— À part la perte de main-d’œuvre qualifiée, quelles sont les conséquences de ces événements?
Il y a tout l’aspect de l’image que ça laisse du Québec, à la fois pour les équipes et les candidats à l’immigration. Lorsque la directrice du Miracolo a dû partir, ça a été très traumatique pour l’équipe: tout le monde trouve ça injuste. En plus, la prochaine fois que les patrons auront un poste de direction à combler, ils vont prioriser un Québécois avant de le donner à quelqu’un qui le mérite et qui risque de devoir partir.
Il y a aussi certaines de ces personnes qui sont arrivées il y a quelques années à un moment où on leur a dit que le Québec avait besoin de main-d’œuvre. Pourtant, au moment d’avoir la résidence permanente, on plafonne le nombre de travailleurs et d’étudiants étrangers acceptés. Ils repartent avec de très mauvaises expériences et images du Québec…
— Comment gérez-vous la situation en tant que gestionnaire?
C’est vraiment une galère pour les propriétaires de PME de faire les démarches pour aider leurs employés. Du jour au lendemain, ils doivent se retrousser les manches, aller sur Immigration Canada pour comprendre tout le truc. Souvent, ils vont payer le dossier pour l’employé, en plus d’un avocat ou d’un consultant pour que ça fonctionne, tout ça sans savoir si ça va porter fruit. Et c’est non remboursable en cas de refus. C’est beaucoup d’argent dépensé et de temps perdu. En plus, dans les restos et dans les bars, il n’y a habituellement pas de responsable des ressources humaines. Ça en met beaucoup sur nos épaules.
Le pire, c’est qu’on est dans le flou le plus total. J’ai l’impression que lorsqu’on envoie un dossier de demande de visa, ça tombe dans les mains de Dieu. On ne sait jamais ce qui va se passer. Au cours des trois derniers mois, par exemple, j’ai reçu tellement de CV de Français qui n’ont soit pas de visa ou qui sont entre deux eaux. C’est le paradis de la zone grise!
— Ces enjeux s’inscrivent aussi dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre…
Le besoin des PME pour de la main-d’œuvre motivée et qualifiée sont criants. Les gens qui arrivent de France, pour la plupart, ont beaucoup d’expérience et sont motivés. Il y a un monstrueux contraste entre la réalité du terrain et les actions du gouvernement, qui selon moi montrent clairement du clientélisme. Je trouve ça quand même bizarre que juste un peu avant les élections, la CAQ commence à taper sur les immigrants, au moment même où sur le terrain, on perd de la main-d’œuvre. Pourtant, des travailleurs compétents veulent venir, mais on ne peut pas les embaucher. Ou alors, on a affaire à un système archaïque où quand on envoie des dossiers, on n’a aucune rétroaction.
On ramasse encore les poussières de la pandémie; je ne vois pas comment ça pourrait ne pas être handicapant sur le long terme.