- Séparer les actions « cuisiner » et « manger »
Ne pas toujours cuisiner juste avant de passer à table. Après une grosse journée, on peut par exemple miser sur un reste de la veille ou un repas prêt à manger, puis cuisiner plus tard, quand l’énergie revient et dans des moments où c’est plus agréable. - Redéfinir la « meal prep »
Éviter les menus figés. Plutôt que de tout prévoir le dimanche, préparer des ingrédients polyvalents (portions de riz ou de pâtes cuites, tofu rôti, légumineuses assaisonnées…) à assembler selon l’envie du moment. - Avoir sous la main des raccourcis du commerce
Choisir quelques options toutes prêtes pour les soirs pressés : nouilles à cuisson rapide, sauces en pot, légumes surgelés, jus de citron en bouteille… Des alliés qui font gagner du temps, réduisent le gaspillage et enlèvent de la pression. - Prioriser un environnement facilitant
Aménager la cuisine pour réduire les obstacles. Miser sur un couteau bien aiguisé, une poêle qui ne colle pas, un espace désencombré ou avec un seul appareil pratique (friteuse à air chaud, cuiseur à riz…) adapté à sa réalité. - Choisir une « destination » quand l’inspiration manque
S’inspirer d’une cuisine du monde (mexicaine, japonaise, libanaise…) pour guider ses choix. Suivre une palette de saveurs aide à limiter les décisions et casse la routine.
Bien manger sans s’épuiser
Publié le
28 octobre 2025
Texte de
Joanie Rathé
La charge mentale renvoie à ce travail invisible qui occupe l’esprit: planifier, anticiper, coordonner mille tâches domestiques et professionnelles à la fois. «Dans la cuisine, elle englobe tout ce qu’il faut prévoir pour qu’un repas arrive sur la table, comme penser aux menus, gérer les goûts, allergies ou restrictions, coordonner les horaires, planifier les courses et surveiller le budget», résume Véronique Provencher, professeure à l’Université Laval et chercheuse au Centre NUTRISS, qui se consacre à l’étude des liens entre alimentation, santé et société.
À ce poids s’ajoutent de nouvelles pressions: cuisiner maison, acheter local, éviter le gaspillage, absorber l’inflation… sans oublier les messages nutritionnels qui circulent en continu. «Certaines contraintes institutionnelles, comme les restrictions alimentaires dans les écoles, viennent aussi compliquer la préparation des repas du midi pour les parents», souligne-t-elle. Que l’on ait des enfants ou non, qu’on vive en couple ou seul, la charge mentale liée à l’alimentation reste bien présente, peu importe l’âge ou le contexte familial.
Et celle-ci n’est pas toujours répartie de façon égale. Selon l’Institut de la statistique du Québec (2022), les femmes consacrent en moyenne une heure de plus par jour que les hommes au travail non rémunéré, notamment aux tâches domestiques, aux soins aux enfants et aux courses.
En effet, le manque de temps demeure l’obstacle le plus souvent mentionné lorsqu’il est question de planifier ou de préparer les repas. C’est le reflet d’un rythme de vie où tout doit aller vite, amenant son lot de défis quotidiens. Pour alléger cette charge, Véronique Provencher propose une piste de solution: s’organiser en fonction de sa réalité et, lorsque possible, discuter de la répartition des responsabilités avec ses proches, plutôt que de les assumer en silence. «La planification peut sembler exigeante au départ, mais elle s’avère payante à long terme. Et une discussion ouverte aide aussi à répartir les tâches de façon plus équitable.»
Redéfinir «bien manger»
Pour Caroline Huard, alias Loounie, créatrice culinaire végétalienne et autrice du livre Les raccourcis de Loounie (KO Éditions, 2025), «bien manger» ne se résume pas à ce qu’il y a dans l’assiette. Anciennement ergothérapeute, elle conserve de son passé l’habitude d’analyser chaque activité, y compris la cuisine, dans toutes ses dimensions: comment s’articule-t-elle avec nos capacités, nos défis du quotidien (fatigue, manque de temps, concentration, etc.) et notre environnement?
Son diagnostic récent de TDAH est venu renforcer cette conviction: l’adaptation est essentielle.
Alléger la charge, pour elle, c’est accepter qu’il n’y ait pas de solution parfaite. Nos priorités fluctuent, comme notre énergie. Si l’objectif est d’aller vite, on se tournera vers des raccourcis proposés à l’épicerie; si on vise l’économie, on passera plus de temps à cuisiner. Dans tous les cas, rappelle-t-elle, «on a quand même besoin de se nourrir pour être capable de fonctionner au quotidien».
Cela suppose d’adapter la tâche aux ressources du moment et, surtout, de revoir nos attentes. Parfois la cuisine sera un plaisir, parfois une corvée, et c’est tout à fait normal. Comme le rappelle Loounie, mieux vaut faire l’épicerie pour la semaine qu’on va réellement vivre, plutôt que pour celle qu’on rêve d’avoir. Acheter plusieurs variétés de légumes verts peut sembler «santé», mais devient une source de stress (et de gaspillage) si on n’a pas le temps de les cuisiner.
En fin de compte, l’idée de «bien manger» ne doit pas être associée à une volonté de performance, mais plutôt être vue comme un jeu d’équilibre entre nos contraintes et nos envies. L’important, c’est moins l’assiette parfaite que la pause qu’elle nous offre.
5 conseils de Loounie pour alléger la charge mentale des repas
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