Jardiner toute l’année, entre rêve et réalité

Je vous entends me dire: «Du jardinage en décembre?» et moi, vous répondre: «Justement, c’est décembre!»

Chronique et photo d’Hélène Raymond

Dans quelques jours, la boîte aux lettres des jardiniers amateurs se remplira de rêves de récoltes, avec l’arrivée des catalogues. Début janvier, s’amorcera la longue succession des fêtes des semences. De la Colombie-Britannique jusqu’en Atlantique, les tables des semenciers seront prises d’assaut. L’enthousiasme ne se ternit pas.

Le jardinier adapte ses gestes aux saisons. L’hiver qui commence est celui de la réflexion. Que faut-il semer? Transplanter? Où et comment gagner le maximum de lumière? Quels ont été les bons coups de l’année passée? Les mauvais? La mémoire et le carnet de notes sont des outils essentiels, bien avant la bêche.

Le jardinage est une activité épanouissante. On dirait que la nature se charge du renforcement positif. Vous mettez une graine ou un plant déjà démarré en terre puis, vous observez, binez, surveillez les prédateurs et les maladies et, avec le bon dosage de pluie et de patience, vous récoltez, transformez, mangez. Chaque tournée matinale révèle des changements; au retour des vacances, c’est le grand bouleversement. On dirait que la folie s’est emparée de votre jardin mais, tout se corrige. Le potager sait aussi se montrer indulgent.

Aux extrêmes: l’excès de zèle, tout autant que la paresse, risquent de gâcher le résultat. Vous semez ou transplantez trop tôt, alors que le sol n’est pas ressuyé, les graines pourrissent. Vous vous décidez trop tard, vous risquez la disette. Jardiner, c’est trouver l’équilibre entre sa propre nature et la Nature.

Le jardinage est devenu «communautaire», après avoir été pratiqué sur les terrains des communautés religieuses; il participe à ce mouvement d’agriculture urbaine qui ramène un peu de campagne au cœur des villes. Il se pratique dans des espaces partagés, des parcelles individuelles collées les unes aux autres et fait en sorte que partout, on discute courges, espèces exotiques, herbes odorantes, culture alimentaire. Sur les balcons et les terrasses, il se contente de toutes sortes de bacs, à condition qu’ils soient bien drainés et qu’on y ait mis un terreau de qualité. Quand il transforme les façades de maisons, il provoque quelques éclats chez les élus fermés au changement. Il a ses guérilleros, ses hybrideurs, ses semenciers bios, patrimoniaux, etc. Semenciers qui, en ce moment même, comptent, pèsent, ensachent ces graines qu’ils ont préservées selon les règles strictes de la production des semences, pour nous les vendre.

Bouquets de persil, tiges colorées de bette à carde, choux frisés géants ornent nos plates-bandes. Fini les rangs d’oignons! On cultive en bacs, en contenants de géotextile, le long des murs. Le légume s’agrippe, se tuteure, se ramifie pour résister au vent et offre une extraordinaire diversité, qui se module selon la saison. L’été a ses «fruits»: tomates, aubergines, courgettes, poivrons, piments, etc. Les équinoxes de printemps et d’automne favorisent les «feuilles»: choux, moutardes, laitues et autre roquette. Il y a tant de plantes qui tolèrent de légers gels en se faisant plus craquantes ou plus sucrées qu’il serait fou de ne pas tester leur résistance. Elles poussent, sans amertume, au moment même où plusieurs humains se mettent à pester contre le froid. Puis, la neige devient la couverture des légumes-racines.

Je salive encore en repensant à des radicchios cueillis un soir de décembre, à la mâche qui tient bon en hiver; je rêve de pelleter pour aller cueillir des carottes de Noël.

Je viens d’épuiser la provision de tomates fraîches et j’ai mis des graines en terre à la mi-novembre, en me disant que le pire qui pouvait arriver, c’est qu’elles ne se pointent jamais.

Au moment d’écrire ce billet, je ne risque aucune prévision quant à l’abondance de neige ou à la rigueur de l’hiver que j’accueille avec joie. Je sais quelles parties de mon jardin se découvriront les premières sous les rayons du soleil pour me permettre d’accélérer, sans les précipiter, les premières récoltes de verdure, grâce à des tunnels couverts d’une toile géotextile.

Merci à ces jardiniers professionnels qui testent les limites du gel et définissent les contours du jardinage nordique. Nous apprenons petit à petit à profiter du froid, à en adoucir la morsure. Vous imaginez? Six, sept mois de récolte?

On y viendra petit à petit: dans nos potagers comme chez les maraîchers, en raffinant notre connaissance des saisons, en étirant l’automne, devançant le printemps et en comprenant la force et les avantages de l’ensoleillement hivernal. Il ne s’agit pas de courir vers le printemps mais de laisser filer les jours, en comprenant que sous la terre, l’horloge biologique de l’ail, des oignons perpétuels et de combien d’autres plantes déclenchera bientôt les signaux de croissance. Au même moment où vous redessinerez pour la xième fois votre jardin en surveillant vos semis.

D’ici là, je souhaite que la période des Fêtes vous entraîne dehors. Observez vos jardins, rêvez à ce qui vient! En embellissant un coin de planète, c’est toute la Terre qui en profite.

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En attendant sa prochaine chronique, vous pouvez suivre Hélène Raymond sur son blogue, ainsi que sur Twitter.

Blogue: heleneraymond.quebec
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Par intérêt personnel autant que professionnel, Hélène Raymond se passionne depuis longtemps pour les questions agroalimentaires et environnementales. Après avoir animé D’un soleil à l’autre, collaboré à La semaine verte et à Bien dans son assiette à Radio-Canada, elle poursuit son travail d’animatrice et de reporter.