Le potager santé, un jardin tissé de mémoire - Caribou

Le potager santé, un jardin tissé de mémoire

Publié le

11 septembre 2026

Texte de

Sylvie Courchesne

Photos de

Parc Marie-Victorin

Le Parc Marie-Victorin a été fondé en 1985 par un groupe de citoyens pour célébrer le 100e anniversaire de naissance du frère Marie-Victorin, natif de Kingsey Falls. Encore aujourd'hui, l'équipe du parc poursuit une mission simple: éveiller et sensibiliser à la nature par l’émerveillement. Dans cette carte blanche inspirante, la coordonnatrice aux communications du parc, Sylvie Courchesne, explore le lien entre l’espace potager, le milieu rural et les traditions qui ont façonné notre rapport aux ressources végétales.
Parc Marie-Victorin
Premier plan de gauche à droite: Capucine (Tropaeolum majus), Ciboulette à l’ail (Allium tuberosum) | Plan central: Artichauts (Cynara scolymus), Lavatères (Lavatera trimestris), Amaranthes (Amaranthus sp.), Fuchsias (Fuchsia triphylla thallia)
Le Parc Marie-Victorin a été fondé en 1985 par un groupe de citoyens pour célébrer le 100e anniversaire de naissance du frère Marie-Victorin, natif de Kingsey Falls. Encore aujourd'hui, l'équipe du parc poursuit une mission simple: éveiller et sensibiliser à la nature par l’émerveillement. Dans cette carte blanche inspirante, la coordonnatrice aux communications du parc, Sylvie Courchesne, explore le lien entre l’espace potager, le milieu rural et les traditions qui ont façonné notre rapport aux ressources végétales.
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Le potager santé est l’un des sept jardins thématiques du Parc Marie-Victorin de Kingsey Falls. Même les passionnés de jardinage peuvent être surpris – voire déconcertés – par ce jardin de démonstration. Ces plantes, pourtant familières, se jouent de notre perception. Quand avons-nous la chance de croiser une fleur d’artichaut qui dévoile son véritable cœur fleuri ou une pyramide de fleurs de laitue? Et qui se souvient que la carotte, le poireau ou la moutarde peuvent devenir des plantes spectaculaires lorsqu’on les laisse fleurir hors du cadre de l’assiette?

Dans le potager santé, les fruits, les légumes et les légumineuses ne sont pas seulement des aliments. Ils deviennent des objets de curiosité, des témoins de notre histoire et des passeurs de savoirs. Ils nous invitent à regarder autrement ce qui compose notre quotidien et notre rapport aux aliments.

Un héritage nourricier

Le Parc Marie-Victorin est situé au cœur de l’un des milieux ruraux les plus prospères du Québec. Ici, l’agriculture a longtemps constitué un pilier du développement économique et de la vie collective. Au fil des décennies, la modernisation des pratiques a toutefois profondément transformé les paysages, la taille des entreprises agricoles et la diversité des productions.

À contre-courant de cette uniformisation des paysages, ce jardin thématique remet en valeur la diversité des plantes et des pratiques qui ont nourri et soigné les communautés rurales: plantes potagères, aromatiques et médicinales, variétés ancestrales, cultivars oubliés ou insolites.

Ces plantes composent un aménagement généreux et coloré, où la beauté naît aussi du bon compagnonnage. Car au jardin, rien n’est tout à fait isolé. Les plantes interagissent, se soutiennent et se complètent. Certaines attirent les pollinisateurs, d’autres éloignent les ravageurs ou contribuent à améliorer le sol. Le potager est un milieu vivant tissé de liens.

Parc Marie-Victorin Du potager santé à la serre de mystérieuses plantes carnivores, en passant par les mosaïcultures géantes, le Parc Marie-Victorin déploie sept univers botaniques le long de ses 6 km de sentier.
Parc Marie-Victorin

Des savoirs enracinés

Derrière chaque plante se cache une somme de gestes et d’expériences. Le potager a longtemps joué un rôle essentiel dans l’économie familiale, en permettant d’assurer une part de l’autonomie du foyer. On y sélectionnait des semences adaptées à la réalité des saisons, à la nature du sol et aux conditions du territoire. On apprenait par l’observation, par une longue suite d’essais et d’erreurs, bref, par la proximité avec les cultures.

Ces connaissances se transmettaient par un voisin, un grand-parent ou un parent. Elles se prolongeaient dans les gestes de valorisation et de transformation: faire sécher les fines herbes, préparer les conserves, fermenter les légumes, composer les tisanes ou préserver les récoltes pour les mois plus froids. Intimement lié à la cuisine, le potager se fait aussi culture. Les plantes y racontent des pratiques, des goûts et des habitudes.

Une promenade dans le potager santé peut donc devenir une expérience de mémoire. On y retrouve des saveurs d’enfance et l’on découvre parfois des goûts inattendus, comme ceux des gelées de fleurs de pivoine ou de bégonia préparées au Parc.

Un laboratoire vivant

Cette rencontre entre le savoir scientifique et l’expérience quotidienne rejoint d’ailleurs une idée essentielle dans la pensée de frère Marie-Victorin: faire dialoguer les savoirs scientifiques et la culture populaire par le pouvoir de l’émerveillement. Cette idée est au cœur de la mission éducative du Parc Marie-Victorin et le potager santé y participe pleinement. Il ne transmet pas seulement des informations sur les plantes: il nous amène à renouer avec elles, à comprendre leur diversité et leur complexité.

Ces savoirs et ces savoir-faire constituent un pont précieux entre la science et le patrimoine collectif. Ils ne s’opposent pas aux connaissances institutionnelles: ils les complètent, les incarnent et leur donnent une dimension sensible. Une observation répétée au jardin peut devenir une hypothèse. Une recette familiale peut révéler une propriété particulière d’une plante. Une variété conservée avec soin garde l’empreinte d’un patient travail de sélection mené au fil des générations.

Parc Marie-Victorin Laitue frisée (Lactuca sativa crispa), Chicorée scarole sp. (Cichorium endivia sp.), Tagètes (Tageta patula mango tango), Capucine (Tropaeolum majus)

Une mémoire à cultiver

Lorsqu’une plante porte de nombreux surnoms, cela témoigne souvent de la diversité de ses usages et de leur circulation – d’un pays à l’autre, d’une culture à l’autre, d’une famille à l’autre. Les mots eux-mêmes deviennent les traces d’une mémoire en mouvement.

Le potager santé raconte ainsi une histoire de relations: entre les humains, le climat et les saisons, le sol et les plantes, la mémoire et les sens. En l’observant de plus près, nous découvrons qu’il n’est jamais un simple espace de production. C’est un lieu où l’on goûte, où l’on transmet et où l’on s’émerveille – un rendez-vous avec l’histoire du territoire et de ceux qui nous ont précédés.

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