Le grincement de dents de Maxime Coubès - Caribou

Le grincement de dents de Maxime Coubès: la restauration québécoise perd une main-d’œuvre qualifiée

Publié le

28 novembre 2025

Texte de

Sophie Mediavilla-Rivard

Dans le dernier trimestre, le mixologue Maxime Coubès a assisté au départ d’une dizaine d’employés du milieu de la restauration – gestion, cuisine et service, aucun secteur n’y échappe. Malgré leurs compétences, plusieurs se sont vu forcés de retourner en France en raison de la complexité grandissante du processus d’immigration. Depuis son arrivée ici en 2012, c’est du jamais vu pour celui qui se désole de voir la restauration québécoise perdre ces bras dont elle a plus que jamais besoin.
maxime coubès
Dans le dernier trimestre, le mixologue Maxime Coubès a assisté au départ d’une dizaine d’employés du milieu de la restauration – gestion, cuisine et service, aucun secteur n’y échappe. Malgré leurs compétences, plusieurs se sont vu forcés de retourner en France en raison de la complexité grandissante du processus d’immigration. Depuis son arrivée ici en 2012, c’est du jamais vu pour celui qui se désole de voir la restauration québécoise perdre ces bras dont elle a plus que jamais besoin.
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Qui est Max Coubès?

Maxime Coubès, originaire du sud de la France, est arrivé à Montréal en 2012 en tant qu’illustrateur et s’est tourné vers l’industrie du bar comme un grand nombre d’immigrés étrangers. En 13 ans, il s’est taillé une place importante dans le milieu, notamment en co-fondant le premier bar à cocktails de type speakeasy à Montréal, Le 4e mur, ainsi que L’École du Bar de Montréal. Max est présentement gestionnaire au bar Crocodile et consultant pour de nombreux prestataires du milieu.

— Pourquoi avez-vous approché Caribou afin de prendre la parole?

Je travaille dans plusieurs établissements différents et une grande partie de nos employés sont Français. Je n’ai jamais assisté à autant de départs forcés que récemment — même dans des postes de direction. Ça n’a jamais été facile d’avoir un visa, mais les deux dernières années ont été les pires que je n’ai jamais vues. Le monde n’arrive pas à rester.

Je n’ai jamais vraiment critiqué le système d’immigration québécois, parce que je ne suis pas Québécois et que j’adore le Québec. Mais là, il y a des choses qui ne font aucun sens. On vire des gens compétents dans des business qui font de l’argent pour absolument rien.

— Avez-vous un exemple pour illustrer la situation?

Oui! Pour moi, la goutte qui a fait déborder le vase, c’est qu’on a perdu notre directrice au restaurant Miracolo. Elle gérait une armée d’une quarantaine de personnes, était là depuis quelques années, bien établie, elle a monté les échelons. Elle méritait son poste; les propriétaires voulaient vraiment la garder. Malgré les démarches qu’on a faites pour appuyer son dossier, rien n’est arrivé à temps. Elle a donc mis son appart à louer et vendu tous ses meubles. Le jour où elle a pris son billet d’avion, elle a reçu son permis. Malheureusement, c’était trop tard et sa décision de quitter était déjà prise.

Fermeture du PEQ

Le 6 novembre, Québec a annoncé une baisse du nombre d’immigrants permanents admis par année, passant de 61000 en 2025 à 45000 pour les 4 prochaines années. Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui était une voie rapide pour les aspirants à la résidence permanente, a été fermé quelques semaines après.

— À part la perte de main-d’œuvre qualifiée, quelles sont les conséquences de ces événements?

Il y a tout l’aspect de l’image que ça laisse du Québec, à la fois pour les équipes et les candidats à l’immigration. Lorsque la directrice du Miracolo a dû partir, ça a été très traumatique pour l’équipe: tout le monde trouve ça injuste. En plus, la prochaine fois que les patrons auront un poste de direction à combler, ils vont prioriser un Québécois avant de le donner à quelqu’un qui le mérite et qui risque de devoir partir.

Il y a aussi certaines de ces personnes qui sont arrivées il y a quelques années à un moment où on leur a dit que le Québec avait besoin de main-d’œuvre. Pourtant, au moment d’avoir la résidence permanente, on plafonne le nombre de travailleurs et d’étudiants étrangers acceptés. Ils repartent avec de très mauvaises expériences et images du Québec…

— Comment gérez-vous la situation en tant que gestionnaire?

C’est vraiment une galère pour les propriétaires de PME de faire les démarches pour aider leurs employés. Du jour au lendemain, ils doivent se retrousser les manches, aller sur Immigration Canada pour comprendre tout le truc. Souvent, ils vont payer le dossier pour l’employé, en plus d’un avocat ou d’un consultant pour que ça fonctionne, tout ça sans savoir si ça va porter fruit. Et c’est non remboursable en cas de refus. C’est beaucoup d’argent dépensé et de temps perdu. En plus, dans les restos et dans les bars, il n’y a habituellement pas de responsable des ressources humaines. Ça en met beaucoup sur nos épaules.

Le pire, c’est qu’on est dans le flou le plus total. J’ai l’impression que lorsqu’on envoie un dossier de demande de visa, ça tombe dans les mains de Dieu. On ne sait jamais ce qui va se passer. Au cours des trois derniers mois, par exemple, j’ai reçu tellement de CV de Français qui n’ont soit pas de visa ou qui sont entre deux eaux. C’est le paradis de la zone grise!

— Ces enjeux s’inscrivent aussi dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre…

Le besoin des PME pour de la main-d’œuvre motivée et qualifiée sont criants. Les gens qui arrivent de France, pour la plupart, ont beaucoup d’expérience et sont motivés. Il y a un monstrueux contraste entre la réalité du terrain et les actions du gouvernement, qui selon moi montrent clairement du clientélisme. Je trouve ça quand même bizarre que juste un peu avant les élections, la CAQ commence à taper sur les immigrants, au moment même où sur le terrain, on perd de la main-d’œuvre. Pourtant, des travailleurs compétents veulent venir, mais on ne peut pas les embaucher. Ou alors, on a affaire à un système archaïque où quand on envoie des dossiers, on n’a aucune rétroaction.

On ramasse encore les poussières de la pandémie; je ne vois pas comment ça pourrait ne pas être handicapant sur le long terme.

«Je trouve nos élus hypocrites, parce que je suis persuadé qu’il y a une bonne strate de cette population française qui vient ici avec une expertise qui apporte beaucoup de plus-value à la gastronomie québécoise.»
Max Coubès

— Qu’est-ce qui fait que le milieu de la restauration soit particulièrement touché?

Le système d’immigration accorde beaucoup d’importance aux diplômes. Dans le milieu, il y a souvent des gens très qualifiés, mais leur expérience n’est pas reconnue. Je reçois des CV d’individus qui ont travaillé dans des hôtels de luxe en Suisse, mais ils sont traités comme des gens qui n’ont aucune expérience sous prétexte qu’ils n’ont pas de formation. Moi, quand j’ai eu ma résidence permanente, je travaillais dans trois établissements de restauration différents dans des postes de direction, mais j’ai eu mon visa grâce à mon diplôme de graphisme. C’est complètement décalé.

On souffre du fait que personne au gouvernement ne se soit vraiment penché sur la réalité de nos entreprises. C’est vexant en tant que professionnels, parce qu’on entend des discours comme: «La restauration, c’est un travail d’étudiants, vous allez bien vous débrouiller.» C’est complètement faux aujourd’hui, quand on regarde à quel point le paysage culinaire québécois rayonne. C’est tellement dommage de ne pas utiliser le potentiel de tous ces gens talentueux qui s’offre à nous pour continuer sur cette lancée.

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