On sert aussi des galettes de sarrasin cuites «directement sur le rond du poêle à bois, graissé avec un morceau de lard», raconte Raymonde Beaudoin, fille de cuisinière de chantier. Particulièrement populaires dans la région, les fèves au lard consommées à l’année sont encore offertes par de nombreuses boulangeries, vestiges d’une époque où les chaudrons de fèves cuisaient pendant des heures, dans les braises restantes des anciens fours à pain.
Forestibles et champignons – Comme dans le Bas-Saint-Laurent, c’est une crise de l’industrie forestière qui mène au développement de la Filière mycologique en Mauricie. Alors que l’industrie du bois s’essouffle, une étude du Syndicat des producteurs de bois souligne le potentiel des produits forestiers non ligneux [les PFNL sont des produits de la forêt autres que le bois]. Au fil du temps et malgré de profondes transformations commerciales et industrielles, le recours à la forêt comme source d’approvisionnement ne se dément pas. Depuis 10 ans, le développement de la mycologie avec son écosystème de cueilleurs, formateurs, excursionnistes, brasseurs, distillateurs et restaurateurs, est une véritable locomotive régionale à l’innovation, propulsée par le Festival MYCO – Rendez-vous de la gastronomie forestière.
Le gibier de la Haute-Mauricie – Avec son territoire constellé de plans d’eau (11%) et de forêts (85%), la Mauricie voit éclore de prestigieux clubs de chasse comme le Shawinigan Club (1883), le Triton Fish and Game Club (1886) ou le Paradise Fin and Feather Club (1888) au Lac Édouard. Publicisés jusque dans le New York Times, les clubs attirent les élites américaines, canadiennes anglaises et même européennes jusqu’en Mauricie. Destination de chasse majeure au Québec, pour l’orignal, l’ours noir et le petit gibier, le temps s’arrête à La Tuque en automne. Les commerces fermés et les bancs d’écoles déserts en témoignent.
La truite du lac Édouard et de Saint-Alexis – L’alimentation des Atikamekw, riche en poissons (doré, perchaude, loche et corégone) témoigne d’un territoire ancestral déployé autour de la rivière Saint-Maurice ou Tapishkwan sibi. Au 19e siècle, les pourvoiries, lacs et rivières qui regorgent d’une grande diversité d’espèces attirent un afflux constant de touristes, mais la truite du lac Édouard, et la truite mouchetée de Saint-Alexis-des-Monts sont particulièrement prisées. À l’époque, les guides mauriciens qui accompagnent les touristes lors de leurs séjours de pêche, avaient l’habitude de préparer un shore lunch le midi. Le repas de poisson cuit sur le feu avec des pommes de terre au lard est encore offert aujourd’hui dans les pourvoiries, confirme Nicolas Bernard, propriétaire de la Seigneurie du Triton.
…à celui du fleuve et des basses-terres du Saint-Laurent
Les petits poissons des chenaux – À l’origine, la pêche au poulamon ou «petits poissons des chenaux» se pratique sur la rivière Saint-Maurice, mais le développement industriel chasse les poissons jusqu’aux rivières Saint-Anne et Batiscan. Aujourd’hui, chaque hiver depuis 90 ans, des centaines de pêcheurs se donnent rendez-vous à Sainte-Anne-de-la-Pérade pour la pêche blanche au petit poisson des chenaux. Si l’événement très couru attire des centaines de touristes, la consommation du poisson s’est un peu perdue. «De nos jours, explique l’historien René Beaudoin, c’est surtout une excuse pour prendre un petit verre et faire le party.» Petit et fastidieux à cuisiner, le poulamon perd de son intérêt comme aliment de subsistance alors que le niveau de vie s’améliore.