Savourer du vert en hiver
Publié le
07 février 2026
Texte de
Virginie Landry
«L’avantage [des laitues et des légumes de serre], c’est qu’on peut assurer une présence annuelle de légumes québécois sur les tablettes», avoue d’emblée Valérie Terrault, directrice des ventes et du marketing de Gen V. L’entreprise familiale, fondée par son père en 1987, possède des serres de haute technologie à Saint-Jérôme (Laurentides), à Sainte-Clotilde (Montérégie), à Portneuf (Capitale-Nationale) et à Ham-Nord (Centre-du-Québec). On y produit des légumes biologiques (concombres, tomates, poivrons) et de la laitue hydroponique (dont l’eau est le substrat) 12 mois par année. Ces denrées sont vendues dans les grandes chaînes d’épicerie de la province.
Assurer une variété et une sécurité alimentaires aux Québécois est une grande source de motivation pour l’entreprise. C’est une aspiration similaire qui a incité le jeune entrepreneur Georges Aczam, un immigrant syrien arrivé au Québec en 2010, à créer AquaVerti, la toute première ferme hydroponique verticale – où les plants sont cultivés en de multiples couches superposées – à Montréal.
«On utilise de sept à huit fois moins d’espace qu’un champ classique en installant autant de niveaux que nous le permet notre entrepôt de Saint-Laurent», lance-t-il avec enthousiasme. Son entreprise, fondée en 2017, propose plusieurs variétés de salades vivantes non coupées ou sous forme de mélanges prêts-à-manger vendus dans de nombreuses épiceries.
Les plants d'AquaVerti Au démarrage, M. Aczam a développé à l’interne tout ce dont il avait besoin pour pratiquer l’agriculture en environnement contrôlé (AEC) – systèmes d’eau, tours de production, systèmes d’air, robotique – pour, ultimement, maîtriser chaque étape de la croissance de ses salades. «C’est la première fois qu’on comprend autant la plante, déclare-t-il. L’apport en eau nécessaire, le taux d’oxygène, la vitesse de brassage de l’air, la déshumidification, les heures optimales pour augmenter la puissance de la photosynthèse…»
Chez Gen V, on parle d’une agriculture 2.0: «À partir d’un système informatisé, mes agronomes, qui sont sur place ou à distance, peuvent savoir quand la serre a besoin de quelque chose.»
Bien que la technologie se soit installée dans leurs fermes ultramodernes, leur travail reste de l’agriculture. «Nos défis sont agricoles, explique Valérie Terrault. Ils sont similaires et différents à la fois. Je suis protégée des pluies diluviennes et de la grêle, mais, s’il y a une panne d’électricité, ça m’affecte.»
Question de durabilité
Cette agriculture moderne est-elle réellement écoresponsable? Valérie Terrault croit que oui: «On utilise 85% moins d’eau que la culture extérieure, moins d’espace aussi. On ne surexploite pas le sol, on n’utilise pas de pesticides, de fongicides ou d’insecticides. On utilise la biomasse pour chauffer nos serres.» Dans ces environnements contrôlés, la croissance des plantes est rapide, les rendements sont élevés et les légumes, propres et nutritifs.
De son côté, Georges Aczam, qui croit totalement en son modèle, se veut un peu plus prudent: «L’avenir [de l’agriculture] dépend de plein de choses, et une ferme verticale n’est qu’une solution potentielle. Les légumes restent quand même coûteux à produire, et l’impact environnemental dépend de l’endroit où on s’installe et de l’énergie avec laquelle on s’alimente.»
À quand les robots?
En ce moment, pour des raisons de contrôle de la qualité, le cofondateur d’AquaVerti considère que l’humain effectue mieux le travail qu’un robot. «L’automatisation reste un défi pour nous», concède-t-il, expliquant que tous les équipements sont conçus pour de l’agriculture traditionnelle grande surface, rien qui soit adapté à de la culture de salades en entrepôt!
Du côté de Gen V, on teste depuis des années de nouvelles technologies qui pourraient aider à augmenter le taux de croissance des plants ou même faire la récolte des légumes. «Au lieu d’avoir 15 personnes, j’aurais besoin d’un seul bras robotisé qui pourrait cueillir mes concombres. Les serres les plus avancées dans le monde ont ça.»
Tant Gen V qu’AquaVerti misent actuellement sur l’innovation semencière et le peaufinage des systèmes logistiques en place. À leur avis, il faut continuer de travailler cette forme d’agriculture moderne pour développer la résilience alimentaire et s’affranchirdes aléas de la météo de plus en plus imprévisibles.
Évidemment, tout ne peut se cultiver en serre, mais pour ceux qui choisissent cette avenue, Valérie Terrault avoue que «ça donne une belle qualité de vie aux agriculteurs». En voilà un autre avantage de taille!
Des produits à découvrir en épicerie
- Laitue Boston vivante de Gen V (Sainte-Clotilde, Montérégie)
- Mélange de laitue «montréalais» d’AquaVerti (Montréal)
- Bouquet croquant de Serres Folia (Sherrington, Montérégie)
- Mélange de salade «printanier» des fermes GoodLeaf (Saint-Hubert, Montérégie)
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