ressources. Rose-Anna Vachon, née Giroux, a 45 ans lorsqu’elle décide, en 1923, de partir en affaires pour la première fois de sa vie.

«Elle était probablement parmi les premières femmes d’affaires au Québec. Après tout, on parle des années 1920», dit son petit-fils Pierre-Maurice Vachon, fils de Joseph Vachon, qui garde d’ailleurs un bon souvenir de sa grand-mère, mais surtout, de l’admiration.

«C’était une femme de caractère, une femme importante et imposante. Elle avait une volonté de fer.»

Pierre-Maurice Vachon

L’aventure entrepreneuriale débute par une opportunité en or, et surtout, le désir de rapatrier ses enfants, parties chercher du travail aux États-Unis.

Lorsqu’elle apprend qu’une autre femme cherche à se départir de sa boulangerie à la suite de la mort de son mari, elle saisit l’occasion. Pour 7000$, le couple acquiert le commerce situé dans la ville natale de Rose-Anna, à Sainte-Marie-de-Beauce. N’ayant que 15$ en poche lors de l’achat du commerce, le couple est maintenant endetté. Il faut faire de l’argent, et vite.

«Le sens des affaires, c’était elle. Mon grand-père disait toujours oui ; il la supportait à cent mille à l’heure. Il disait toujours à quel point il adorait sa bonne Rose-Anna. Lorsqu’ils ont acheté la boulangerie, elle s’est dit qu’ils ne vivraient pas assez bien avec le pain», dit son descendant, aujourd’hui âgé de 77 ans.

Qu’à cela ne tienne, Rose-Anna, qui jusque-là compte sur son fils aîné Rédempteur Vachon pour faire le pain, choisit d’innover et de se mettre elle-même à la pâtisserie, préparant des tartes, des brioches, et d’autres petites douceurs. Lorsqu’elle apprend la venue au village d’une nouvelle boulangerie-pâtisserie, elle se décide à ajouter une autre corde à son arc et commence également la vente de gâteaux. Pas question de perdre des clients. «Elle avait de la suite dans les idées! Ma grand-mère envoyait même ses filles vendre des petits gâteaux sur le parvis de l’église le dimanche!» raconte Pierre-Maurice Vachon, qui croit fermement que sa grand-mère était née pour gérer une entreprise.

En effet, le succès de l’entreprise familiale ne ment pas et Rose-Anna peut se féliciter. Après sept ans en affaires, ses trois fils Amédée, Louis et Joseph, auparavant exilés aux États-Unis, sont de retour et travaillent dans l’entreprise de leur mère avec leurs autres frères et sœurs. C’est d’ailleurs en l’honneur de ses frères Joseph et Louis que Paul Vachon invente le petit gâteau aimé de tous: le Jos Louis.

Si Pierre-Maurice n’a pas gardé un intérêt particulier pour la cuisine, il en est autrement pour la bosse des affaires. «C’est grâce à ma grand-mère que j’ai une passion pour les affaires et la production aujourd’hui, avoue-t-il. J’ai justement travaillé dans l’entreprise Vachon comme gérant des services administratifs de production de 1968 à 1975 au côté de mes oncles, Paul et Benoît, pour parfaire mes connaissances.»

L’entreprise dans les années 1940 à Sainte-Marie – Bibliothèque et Archives nationales du Québec

L’héritage de Rose-Anna

En plus d’avoir fondé l’une des entreprises alimentaires les plus importantes au Québec, Rose-Anna a participé au développement économique et industriel d’une région. Faisant preuve d’audace, elle fut derrière l’agrandissement de la compagnie, l’achat de camions, l’ouverture de centre de distribution et la diversification de l’offre de produits. Elle travaille dans sa compagnie jusqu’à l’âge de 68 ans, avant de vendre ses parts à ses quatre fils en 1945. Rose-Anna Vachon meurt deux années plus tard, en 1948 à 70 ans.

Appartenant aujourd’hui à une filiale de la compagnie mexicaine Grupo Bimbo, l’entreprise Vachon est restée entre les mains de la famille Vachon pendant près de 50 ans, avant de passer aux mains du Mouvement coopératif Desjardins en 1970, puis Saputo en 1999.

Afin de mettre en valeur l’histoire de Rose-Anna, sa famille et de son entreprise, la première boulangerie des Vachon à Sainte-Marie-de-Beauce a été transformée en centre d’interprétation en 1993, sous le nom de la Maison J.-A. Vachon. L’usine Vachon est également située en Beauce.


Ce texte pourrait aussi vous intéresser: Une femme et son May West