Cultiver son potager: les Urbainculteurs répondent à toutes vos questions

Vous vous êtes vous aussi intéressés au jardinage ce printemps? Vous avez fait vos semis, vous les avez transplantés en terre et vous avez aménagé votre petit jardin sur votre balcon ou dans votre cour? Maintenant, vous avez toutes sortes de questions et ce que vous trouvez comme réponses sur le web ne vous satisfait pas? Vous n’êtes pas seul! Après avoir récolté les questions qui vous taraudaient (et les nôtres!), nous les avons posées à Marie-Hélène Dubé, de l’organisme Les Urbainculteurs qui travaille, à Québec, au développement et à la promotion de l’agriculture urbaine. 

Propos recueillis par Geneviève Vézina-Montplaisir

Tout d’abord, pourquoi retrouve-t-on sur le web toutes sortes d’informations contradictoires quand on fait des recherches sur les techniques de jardinage?
C’est aussi quelque chose auquel on est confronté aux Urbainculteurs. Quand il est question de jardinage, tout le monde a son opinion. Tout le monde a des trucs et des conseils. C’est difficile de départager quelles sont les bonnes façons de faire parce qu’il y a peu d’informations tirées de recherches scientifiques, et plusieurs connaissances héritées de nos ancêtres. Souvent, les deux sources se confrontent! Parfois on voit que la science ne va pas appuyer telle pratique, mais qu’elle s’est perpétuée de génération en génération et qu’elle fonctionne pour certains. Je pense que c’est en faisant soi-même des tests, en y allant par essais et erreurs et en apprenant sur le tas qu’on sait ce qui est mieux pour notre type de jardin!

Commençons maintenant avec la grande question: quand arroser? Certains disent le matin, d’autres le soir. Comment trancher?
En fait, ce sont deux bons moments pour arroser. Mais entre ne pas arroser, ou arroser au mauvais moment, vaut mieux arroser au «mauvais» moment. L’idéal, c’est d’arroser le matin. Il faut éviter de le faire en milieu de journée parce qu’il fait plus chaud et l’eau va avoir davantage tendance à s’évaporer. Le soir serait le deuxième meilleur moment pour arroser. Mais comme la lumière descend et la chaleur aussi, le sol va rester humide plus longtemps et cela peut favoriser le développement de maladies, de champignons, etc. 

Est-ce que c’est vrai qu’il faut éviter d’arroser les feuilles de nos plants?
Une des raisons pour laquelle on dit ça, c’est que ça brûle le feuillage car les gouttes d’eau réfléchissent les rayons du soleil. Mais la vraie raison, c’est que si le feuillage reste humide, cela pourrait provoquer des maladies fongiques. Aussi, la raison pour laquelle on veut arroser le plus possible au pied de la plante, plus loin des feuilles, c’est pour que l’eau se rende plus directement aux racines. 

Est-ce que ça se peut de trop arroser?
Oui, ça se peut! Il n’est pas nécessaire d’arroser tous les jours. Si tu cultives en pots, la terre va s’assécher plus vite et là tu auras besoin d’arroser plus souvent. Mais si tes pots ne sont pas troués et ne laissent pas s’écouler l’eau, tu peux noyer ta plante! Si tu maintiens ta terre trop humide, il y a aussi des risques que des champignons se développent et que les racines pourrissent. Pour voir si tu as besoin d’arroser, l’idéal est de toucher la terre pour sentir son degré d’humidité. Il faut entrer son doigt d’un ou deux centimètres dans la terre, parce que des fois c’est encore humide en dessous d’une surface qui peut paraître sèche.   

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Les fameux «gourmands» des plants de tomates, on les laisse ou on les arrache? Et les fleurs, c’est vrai qu’il faut les arracher? 
Ah, ça c’est la question que tout le monde se pose en agriculture! En fait, il faut tout d’abord savoir la différence entre les plants de tomates déterminés et indéterminés. Un plan déterminé signifie que la hauteur du plan est déterminée et devrait atteindre environ un mètre. Les plants indéterminés, eux, n’ont pas de hauteur déterminée et continuent toujours de pousser. Ils peuvent devenir des monstres! Aux Urbainculteurs, ce qu’on prône, c’est d’enlever les gourmands des plants indéterminés. Les gourmands, ce sont des tiges qui poussent à l’aisselle entre la tige principale et les tiges secondaires. Si on les laisse, oui, ça fait une partie de plant de plus à nourrir, mais ça fait aussi plus de feuilles pour faire de la photosynthèse, donc ce n’est pas qu’une perte d’énergie. 

Enlever les gourmands permet que le plant soit moins dense, qu’il ait une meilleure aération, ce qui est bon pour contrer les maladies. Mais ce n’est pas si utile que ça si on n’est pas dans la production commerciale. 

Pour ce qui est de la question d’enlever les fleurs de notre plant, c’est conseillé de le faire avant de le transplanter. Si on l’achète à la pépinière, par exemple et qu’il possède déjà des fleurs, on est mieux de les enlever car on veut que notre plan se concentre à ce moment à faire des racines plutôt que des fruits. Ceci est vrai pour tous les plants qu’on transplante; on enlève les fleurs. 

Il est aussi conseillé d’enlever les fleurs à la fin de la saison, pour que le plan se concentre à faire murir les fruits qu’il possède déjà plutôt qu’il dépense son énergie à en faire pousser d’autres. 

Et les feuilles du bas des plants de tomates? Est-ce vrai qu’il faut les enlever pour ne pas que les insectes montent dessus? 
En fait, on devrait plutôt limiter le contact direct des feuilles avec la terre pour empêcher les maladies fongiques. Et n’importe quelle feuille qui n’a pas l’air en santé, on la coupe. Il y a plusieurs raisons qui expliquent pourquoi une feuille change d’allure. Il faut essayer de trouver la cause pour ensuite choisir le remède. Ce qui est le plus fréquent, c’est le jaunissement. Souvent, c’est un manque d’azote. Il faut alors mettre de l’engrais fort en azote. Pour nous guider, on peut essayer de trouver des sources avec des images car il y a plusieurs maladies de feuilles. 

Pour cueillir les feuilles de laitue, il faut partir de l’extérieur.

Est-ce qu’il fait attendre que nos laitues aient atteint une certaine taille pour récolter des feuilles. Comment les cueillir? Et est-ce qu’elles vont repousser? 
Ça dépend du type de laitue, mais de manière générale, on peut récolter des feuilles à tout moment. Si tu cultives de la laitue qui est supposée faire une pomme de laitue, tu peux la laisser pousser jusqu’à temps qu’elle ait atteint cette forme. Les feuilles de romaines, elles, tu peux les cueillir tout au long de la saison. Pour cueillir les feuilles de laitue, il faut partir de l’extérieur. Elles vont repousser par le centre. Et si on décide de cueillir le plan en entier, on peut en ressemer au 2 ou 3 semaines. 

J’ai déjà récolté mes feuilles au fur et à mesure et à la longue leur goût était plus amer. Est-ce normal?
Les laitues n’aiment pas la chaleur, elles aiment l’humidité. Donc, sûrement que les laitues ont eu soif, ce qui a développé ce goût amère. C’est la même chose pour les radis. 

En parlant de radis, une lectrice nous disait qu’elle n’arrivait jamais à bien les faire pousser. Les racines ne grossissent pas, ils font seulement des feuilles. Pourquoi? 
Ça arrive aussi avec les carottes et ce problème est souvent causé par un sol trop riche en azote. C’est ironique, car c’est ce qu’on veut habituellement car le rôle de l’azote est de favoriser le feuillage, mais c’est moins bon pour les légumes-racines. On peut donc se garder un espace dans le jardin pour nos radis et nos carottes dans lequel on ne mettra pas d’engrais riche en azote. 

Pour un potager urbain dans des smart pots de 20 gallons, combien de fois devrais-je ajouter du compost durant la saison pour des plants plus exigeants comme les tomates, les aubergines et les poivrons ? 
En fait, on devrait mettre du compost une seule fois dans notre terre, en début de saison. Si c’est la première fois qu’on remplit notre smart pot, on devrait mettre de 25% à 30% de compost dans notre terreau. Si on renouvèle notre terre les années d’après, on peut enlever un peu de terreau pour ajouter notre compost. 

En fait, ce qui est important c’est d’ajouter des engrais tout au long de la saison. On devrait mettre de l’engrais aux 3 à 4 semaines. Aux Urbainculteurs, nous n’utilisons que des produits autorisés en culture bio, donc nous utilisons et recommandons du fumier de poules comme engrais. Et dans nos cultures, on alterne avec des engrais d’algues. 

«Le compost va nourrir la terre. L’engrais, lui, nourrit la plante. Le compost ajoute de la vie, des micro-organismes à la terre. L’engrais, lui, va amener des nutriments à la plante.»

Marie-Hélène Dubé

Les haricots, est-ce que ça grimpe?
En fait, il existe deux types de haricots, les haricots grimpants et les haricots buissonnants. Pour aider les plants d’haricots grimpants à croître, on peut utiliser un système de support fait de ficelles ou de bâtons de bambou. 

En bio intensif, est-ce qu’on devrait utiliser un système d’arrosage goutte à goutte, ou des gicleurs?
Aux Urbainculteurs, on favorise le goutte à goutte car il amène directement l’eau aux pieds des plantes et ça évite la perte d’eau. Avec les gicleurs, on perd de l’eau par évaporation et c’est moins précis comme arrosage. Mais si on a une grande surface de jardin, les gicleurs, c’est plus pratique. Les systèmes de goutte à goutte, ça fait beaucoup de tuyaux. Si on est dans un contexte de production commerciale, c’est moins idéal. 

Pour les pots ou les petits jardins, le meilleur outil que tu as pour arroser, c’est ce que tu as à la maison. Pour un arrosage manuel, un arrosoir avec pommeau de pluie est l’idéal.

Comment faire pour garder les chats et les écureuils du voisinage hors de mon jardin?
C’est plate, mais la chose qui fonctionne le mieux, autant pour garder les chats et les écureuils hors du jardin, c’est de mettre une barrière physique: des filets, un grillage. Les autres trucs qui existent sont tous des produits ou des plantes qui ont une odeur que les écureuils ou les chats n’aiment pas. Mais le problème avec ces produits, c’est qu’il faut en remettre chaque fois qu’il pleut. Et les animaux vont finir par s’habituer à l’odeur. 

Ce qu’il faut savoir, c’est que souvent, les écureuils croquent les légumes parce qu’ils ont soif. Ils n’ont pas beaucoup de source d’eau en ville. Donc, ça ne coûte rien de leur mettre un petit bol d’eau sur notre balcon ou près de notre jardin pour qu’ils s’y abreuvent au lieu de le faire dans nos fruits et légumes. En plus, les insectes pollinisateurs vont aimer avoir un point d’eau, ce qui est bénéfique pour nos plants. 

Que doit-on penser du compagnonnage? Est-ce vrai que certains légumes sont «amis» avec certains et «ennemis» d’autres?
Le concept de compagnonnage est davantage basé sur des connaissances ancestrales que sur la science. Il n’y a pas beaucoup de recherches qui prouvent que certains compagnonnages fonctionnent plus que d’autres. En fait, c’est plutôt une question de logique. Il faut par exemple faire attention à ne pas placer des super gros plants côte-à-côte pour ne pas qu’ils fassent compétition pour la lumière et les nutriments. 

Est-ce essentiel de mettre du paillis sur notre terre de jardin?
Ce n’est pas obligatoire, surtout pour la culture en pot. Le rôle du paillis est de limiter l’évaporation de l’eau. Ça permet d’arroser moins souvent. Dans les grands jardins, ça empêche les mauvaises herbes de pousser. Pour la culture en plein sol, je recommanderais d’en mettre sur la terre. Pour ce qui est du type de paillis, celui de coco est bien même si ce n’est pas très local. La paille est l’idéal, mais c’est difficile à trouver, ça ne se trouve pas en magasin. Il ne faut surtout pas mettre du paillis de cèdre dans le potager car cela acidifie le sol.