Le meilleur du Québec gourmand
Publié le
13 janvier 2026
Texte de
Véronique Leduc
Photos de
Véronique Leduc
À 25 ans, j’ai décroché ce qui, selon moi, était la job de rêve: voyageuse aguerrie et fraichement sortie de l’université, j’allais être journaliste en tourisme! En 12 ans, j’ai ainsi mis les pieds dans une bonne trentaine de pays en étant payée pour écrire sur les mœurs, les nouveautés, les incontournables, la culture ou les spécialités culinaires de l’endroit visité. J’ai eu la chance de découvrir des lieux exceptionnels où je n’aurais probablement jamais mis les pieds si ça n’avait été de mon métier. Je pense au Groenland, à Dubaï, à la Jordanie, au désert marocain, aux alpes suisses, aux vignobles chiliens, à la jungle équatorienne et à Shikine-Jima, cette minuscule ile de 3,9 kilomètres carrés et 600 habitants au Japon. J’avais beau chaque fois jubiler à l’idée de partir, et tripper une fois sur place, reste que toujours, je revenais au Québec et j’étais ravie de le faire. Et le lendemain, à tous les coups, je me réjouissais de voir la neige, de sentir les sapins, d’aller voir un lac, d’ensevelir mes crêpes sous le sirop d’érable ou de commander (enfin!) une poutine au resto du coin.
Maintenant, je voyage moins à l’international. Un mélange de plus grandes responsabilités auprès de notre cher Caribou, de maternité et de souci écologique. Mais j’ai transformé ce besoin de découvertes et de mouvement en parcourant le Québec, parfois pour des textes que vous pouvez lire ici, d’autres fois pour des articles touristiques dans Le Devoir, toujours avec un immense plaisir et une grande fascination pour ce qui se fait sur notre vaste territoire.
J’ai commencé 2025 à la Pourvoirie Bazinet, à Sainte-Émélie-de-l’Énergie, dans Lanaudière. Si l’histoire des pourvoiries du Québec est surtout associée, avec raison, à la chasse et à la pêche, j’ai appris, que des 350 pourvoiries membres de la Fédération des pourvoiries du Québec, plusieurs proposent, en plus du traîneau à chiens, des glissades, des patinoires, des pistes de raquettes, de randonnée ou de skis de fond, des piscines intérieures ou des spas, de la restauration sur place. L’offre va des plats simples, typiques ou locaux jusqu’à l’expérience gastronomique de plusieurs services avec accord mets et vins. Certaines pourvoiries proposent de cuisiner le poisson pêché sur la berge, d’autres, comme l’iconique Seigneurie du Triton, en Mauricie, s’approvisionnent à même la forêt boréale ou garnissent leur bar d’alcools québécois, tandis qu’à Baie Johan-Beetz, sur la Côte-Nord, on propose des tablées haut de gamme aux saveurs de crabe, de pétoncles et d’oursins. Le tout, sur fond historique puisque les premiers clubs privés de chasse et pêche sont apparus au Québec autour de 1890 pour devenir accessibles à tous autour de 1970. C’est un accès au territoire dont il faut davantage profiter!
Chalet du Lac Waconchini En février, pendant un épisode de vortex polaire, j’ai vécu une expérience unique aux Chalets du lac Waconichi, dans la Réserve faunique des Lacs-Albanel-Mistassini-et-Waconichi, au nord du 49e parallèle. J’ai visité l’endroit à 40 minutes de Chibougamau pour un texte paru dans le numéro Chemins de Caribou. Là, grâce au projet Niimaawin, qui cherche à proposer une offre alimentaire inspirée de la culture crie aux adeptes de pêche, de motoneige, de randonnée et de plein air venus profiter de cette nature d’une grande richesse, une équipe fait des tests pour proposer une offre facile à cuisiner en excursion et inspirée des traditions cries.
Je ne sais pas où en est le projet un an plus tard, mais je rêve en tous les cas sincèrement de retourner séjourner dans l’un des jolis chalets de bois gérés par Nibiischii et alignés en bordure du lac Waconichi afin de profiter de la nature à couper le souffle, entrée majestueuse sur notre territoire nordique.
En mars, encore pour ce même numéro de Caribou, j’ai redécouvert toute la richesse du Chemin du Roy, première route à avoir relié Montréal à Québec, au 18e siècle et qui longe, sur de longues distances, le fleuve Saint-Laurent. Je ne saurais trop recommander cette année de prendre le temps d’emprunter le chemin le plus long pour s’arrêter dans les cafés, microbrasseries et restaurants qui jalonnent la route et qui animent les villages dans lesquels ils sont installés.
Café Yamabiko à Sutton Au printemps, il y a eu le séjour à Sutton, dans les Cantons-de-l’Est, où les adresses gourmandes se multiplient rapidement. On pense au Café Yamabiko pour des cafés de qualité, à la Réserve naturelle, parfait caviste inspiré du Québec pour l’apéro, au Mollies, un café dinette aux plats savoureux, au Kokkaku Ramen et au Gato pour des plats japonais et mexicains faits très souvent à partir d’aliments locaux.
Sous les chauds rayons estivaux, lors d’une tournée de presse, j’ai eu la grande chance de m’attabler au restaurant champêtre Les Mal-Aimés, en pleine campagne de Cookshire-Eaton pour une expérience hors du commun. Ce n’est pas pour rien que l’endroit est recommandé dans la première cuvée du Guide Michelin au Québec.
C’est un 10 services avec un accord vins ou sans alcool très bien exécuté et parsemé de belles surprises qui est servi, le tout composé de 60 à 70% des aliments qui poussent sur les terres de la ferme bio intensive qui accueille le restaurant. Aux commandes, le maraicher Yannick Côté et le chef Daniel Charbonneau qui, ensemble, réussissent à créer une soirée qui m’a donné envie de recommander chaudement l’endroit autour de moi.
Je connaissais bien sûr la camerise avant d’aller en cueillir pour le travail, mais c’est un véritable coup de cœur que j’ai eu pour ce petit fruit d’ici l’été dernier. Je la croyais surette mais j’ai découvert que cela dépend des variétés. Et en la savourant fraîche, sa texture et sa saveur sont inégalées. À la ferme Les Délices du Rapide, à Saint-Hyacinthe, Marc-Antoine Pelletier, copropriétaire, m’a aussi appris que les saveurs de la camerise étaient encore plus concentrées lorsqu’elle est congelée. Depuis, j’en ai toujours à la maison et c’est sûr et certain, je cours m’en faire de très grosses provisions lors de la prochaine saison, de la mi-juin à la fin juillet!
Mes deux coups de cœur ont eu lieu à Anse-Saint-Jean, une charmante municipalité en bordure d’eau. Pour le déjeuner ou le lunch, du Café du Quai, on peut observer la beauté du fjord, attablé à la terrasse surélevée, en dégustant une excellente crêpe bretonne. Puis en soirée, c’est à la brasserie coopérative La Chasse-Pinte qu’il faut aller. Là, on trouve un très beau menu de type bistro grandement inspiré de la région et des saisons ainsi que d’excellents vins et bières qu’on pourra déguster sur ce qui est probablement l’une des plus belles terrasses du Québec.
En août, de retour de Charlevoix, ma petite bande et moi sommes arrêtées par hasard au Casse-Croûte 3 Saisons, à Château-Richer (juste après Sainte-Anne-de-Beaupré). Un endroit simple, typique et très fleuri, derrière un camping, et affichant un menu impressionnant. Guédille au homard ou crevettes, smoked-meat, hot chicken, clubs, pizzas, burger, hot-dog et poutines de toutes sortes. Les fans de poutine, comme moi, se contenteront de la classique qui est ma foi excellente. Une belle surprise où j’arrêterai encore certainement en allant à Charlevoix.
Terrasse de La Chasse-Pinte
Casse-Croûte 3 Saisons J’ai fait cet automne une visite guidée du quartier Parc-Extension, à Montréal. Comme plusieurs Montréalais, je fréquente le secteur depuis longtemps lorsque j’ai une envie de plats indiens mais j’ai été surprise d’apprendre que l’endroit était autrefois considéré comme le quartier grec. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’aux années 1970, le quartier a connu une très forte croissance démographique causée par l’arrivée de nombreux immigrants européens, principalement en provenance de Grèce. On peut d’ailleurs encore observer dans Parc-Extension des traces de cette immigration: des églises grecques, le parc Athéna, des restaurants de grillades, gyros et souvlakis, ainsi que des pâtisseries grecques, dont Afroditi, en affaires depuis 1971 et bien connue des gens du coin et au-delà.
«L’endroit a des airs de coffre aux mille trésors, et derrière le comptoir, Artemis Karagiannidis, 73 ans, celle qu’on surnomme Madame Afroditi conseille de goûter les spanakopitas aux épinards, les baklavas au miel, les kourabiedes aux amandes et autres friandises qu’elle emballe dans des papiers délicats», écrivais-je ensuite dans Le Devoir. Une jolie découverte qui parle de la richesse culturelle du Québec.
Chez Tao! En pleine tempête de novembre, lors d’une tournée de presse à Québec, entrer Chez Tao!, dans le quartier Saint-Sauveur, réchauffe instantanément. Gros gros coup de cœur pour l’endroit où on se régale de cocktails tropicaux et de plats inspirés de la cuisine de rue de l’Asie du Sud-Est. C’est à la suite d’un voyage au Vietnam, en Indonésie et en Thaïlande que quatre acolytes ont ouvert Chez Tao! il y a quelques années. Il faut absolument commander les nems (des rouleaux frits dans une feuille de riz), les beignets de poissons avec sauce coco-citronnelle, les soupes coco, le pad thaï et la banane frite. Fait à noter, la cuisine est 100% sans arachides et propose plusieurs plats végétaliens. C’est extrêmement bien fait et DÉ-LI-CIEUX! J’ai hâte d’y retourner et de découvrir les adresses voisines de groupe: le bar JJacques et la taqueria Julia.
En décembre, comme à chaque année, Audrey, Geneviève et moi sommes sorties de la ville pour regarder l’année qui venait de passer et pour rêver à celle qui venait. Cette fois, notre lac-à-l’épaule a eu lieu dans le petit chalet d’une amie, à Prévost, dans les Laurentides. Il est difficile d’obtenir une place au restaurant et boulangerie Merci la vie à Piedmont, non loin de là. En pleine semaine, c’était l’occasion pour nous d’essayer la place dont tout le monde parle depuis quelques années. Leur devise: «nourrir à la fois le corps et l’âme en offrant des produits et des plats exceptionnels». Et c’est réussi. L’ambiance est douce, la nature environnante est magnifique et les plats partagés, savoureux, ont réussi à nous surprendre.
Montréal vue par Véro
Je me promène beaucoup mais je reste tout de même une Montréalaise dans l’âme. En bonus, voici les endroits souvent visités cette année, nouveaux ou anciens coups de cœurs desquels je suis fidèle: Le Tabac dans Villeray pour l’ambiance entre café et bar, le Papito et le Central dans le centre-ville, le Bar Mamie, Le Super Qualité et La Maison de Mademoiselle Dumpling, pour les meilleurs dumplings à petit prix, dans Rosemont, la Taverne Atlantic, dans le Mile-Ex, à côté du bureau, pour les cocktails frappés et la magnifique terrasse en hauteur, Ramen Isshin, sur le plateau, à visiter quand il fait froid, la Rôtisserie La Lune où Caribou a tenu son party de Noël, et, l’été venu la crèmerie Iconoglace, encore et toujours.
Tabac J’ai parcouru de magnifiques parties du monde au fil des ans et j’ai beau, encore aujourd’hui, adorer faire mes valises une ou deux fois par année pour partir à l’étranger, reste que ce que je préfère, c’est revenir les bagages pleins de découvertes et de nouvelles adresses inspirés de notre territoire. Parce que ce que je préfère par-dessus tout, c’est quand le Québec me rend fière, m’inspire et me nourrit.
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