La noisette — À mi-chemin entre tradition et innovation, la noisette colore autant les souvenirs éclatants des fins d’étés d’autrefois, que les chantiers actuels de mise en valeur des PFNL (produits forestiers non ligneux). Pour la plupart des gens, la noisette évoque tout un imaginaire, celui des arrêts en voiture pour acheter des noisettes en bordure des chemins de campagne, ou celui encore plus vif de la morsure des involucres sur le bout des doigts, ces enveloppes dentelées qui protègent les noix fraîchement récoltées. Traditionnellement on mange les noisettes «comme ça», c’est-à-dire nature, après avoir lancé les poches de noix au sol, pour séparer les involucres des noisettes séchées quelques semaines au grenier. L’objectif des récents chantiers d’innovation? Travailler avec des producteurs pour identifier les meilleurs cultivars et positionner la noisette comme un des produits phares de la région. Grâce à la Filière Noisetier, 14 vergers de noisettes ont déjà été implantés dans le Bas-Saint-Laurent depuis 2016.
La crevette «de Matane» — La fameuse crevette nordique, rebaptisée «crevette de Matane» dans le Québec des années 1960, est en réalité pêchée sur la Côte-Nord au large de Baie-Comeau, Sept-Îles, Havre-Saint-Pierre ou Natashquan, près d’Anticosti. La confusion s’installe lorsque la famille Soucy, pionnière québécoise de la pêche aux crevettes, choisit Matane, dans le Bas-Saint-Laurent, pour y construire l’usine et les entrepôts réfrigérés Les Fruits de mer de l’Est en 1966. Matane devient bientôt la capitale incontestée de la crevette, appelée «puces des mers» par les locaux. Le Festival de la Crevette de Matane, fondé en 1973, inspire entre autres des cartes postales, un disque vinyle et un livre de recettes publié en 1981. On y trouve une bisque de crevette, un cipaille aux crevettes, mais surtout un «chien-chaud aux fruits de mer» inspirée du lobster roll américain. La saison de la pêche s’étire généralement d’avril à octobre, ramenant les chalutiers vers la côte après cinq à sept jours d’expédition. En saison, on retrouve la crevette nordique dans les pizzas locales, les salades fraîches ou les pâtes crémeuses, mais surtout dans la guédille, véritable star estivale des cantines routières de la 132. Depuis 2023, la population de crevettes nordique en déclin a obligé Pêches et Océans Canada à réduire drastiquement les quotas de pêche de 80%, mais la saison 2026 s’amorce avec une lueur d’espoir : les quotas sont en hausse de 42% par rapport à l’an dernier.
La fricassée —Durant près de cent ans, les villes côtières de l’estuaire du Saint-Laurent sont le repaire des touristes fortunés, déferlant par bateaux entiers à partir du Canada, des États-Unis et même d’Angleterre, dans les grands hôtels avec «vue sur mer» et les villas huppées de Cacouna, Kamouraska et de Métis-sur-Mer. Durant l’été, de nombreux villageois vont jusqu’à offrir leur maison principale en location, s’entassant joyeusement avec toute leur marmaille, dans la laiterie ou le fournil à proximité. La guerre qui éclate en Europe à la fin des années 1930 met brusquement fin aux festivités, les orchestres se taisent, les halls d’hôtel sont désertés, et le souvenir faste des réceptions estivales gagne le chemin des mémoires oubliées.