Le «tailgate», la tradition gourmande qui rassemble avant le match
Publié le
17 février 2026
Texte de
Virginie Landry
Le premier tailgate officiellement répertorié aurait eu lieu lors d’un match de football universitaire américain opposant Rutgers et Princeton le 6 novembre 1869 au New Jersey. Selon les journaux de l’époque, des spectateurs venus en chariots tirés par des chevaux auraient consommé boissons et nourriture avant ladite partie. Au tournant de l’an 1900, l’avènement de l’automobile aux États-Unis démocratise l’habitude de consommer un pique-nique dans le coffre de sa voiture dans le stationnement du stade de football, d’où le terme tailgate, qui désigne le panneau arrière rabattable d’un véhicule.
Depuis, cette tradition n’a fait que s’amplifier et, même si elle reste fondamentalement liée au football américain et aux classiques de sa culture culinaire du barbecue, de nombreux partisans d’équipes sportives canadiennes et québécoises ont adopté la pratique au fil des ans.
«On n’a rien inventé ici!» avoue Frédéric Bhérer, conseiller en communication du Rouge et Or de l’Université Laval à Québec dont le tailgate a la réputation d’être le plus gros et le plus festif de la province.
Inaugurée en 1996 en même temps que la création du club de football, la fête d’avant-match a commencé de façon très modeste. Aujourd’hui, trois stationnements adjacents au stade sont ouverts à ce méga party. Beau temps, mauvais temps, le tailgate démarre à 6h du matin avant chaque match à domicile qui, lui, a lieu à 13h. À bord de leur véhicule ou dans une tente, les gens consomment un lunch tout prêt ou cuisinent sur place avec leur barbecue portatif. Certains mangent plutôt aux camions de cuisine de rue. « On reçoit en moyenne 18 000 personnes au stade et on estime que 75% de ceux-ci passent par le tailgate », affirme Frédéric Bhérer.
À manger
Robert Penny, alias Bob le Chef, est complètement fou de cette tradition qui accompagne son sport préféré. «Je suis un fan fini de football, c’est ma corde sensible», admet avec une excitation palpable celui qui a souvent voyagé chez nos voisins du Sud pour vivre des expériences à la fois gourmandes et sportives.
Qu’on festoie dans sa voiture ou qu’on s’inspire de cette fête gourmande pour regarder le match dans son salon, à son avis, pour un tailgate réussi, il faut «un crescendo de nourriture qui se mange bien avec les doigts». Il cite comme incontournables les fameuses ailes de poulet, des côtes levées, des saucisses enrobées de bacon, des pommes de terre farcies, un chili fait maison (il peut être végé!) servi avec des triangles de pitas.
Le chef, qui suggère de tout apprêter d’avance, conseille également de courir les promotions et de faire des provisions de côtes levées et de pilons de poulet lorsque leur prix est bas.
C’est ce doux effluve qui attirera également de curieux gourmands vers votre voiture ou votre tente lors d’un festin d’avant-match extérieur. «C’est chauvin, le tailgate. On veut que nos ailes de poulet soient les meilleures. Quand ton voisin de stationnement a fait un brisket ou de la salade de chou maison, c’est ça, la vraie compétition!» dit-il en plaisantant.
Frédéric Bhérer peut en témoigner: «Les gens prennent ça au sérieux, ils arrivent à 6h pour commencer à faire tourner leur pièce de viande sur une broche. Certains font même des brunchs complets!»
À boire (mais pas trop!)
Comme les festivités commencent au petit matin, les partisans du Rouge et Or «commencent souvent par un café alcoolisé avant de passer à la bière», a remarqué Frédéric Bhérer.
À un tailgate du CF Montréal, Bob le Chef fut surpris de voir des participants boire un verre de vin. «C’est qu’il y a beaucoup de Français qui aiment l’équipe montréalaise!»
Attention, cependant, à ne pas lever le coude trop tôt ni trop fréquemment: «Le football n’est pas un sprint, c’est un marathon», fait valoir Bob le chef. «Si tu bois de la bière toute la journée, tu vas cogner des clous avant la fin du match.»
À la mode québécoise
Pour avoir assisté à de nombreuses célébrations d’avant-match aux États-Unis, Frédéric Bhérer confirme que le niveau d’ambiance de nos tailgates rivalise avec ceux des Américains et que la nourriture y est sensiblement la même… «à part peut-être qu’on utilise plus de sirop d’érable dans nos recettes».
Chez le Rouge et Or, les tailgaters peuvent profiter de spectacles de musique, d’animations et même de jeux pour enfants. Selon lui, bien que la nourriture soit au cœur des festivités, la tradition repose également sur un fort sentiment d’appartenance. À son équipe sportive, certes, mais également à toute sa communauté. «C’est l’événement idéal en gang.»
Cinq tailgates auxquels assister au Québec
Football
- Rouge et Or de l’Université Laval.
- Vert et Or de l’Université de Sherbrooke
- Carabins de l’Université de Montréal.
- Alouettes de Montréal au stade Percival-Molson.
Soccer
- CF Montréal au stade Saputo.
Plus de contenu pour vous nourrir

