Verger de l’île Nepawa: Des pommes miraculeuses - Caribou

Verger de l’île Nepawa: Des pommes miraculeuses

Publié le

10 août 2026

Texte de

Sophie Mediavilla-Rivard

Photos

fournies par le Verger Nepawa

Sur la minuscule île Nepawa, qui mesure moins de 10 kilomètres de longueur sur environ 1 kilomètre de largeur, on trouve quelque 400 habitants, des chalets et… un verger expérimental. L’endroit se situe dans la municipalité de Clerval, en Abitibi-Témiscamingue, pas loin de la frontière ontarienne. En 1985, Pierre Drapeau a eu l’idée – folle pour l’époque – d’y planter le premier verger de la région, alors que les pommiers ne survivaient pas encore dans ce climat. Sa recherche a porté fruit: il cultive maintenant des pommes, des prunes, des raisins et des framboises qui goûtent l’ouest du Québec.
verger de l'île Nepawa
Sur la minuscule île Nepawa, qui mesure moins de 10 kilomètres de longueur sur environ 1 kilomètre de largeur, on trouve quelque 400 habitants, des chalets et… un verger expérimental. L’endroit se situe dans la municipalité de Clerval, en Abitibi-Témiscamingue, pas loin de la frontière ontarienne. En 1985, Pierre Drapeau a eu l’idée – folle pour l’époque – d’y planter le premier verger de la région, alors que les pommiers ne survivaient pas encore dans ce climat. Sa recherche a porté fruit: il cultive maintenant des pommes, des prunes, des raisins et des framboises qui goûtent l’ouest du Québec.
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— À quoi ressemble le paysage sur le chemin qui mène au verger? 

On est situé à une trentaine de kilomètres à l’ouest de La Sarre. Pour arriver jusqu’ici, il faut traverser le village de Sainte-Hélène-de-Mancebourg, puis rouler une quinzaine de minutes. Le paysage est agréable, malgré le chemin de gravier. Ensuite, on traverse jusqu’à l’île en empruntant un des plus longs ponts couverts du Québec. Le verger est sur le versant sud-est, près du sommet de l’île, offrant un panorama magnifique: on voit toute l’étendue du lac Abitibi, puis l’horizon à perte de vue. Avant mon arrivée, les terres étaient en partie abandonnées, et le village avait été démoli. Le retour à la terre, dans les années 1970, a entraîné une revitalisation de l’île.

De quelle façon votre position géographique, dans l’extrémité ouest du Québec, tout près de l’Ontario, influence-t-elle l’entreprise?

Le fait d’être à l’ouest n’a pas vraiment d’incidence sur le verger. On vend nos produits exclusivement en Abitibi-Témiscamingue – on n’a pas vraiment de clients en Ontario. C’est plutôt la nordicité qui est un enjeu. 

«Dans les années 1980, il n’y avait pas d’arbres fruitiers en Abitibi-Témiscamingue, à part quelques pommetiers. Les agronomes me disaient que c’était impossible d’en faire pousser.»
Pierre Drapeau

Autrefois, j’étais charpentier-menuisier, mais j’ai fait une formation en production d’arbres fruitiers dans la vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique, où il y avait des centres de recherche qui développaient des variétés de pommiers pour le nord de l’Alberta. Comme je suis originaire de l’Abitibi, j’ai choisi de lancer un projet ici et j’ai commencé à expérimenter en greffant différentes variétés à des pommetiers sauvages qui poussaient déjà dans la région.  Ça représentait un vrai défi! Réaliser l’irréalisable est devenu mon rêve, et ça a marché: après une dizaine d’années, les arbres se sont mis à donner des pommes. Le verger m’occupe au quotidien depuis plus de 40 ans. 

verger de l'île Nepawa

L’île Nepawa, c’est aussi un microclimat propice à l’agriculture, non?

L’île se trouve dans le lac Abitibi, qui est très grand mais peu profond: il fait seulement trois ou quatre mètres de profondeur. Au printemps, quand la glace fond, le soleil réchauffe l’eau rapidement, et même si les froids reviennent, l’eau chaude dégage de l’humidité qui maintient la température au-dessus du point de gel. Ça protège les fleurs des pommiers: c’est comme si on profitait d’un microclimat plus doux pour la floraison. Par contre, l’hiver, c’est le contraire: le lac gelé devient un désert de glace de 100 kilomètres, qui produit une masse d’air froid. Il faut des arbres avec une génétique extrêmement rustique pour survivre à -30, -35 degrés Celsius.

Est-ce que votre position géographique influence le goût de vos pommes?

Ma femme Jacinthe et moi, on était fervents d’agriculture biologique dès le début, alors on n’a jamais utilisé de pesticides. Aujourd’hui, je produis une dizaine de variétés de pommes, et chacune d’entre elles a un goût unique. Il y en a qui mûrissent fin août, d’autres, début septembre, d’autres, fin septembre. Les nuits, plus froides au nord, augmentent le sucre dans les fruits, qui a pour fonction d’aider les plantes à résister à ce genre de climat. Grâce à ce phénomène, nos pommes sont généralement moins acides et plus sucrées qu’ailleurs: elles sont tellement bonnes! On choisit les variétés spécifiquement pour chaque produit qu’on transforme, comme nos alcools fins, nos confitures, nos compotes et nos gelées de fruits.

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