Les mères, elles, guettaient l’arrivée du marchand de légumes de Saint-Léonard: «Des fraises! Des concombres! Des tomates! Des beaux blés d’Inde à vendre!» Il y avait même un livreur de fèves au lard, qui bravait l’hiver en sleigh pour échanger un pot de bines fumantes contre des marmites en terre cuite vides et bien lavées.
Au fil des décennies, les ruelles se renouvellent au rythme des transformations urbaines, de la motorisation des transports et des vagues d’immigration. De simples voies utilitaires, elles se muent en lopins de terre pour de nombreuses familles italiennes, grecques et portugaises dans les années 1950 à 1980. Encore aujourd’hui, on peut admirer leurs superbes jardins remplis de tomates, de gourganes, de bettes à carde, de pruniers et même de figuiers.
Mis à part l’occasionnel aiguiseur de couteaux, les marchands ont disparu du paysage urbain, mais la ruelle, elle, reste. Milieu de vie, de rassemblement communautaire, de 5 à 7, de patin hivernal et d’appropriation citoyenne, elle continue d’offrir un terrain de jeu sécuritaire aux enfants.