Un après-midi de fin septembre en mode «autonomie alimentaire» - Caribou

Un après-midi de fin septembre en mode «autonomie alimentaire»

Publié le

09 octobre 2026

Texte de

Luce-Maude Gendreau

Luce-Maude Gendreu habite, avec son conjoint Valentin Deslauriers, une grande terre de 40 hectares au cœur des montagnes du Témiscouata, à Auclair dans le Bas-Saint-Laurent: le Domaine Vert Forêt. En plus de produire du sirop d’érable et d’élever des porcs, ils cultivent légumes, grains et plantes pour nourrir leur famille et les animaux, dans une philosophie d’autonomie alimentaire. Luce-Maude prend ici la plume pour nous raconter son quotidien au jardin en ce début d’automne.
Photo de Camille Sery Martineau
Luce-Maude Gendreu habite, avec son conjoint Valentin Deslauriers, une grande terre de 40 hectares au cœur des montagnes du Témiscouata, à Auclair dans le Bas-Saint-Laurent: le Domaine Vert Forêt. En plus de produire du sirop d’érable et d’élever des porcs, ils cultivent légumes, grains et plantes pour nourrir leur famille et les animaux, dans une philosophie d’autonomie alimentaire. Luce-Maude prend ici la plume pour nous raconter son quotidien au jardin en ce début d’automne.
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Septembre 2026. Il n’a suffi que de quelques jours de temps plus frais et la page a commencé à se tourner lentement sur l’été.

Les grillons se taisent dans l’air frais de septembre. J’en entends encore quelques-uns ici et là, mais ça n’a rien à voir avec leur bruit de fond si plaisant du mois d’août.

Cette page qui se tourne, c’est aussi les bourdons engourdis par le froid, qui dorment dans les fleurs. Je les trouve au matin immobilisés dans les fleurs duveteuses de dahlias, d’anis à l’hysope, ou dans les fleurs tardives de framboises d’automne. Comme seules les reines bourdons se cachent  pour survivre à l’hiver, les bourdons ouvriers étirent l’été le plus longtemps possible en butinant jusqu’au gel fatal.

Photo de Camille Sery Martineau
Le temps des récoltes est bien intense. Au cœur d’un petit système en autonomie, les tâches variées vont bien au-delà de la récolte.

Il s’agit plutôt de maintenir tout ce petit système en place: la protection des sols pour l’hiver (cultures de couvertures, débris de jardin), l’alimentation des animaux (tout ce que nous conservons pour eux – grains, foin, légumes), la préservation des semences (récolter les graines de carottes, oignons, courges, selon les années, et conserver une partie du grain). On se projette facilement dans les mois à venir. L’agriculture nous oblige à un certain lâcher-prise, à faire confiance à la nature, mais également à beaucoup de planification. C’est un fil continu: chaque saison prépare la suivante.

Les récoltes, c’est aussi choisir le bon moment pour déterminer le mûrissement de chaque plante.

Le bon moment pour cueillir et transformer les plantes médicinales, pour la cueillette des pommes selon leur variété (les blanches qui tombent toutes avant la fin août, les pommes du champs des vaches mûres à point en septembre, celles de notre pommier qu’on nomme peaux dures, qui sont meilleures après les gelées), pour la maturité des grains, pour ce qui peut attendre et tolérer le froid et même les gelées (carottes, betteraves, poireaux).

Et quand nous nous y mettons enfin, chaque récolte est minutieuse: il y a souvent une catégorie déclassé qui s’ajoute et qui permet de maximiser les rendements. Cela s’illustre, par exemple, avec les pommes de terre: je sépare celles à manger, entreposées dans les boîtes de bois au caveau, celles que je garde pour la semence, classées par variété dans des poches au caveau également, puis les pommes de terre blessées lors de la récolte, à manger vite, dont je conserve les grosses (catégorie déclassé), puis une bonne quantité pour les cochons. Je fais toujours aussi un sac de mini patates, pour le plaisir (et pour les soupes).

C’est ma mini chaîne de tri et d’emballage, qui peut me prendre tout un après-midi pour chaque récolte. Classer, trier, préserver. Mon jardin me parle et me réconforte. J’y vois tout ce qui me nourrira jusqu’en juin prochain.

Je m’imagine que je gagne mon combat contre la course exigée par le capitalisme, en prenant mon temps et en créant mon mode vie. Mais dans les faits, je suis toujours en combat contre le temps: celui de la nature.

J’aime sentir cette urgence de devoir terminer toutes les tâches reliées aux récoltes avant les neiges. L’impression d’avoir mon sort sur les épaules. En fait, j’aime croire que tout ce que je fais est essentiel, et que les épiceries n’existent pas…

Photo de Maude Chauvin - archives Caribou

En m’en allant vers l’étable en cette fin de journée d’automne, j’ai des mauvaises herbes, des cotons (les résidus) de plants de légumes, et des légumes moches (déclassés) pour nourrir mes animaux.

Je retrouve les cochons à l’étable. Ils reviennent de leur boisé et entrent pour manger, toujours avec le même empressement. Ce sont des gourmands. Ils vont adorer les cotons de haricots et les patates moches. Les bovins, eux, arrivent du champ tout paisibles, repus de la douceur de l’automne. On est loin de l’agitation de l’été, avec sa chaleur et ses mouches, qui rendent les vaches si impatientes.

Cette page qui se tourne, c’est la lumière qui change, plus tamisée, avec des journées écourtées.

Tarder à terminer quelques travaux au jardin, au champ ou à l’étable en soirée.

Fermer la serre et abriller les plants de tomates pour les protéger d’un gel au sol possible. Rentrer à la brunante en entendant les coyotes au loin, dans la coulée du Sutherland en face, ou dans la nôtre, vers le ruisseau Gagnon.

Apprenez-en plus sur le Domaine Vert Forêt

Nous avons consacré un portrait de Luce-Maude et Valentin dans notre numéro Extrêmes, paru en mai 2026. Pour en savoir plus sur leur philosophie et leur mode de vie, procurez-vous le numéro ICI!

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