— L’île Nepawa, c’est aussi un microclimat propice à l’agriculture, non?
L’île se trouve dans le lac Abitibi, qui est très grand mais peu profond: il fait seulement trois ou quatre mètres de profondeur. Au printemps, quand la glace fond, le soleil réchauffe l’eau rapidement, et même si les froids reviennent, l’eau chaude dégage de l’humidité qui maintient la température au-dessus du point de gel. Ça protège les fleurs des pommiers: c’est comme si on profitait d’un microclimat plus doux pour la floraison. Par contre, l’hiver, c’est le contraire: le lac gelé devient un désert de glace de 100 kilomètres, qui produit une masse d’air froid. Il faut des arbres avec une génétique extrêmement rustique pour survivre à -30, -35 degrés Celsius.
— Est-ce que votre position géographique influence le goût de vos pommes?
Ma femme Jacinthe et moi, on était fervents d’agriculture biologique dès le début, alors on n’a jamais utilisé de pesticides. Aujourd’hui, je produis une dizaine de variétés de pommes, et chacune d’entre elles a un goût unique. Il y en a qui mûrissent fin août, d’autres, début septembre, d’autres, fin septembre. Les nuits, plus froides au nord, augmentent le sucre dans les fruits, qui a pour fonction d’aider les plantes à résister à ce genre de climat. Grâce à ce phénomène, nos pommes sont généralement moins acides et plus sucrées qu’ailleurs: elles sont tellement bonnes! On choisit les variétés spécifiquement pour chaque produit qu’on transforme, comme nos alcools fins, nos confitures, nos compotes et nos gelées de fruits.