— D’où vient l’idée du Paloma?
Armand Forcherio: Aux alentours de 2013, je commençais à penser que je voulais trouver un endroit où je me sentirais à la maison.
Rosalie Forcherio: Quand j’étais enfant, Armand n’était pas souvent là parce qu’il travaillait beaucoup. Mais quand il était là, il l’était entièrement. Et, le dimanche, entre autres, je me souviens d’une fois où j’avais envie que mes amis viennent manger chez moi. Je leur disais que c’était bon et que je désirais partager cette expérience avec eux. J’étais très fière. Pour le resto Paloma, ça a été un peu la même chose: que ce soit où l’on se sent comme un dimanche à la maison.
— Quelles ont été les inspirations pour votre carte?
A. F.: Je voulais préparer des trucs de famille, des mets que ma mère faisait. Elle était une cuisinière incroyable et, maintenant qu’elle est décédée, je m’en ennuie beaucoup, alors je fais des plats qui me la rappellent. Le menu est donc emprunté à la cuisine du sud de la France: c’est une cuisine méditerranéenne ensoleillée composée d’huile d’olive, de poisson… On retrouve également une influence italienne.
R. F.: Il y avait aussi des choses que je voulais faire. Certaines ont fonctionné, d’autres moins: il y a des plats auxquels nous étions attachés, mais que les gens n’aimaient pas nécessairement. On a créé autour de ça. Il y a des classiques qui ont fait la réputation du Paloma: les pâtes, la cervelle, les rognons…
— Armand, qu’est-ce que ça fait de voir sa fille emprunter la même route que nous?
A. F.: Quand je lui ai annoncé que je voulais faire comme lui, Armand m’a répondu que je devais m’orienter ailleurs. Il m’a dit qu’au minimum, je devais faire un programme de gestion pour mieux m’outiller. Puis, pour me montrer ce que c’était vraiment, il m’a fait faire deux mois de plonge à son restaurant de l’époque, le Nizza. J’ai tenu bon et je suis montée au poste de mise en place, puis au gardemanger. Je pense que mon père souhaitait que je vive des expériences avant de prendre une décision définitive. Mais à cette époque, il était sec et assez dur envers moi.
R. F.: C’était pour la protéger…
— Rosalie, est-ce que cela a créé des occasions pour toi, le fait d’être «la fille d’Armand»?
A. F. : Au départ, je ne voulais même pas que les gens sachent qui était mon père. Il est connu dans le milieu de la restauration et j’espérais faire mes preuves et m’émanciper. Pendant mon stage de fin d’études, au Toqué!, mes collègues ne l’ont appris qu’à la toute fin.
— Comment se passe le fait de posséder un restaurant père-fille?
A. F.: Nous avons 33 ans d’écart. C’est sûr qu’il y a de petits accrochages de générations et que les approches sont différentes.
R. F.: Ce n’est pas toujours facile! Avant de travailler ensemble, on se réunissait tous les dimanches, mais maintenant, quand on est en congé, on a besoin de notre bulle.