L'après Bocuse d'Or avec Samuel Sirois - Caribou

L’après Bocuse d’Or avec Samuel Sirois

Publié le

30 octobre 2023

Texte de

Sophie Mediavilla-Rivard

La compétition culinaire du Bocuse d’Or est à la gastronomie ce que les Jeux olympiques sont au sport. L’an dernier, l’équipe canadienne composée du chef Samuel Sirois, du coach Gilles Herzog et du commis Léandre Legault-Vigneau s’est démarquée jusqu’à la finale du concours. Neuf mois plus tard, alors que la poussière a eu le temps de retomber, Caribou s’est entretenu avec Samuel Sirois pour faire le point sur son expérience.
L'équipe canadienne du Bocuse d'Or (de gauche à droite), le coach Gilles Herzog, le candidait Samuel Sirois et le commis Léandre Legault-Vigneau. Crédit photo Aymeric Halbmeyer
L'équipe canadienne du Bocuse d'Or (de gauche à droite), le coach Gilles Herzog, le candidait Samuel Sirois et le commis Léandre Legault-Vigneau. Crédit photo: Aymeric Halbmeyer
La compétition culinaire du Bocuse d’Or est à la gastronomie ce que les Jeux olympiques sont au sport. L’an dernier, l’équipe canadienne composée du chef Samuel Sirois, du coach Gilles Herzog et du commis Léandre Legault-Vigneau s’est démarquée jusqu’à la finale du concours. Neuf mois plus tard, alors que la poussière a eu le temps de retomber, Caribou s’est entretenu avec Samuel Sirois pour faire le point sur son expérience.
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C’est en janvier dernier que l’équipe s’est rendu à Lyon, où la finale du Bocuse d’Or se déroule chaque année, pour représenter la culture culinaire du Canada. Vingt-quatre pays se sont affrontés dans la plus prestigieuse compétition gastronomique au monde, alors que deux épreuves en cuisine leurs étaient imposées. Armés de sa rigueur et de sa passion, le trio québécois s’est finalement classé en 11e position. Ce travail de longue haleine a été honoré lors des Lauriers de la gastronomie québécoise 2023 avec le prix du Rayonnement de la culture culinaire.

Le parcours de l’équipe canadienne a aussi été immortalisé dans la série documentaire de cinq épisodes L’effet Bocuse d’Or, disponible sur la plateforme Vrai. On y comprend les motivations qui animent les personnages pendant les mois d’entraînement et de préparation jusqu’au jour J.

plateau bocuse d'or Le plateau servi lors de la finale. Crédit: CHEFS CANADA
samuel sirois Le chef Samuel Sirois | Crédit: Gabriel Lévesque

Dans L’effet Bocuse d’Or, vous dites que la cuisine c’est comme une drogue pour vous, que vous carburez à ça. Comment vous êtes-vous senti après la compétition, quand la pression est retombée?

J’aimerais ça te parler au passé, mais je ne peux pas, parce que je vis encore ce backlash-là, j’ai encore ce craving d’adrénaline-là. Ça me manque profondément de toujours être avec le même monde. On a passé deux ans vraiment tissés serrés, on se voyait ou on se parlait tous les jours. C’est comme une peine d’amour: il y a ce fond de déprime, avec cette espèce de sensation d’avoir un ressort au fond de moi pour rebondir sur quelque chose. Et ce quelque chose là, je l’attends.

On parle de deux ans de préparation à temps plein pour le concours. Ça vous a fait quoi de retrouver le train-train quotidien?

C’est une préparation qui exige beaucoup de temps, mais pas que de temps de travail en cuisine! Ça exige de l’organisation, ça exige de la réflexion. Même quand tu es en moment de repos, ton cerveau continue toujours à réfléchir: comment je peux faire ci? Comment je peux faire ça? Ça aussi, ça me manque, parce que le retour sur Terre implique nécessairement de réfléchir aux choses de monsieur et madame Tout-le-Monde. Au niveau psychologique, tant et aussi longtemps que tu ne trouves pas autre chose, tu es un peu dans un espace vide. Ce n’est pas tout noir, mais c’est moins goûteux.

Vous faites le comparatif entre la compétition et un coup de foudre. Est-ce que c’était la première fois que vous viviez quelque chose d’aussi fort, comme un premier amour?

Au niveau de la cuisine, oui, définitivement. Je n’ai pas de comparatif à l’heure d’aujourd’hui. Ç’a été tellement de belles choses qui se sont produites que non, il n’y a pas grand-chose de plus fort que tout ça. Tu sais, demain matin, Gilles ou Léandre me demandent de faire quoi que ce soit, je n’y pense même pas. La réponse, c’est oui. Pour moi, ça va de soi. Ce sont des personnes qui ont tout donné, qui ont été hyper généreuses avec moi, qui ont été là, qui ont été présentes mentalement et physiquement.

Donc vous demeurez en contact, Gilles, Léandre et vous, depuis la compétition?

Définitivement, Gilles et moi, on continue à se parler régulièrement. Il y a peut-être des projets qui s’en viennent, on l’espère. Tu sais, en cuisine, ce gars-là, il m’a tout donné de ses connaissances, il était d’une générosité sans borne avec nous. Il a vraiment ouvert les livres, ouvert son esprit, ouvert ses connaissances, ouvert tout. Je bénéficie encore de cet apprentissage-là.

Évidemment, Léandre étant plus jeune que nous, il a d’autres choses à explorer, il peut voyager, faire des stages et travailler à gauche et à droite. On suit son parcours de près.

Le Bocuse d’Or, c’est l’expérience d’une vie. Qu’est-ce que vous en retenez?

Je pense que s’il y a quelque chose dans la vie que j’ai compris avec ce concours, c’est que de un: je ne sais rien en cuisine. De deux: si tu veux avancer dans ce métier-là, ça te prend un minimum d’humilité. Puis de trois: en étant tout seul, tu n’arrives à rien. C’est vraiment un travail d’équipe.

Outre ces trois points-là, la leçon de vie que j’ai eue, c’est que quand tu as un rêve, tout est possible. L’une des raisons pour laquelle j’ai fait ce concours-là, c’était pour montrer à mes étudiants, peu importe le niveau, que quand tu as un objectif dans la vie, tu peux y arriver. C’était une leçon d’espoir que je voulais transmettre à cette jeunesse-là, qui est un peu désabusée parce qu’il y a un paquet de problèmes qui se produisent, tant au niveau écologique, économique, politique… Et cet espoir-là, je l’ai eu jusqu’à la fin. En faisant le concours, tu te donnes la preuve à toi-même que les choses sont possibles si tu travailles fort, si tu y mets du tien, si tu t’entoures des bonnes personnes.

Au-delà de tout ça, c’est d’avoir découvert qu’une aventure humaine peut être magnifique. Je sors grandi de tout ça. J’espère que le prochain candidat aura aussi cette possibilité de grandir et de faire rayonner notre réalité canadienne, avec notre agriculture, notre culture et avec les artisans qu’on a ici.

Je pense que s'il y a quelque chose dans la vie que j'ai compris avec ce concours, c'est que de un: je ne sais rien en cuisine.
Samuel Sirois

Qu’est-ce que ça vous fait de visionner la série L’effet Bocuse d’or, en rétrospective?

Je revis plein d’émotions à chaque fois que je vois le documentaire. C’est sûr que de me replonger dedans, ça me fait mal sur certains points parce que j’essaie autant que possible de faire mon deuil. Mais c’est plein de beaux souvenirs. Je suis un peu mitigé entre la nostalgie et l’envie de replonger dedans.

C’est aussi une expérience qui ouvre beaucoup de portes au niveau professionnel. Quelles opportunités avez-vous eues depuis le concours?

J’ai travaillé sur un projet avec Tourisme Montréal et Visite Belgique, le Tram Expérience, [un voyage gastronomique à bord d’un tramway qui parcourt Bruxelles] qui a débuté le 17 octobre. Le Bocuse d’Or m’a permis de continuer à travailler avec des gens liés au concours qui savaient ce dont j’étais capable, qui m’ont fait confiance à nouveau pour aller promouvoir les produits d’ici. J’ai construit un menu, avec quelques clins d’œil aux recettes qu’on a travaillées pour le Bocuse d’Or.

Je me suis aussi fait approcher par la réalisatrice Manon Briand pour travailler comme consultant sur le long-métrage Le Chef et la douanière. C’est une expérience exceptionnelle dans un domaine que je ne connaissais pas. J’essaie d’aider au maximum, de contribuer à apporter mon savoir-faire à ces gens-là en respectant leurs conditions.

Une nostalgie partagée

L’effervescence autour du Bocuse d’Or manque tout autant à Gilles Herzog, qui a entraîné Samuel Sirois tout au long de son parcours vers Lyon. Le coach n’a pas encore regardé L’Effet Bocuse d’Or, par crainte de se replonger dans l’intensité des émotions qui ont entouré l’aventure. «Il y avait cet esprit de famille, cette énergie autour de nous, et on s’est retrouvé sans rien du jour au lendemain», confie-t-il. «On n’a plus vu nos collègues, c’était une sorte de déchirure, un vide total. J’en parle encore et je suis émotif.» Alors que le concours a eu lieu en janvier, Gilles Herzog avoue s’être senti «comme en flottaison» jusqu’au début de l’été. Actuellement, il poursuit son travail d’enseignement à l’ITHQ.
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