Compagnons Maraîchers: un week-end pour soutenir un agriculteur

Le gouvernement a lancé pour cet été un appel à l’engagement des citoyens avec sa campagne de recrutement «J’y vais sur le champ!». On cherche des Québécois prêts à s’engager à temps plein pour travailler auprès des entreprises agricoles qui se voient privées de l’apport essentiel des travailleurs étrangers. Mais il y a aussi des options pour ceux qui voudraient donner de leur temps de façon plus ponctuelle. Les excursions organisées par les Compagnons Maraîchers en font partie. Entretien avec Olivier Côté-Thibault, président-fondateur de l’organisme sans but lucratif. 

Texte de Véronique Leduc

Que faites-vous comme proposition aux citoyens qui voudraient soutenir un agriculteur mais qui ne peuvent pas le faire à temps plein?
Nous proposons depuis quelques années des excursions d’un ou deux jours pendant les fins de semaine sur des petites et moyennes fermes. Nous couvrons les entreprises agricoles qui font la demande près des grandes villes comme Montréal surtout mais aussi Québec ou Sherbrooke et dans des régions comme la Montérégie et Lanaudière. Selon les besoins des fermes participantes et le type de corvée à effectuer, nous partons en covoiturage avec un groupe de 10 à 15 personnes qui feront bénévolement le travail nécessaire. Les repas sont offerts sur la ferme, le matériel de travail est fourni et on dort souvent dans des tentes, qui sont apportées par les participants ou fournies si besoin. En quelque sorte, nous sommes l’intermédiaire entre les fermes et les citoyens.

Évidemment, à cause de la COVID-19, la formule n’est présentement pas possible dans sa version originale, mais nous sommes en train de chercher des façons de nous adapter. Par exemple, nous pouvons faire le contact entre de petites fermes qui ont besoin d’aide et des citoyens prêts à donner de leur temps ou encore, faire de plus petits groupes de travail qui se rendent sur place de façon individuelle. Parce que les agriculteurs ont encore besoin d’aide! 

Comment est née l’idée des Compagnons Maraîchers?
Mes études à l’Université de Montréal en urbanisme m’ont ouvert les yeux sur la dichotomie entre l’urbain et le rural. On connaît si peu l’un de l’autre! Je manquais d’expérience sur le terrain et j’ai voulu travailler sur une ferme. Au début, nous nous sommes donc organisés pour partir faire des corvées agricoles entre amis mais en 2018, avec ma collègue Camille Lamontagne-Bluteau, nous avons lancé les Compagnons Maraîchers comme un organisme à but non lucratif. Aujourd’hui, ce sont autant des enfants avec leurs parents que des jeunes de 25 à 35 ans ou que des retraités qui font partie des groupes des excursions.

Est-ce que la situation liée à la COVID-19 vous fait remarquer un plus grand intérêt des gens pour le travail sur la ferme?
Vraiment! L’intérêt est manifeste et on remarque beaucoup plus de visites sur notre site. On a déjà connu des moments où il était difficile de recruter alors que présentement, des dizaines et des dizaines de gens s’inscrivent à l’infolettre et remplissent notre formulaire pour faire partie de notre banque de participants.

Est-ce que les tâches à effectuer sur une ferme sont répétitives?
Comme nous faisons affaire avec des petites et moyennes fermes souvent bios et qui adoptent des techniques régénératives, les tâches ne sont pas si répétitives et dépendent beaucoup de la saison. On peut être appelés au printemps à préparer le sol, les planches de culture ou à faire des semis. Pendant l’été, on peut transplanter les semis, désherber et faire les récoltes puis à l’automne, on peut aider à fermer les jardins.

«Ces tâches font apprendre beaucoup de choses aux participants à propos des façons de cultiver et sont encore plus symboliques lorsque les bénévoles reviennent et voient l’évolution des récoltes au cours des saisons.»

Sur la ferme, quelles sont les choses qui étonnent le plus les bénévoles venus aider?
Les surprises les plus fréquentes, c’est de réaliser à quel point c’est ardu comme travail. Plusieurs urbains ont des visions bucoliques du travail agricole. Si on trouve que 40 heures par semaine c’est beaucoup, ça ne l’est pas quand on travaille sur une ferme! De plus, c’est un métier qui demande de la force et de l’endurance, qui se fait près du sol et qui exige de s’accroupir et de se relever souvent. Et puis qu’il pleuve, qu’il fasse froid ou qu’il fasse trop chaud, il faut faire le travail quand même: ça fait partie de la réalité des fermiers. Quand on sait en plus que les agriculteurs ne gagnent pas beaucoup d’argent, on en vient à apprécier encore plus leur apport à notre société!

Les expéditions que nous organisons sur les fermes sont bénéfiques pour tous parce que ça mène les gens qui ne s’y connaissent pas à réaliser que c’est un travail important et qui n’est pas facile. En un ou deux jours, par l’expérimentation, les gens ont un contact direct avec la vie agricole. C’est comme si on leur disait: «Voici le métier de fermier, c’est ça la réalité». 

D’autres textes à lire à ce sujet:

Le rat des villes et le rat des champs, une chronique de Christian Bégin
Vigneron cherche main-d’œuvre local fiable, une carte blanche de Sébastien Daoust
De l’importance de sauter la clôture, une carte blanche de Fernande Ouellet

*L’organisme prépare présentement un projet pilote afin de s’adapter à la situation de la COVID-19. Pour être tenu au courant des projets futurs et pour ajouter votre nom à leur banque de bénévoles, rendez-vous sur compagnonsmaraichers.org.