Le grincement de dents de Marie-Chantal Houde: Où est l’agriculture dans les médias?

Marie-Chantal Houde, de la Fromagerie Nouvelle France à Racine dans les Cantons-de-l’Est, produit plusieurs fromages de lait de brebis, dont le réputé Zacharie Cloutier. En septembre dernier, la jeune fromagère a remporté pas moins de cinq prix CASEUS, l’équivalent des Oscar pour les fromagers québécois. Vous en avez peu entendu parler? Pas étonnant, puisque les médias ont été plutôt timides à propos de l’événement. En fait, ce que déplore Marie-Chantal Houde, c’est qu’ils parlent peu d’agriculture en général. Caribou lui tend le micro.

Propos recueillis par Julie Aubé
Photos de Marie-Chantal Houde et Julie Aubé

Pourquoi souhaiter plus d’espace médiatique consacré à l’agriculture?
Il n’y a pas si longtemps, tout le monde connaissait quelqu’un qui avait une ferme. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, puisque les petites fermes familiales sont de moins en moins nombreuses au Québec. Loin des yeux loin du cœur, le contact se perd entre les consommateurs et les agriculteurs. Ce manque de proximité affaiblit notre attachement envers l’agriculture et par conséquent, notre sentiment de responsabilité face aux impacts de nos choix alimentaires.

On a besoin de se réapproprier notre agriculture, essentielle à l’équilibre d’un pays et à la base de notre souveraineté alimentaire.

Dans ce contexte, les médias ont le potentiel – je dirais même la responsabilité lorsqu’ils sont financés par des fonds publics –, de contribuer à recréer ce pont entre les consommateurs et les agriculteurs. En décidant ce à quoi les gens sont exposés, ce qui alimente leurs conversations et ce qui nourrit leurs réflexions, les médias ont le pouvoir d’ouvrir le dialogue, d’explorer des enjeux, de célébrer les bons coups, de recréer de la proximité et de l’attachement. C’est primordial, parce qu’on se responsabilise quand on se sent interpellé.

Marie-Chantal Houde

Si le foodie est servi, c’est notre côté de mangeur-citoyen qui est rationné dans les médias?
À part La semaine verte à Radio-Canada, quelques segments dans On n’est pas sorti de l’auberge à la radio et La classe ouvrière à Télé-Québec, les médias misent surtout sur les recettes et la gastronomie. Pourtant, manger débute par l’agriculture! Inviter un producteur à une émission de cuisine, c’est un début. Mais il faudrait d’autres segments où on met ses bottes et on sort de la cuisine! Ça permettrait aux consommateurs et aux agriculteurs de mieux se connaître et de se comprendre davantage. Ça nous aiderait à redevenir «partenaires» pour la survie d’une agriculture familiale d’ici, face aux géants de l’agroalimentaire et aux intérêts étrangers.

Qu’envisagez-vous comme pistes de solution?
J’ai pris le temps d’écrire à une émission de la Première Chaîne de Radio-Canada pour expliquer pourquoi ce serait intéressant d’y aborder l’agriculture. Plus on est nombreux à faire une telle demande à nos émissions préférées, plus on sera écoutés. Je suis sûre que les médias qui auront l’audace d’aborder l’agriculture d’une façon «au goût du jour» vont sortir du lot et être gagnants à long terme. Ça prend aussi des émissions jeunesse, parce que l’agriculture, ça fait partie de l’éducation. Les gens de tous les âges doivent y avoir accès et comprendre que chaque geste compte. Ce qui est grave, en fait, c’est penser que nos gestes n’ont pas d’impact!

Marie-Chantal Houde, fromagère
Fromagerie Nouvelle France, Racine