Guy Pouliot et le sauvetage des fraises du Québec

Le grincement de dents de Guy Pouliot: «De l’aide pour sauver la fraise du Québec!»

Publié le

06 juin 2026

Texte de

Virginie Landry

Guy Pouliot est copropriétaire de la ferme Onésime Pouliot de Saint-Jean-de-l’Île-d’Orléans où il produit des fraises (d’été, d’automne, en champ et hors sol), des framboises et bientôt des mûres. L’ancien président de l'Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec s’insurge contre le fait que les producteurs ont de plus en plus de difficulté à survivre et qu’ils sont laissés à eux-mêmes pour trouver des solutions pour assurer la pérennité du délicieux petit fruit rouge. Caribou lui tend le micro.
fraises du Québec
Production de fraises en hors sol sous abri.
Guy Pouliot est copropriétaire de la ferme Onésime Pouliot de Saint-Jean-de-l’Île-d’Orléans où il produit des fraises (d’été, d’automne, en champ et hors sol), des framboises et bientôt des mûres. L’ancien président de l'Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec s’insurge contre le fait que les producteurs ont de plus en plus de difficulté à survivre et qu’ils sont laissés à eux-mêmes pour trouver des solutions pour assurer la pérennité du délicieux petit fruit rouge. Caribou lui tend le micro.
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— Quels enjeux vivent actuellement les producteurs de fraises du Québec? 

L’explosion du coût de la main-d’œuvre, c’est le plus criant. Ma compétition, c’est le salaire qui est offert aux travailleurs au Mexique! Plus les années avancent, plus la compétition est féroce. Il faut savoir que 55% du coût de la production de fraises, c’est la main-d’œuvre. Le reste, c’est la gestion et l’administration de l’entreprise ainsi que les intrants (fertilisant, plastique, cartons, quincaillerie, diesel, etc). Le salaire minimum augmente – et je ne dis pas qu’il est trop haut ou qu’il ne faut pas l’augmenter! –mais il augmente vraiment vite. C’est difficile de compétitionner contre les fraises importées si on ne fait pas différemment.

De plus, le gouvernement nous ajoute des conditions qu’il n’impose pas aux importateurs étrangers, par exemple sur les salaires, l’hébergement des travailleurs, les normes environnementales, la règlementation concernant les limites d’utilisation d’eau ou de pesticides, le recyclage ou même à propos de l’Office de la langue française! Je ne suis pas contre nos normes qui font que nos fraises sont excellentes, mais exiger un peu plus de réciprocité nous aiderait à rester compétitifs.

Au Québec, on perd des producteurs de fraises tous les ans car ils ne font pas assez d’argent pour survivre! Il n’y a pas de relève non plus, quand on pense qu’il faut travailler 80h/semaine pour vivre décemment… Un moment donné c’est beau la passion, mais ça ne paie pas tes dépenses! 

Sur la photo : Valérie (AgriPlant), Daniel (copropriétaire), Guy (copropriétaire) et Joey (AgriPlant).
fraises du Québec Serre pour production de plants.

La fraise hors-sol est une potentielle solution au problème de la main-d’œuvre. Qu’est-ce que c’est, au juste?

Pour expliquer l’intérêt envers cette façon de produire la fraise, je vous ramène en 1998, alors qu’on s’est mis à produire de la fraise d’automne. Ça faisait 10 ans que le monde essayait de trouver la bonne variété qui permettrait d’allonger la saison et de sortir la Californie de nos tablettes. Quand on l’a trouvée, tout le monde s’est mis à le faire. On en est là avec la fraise hors-sol.

Toutefois, les variétés de plants de champ qu’on utilise depuis plus de 70 ans ne fonctionnent pas en hors-sol. Il a fallu trouver la «bonne recette». Avec Onésime Pouliot AgriPlant, on est tout d’abord pépiniériste, c’est-à-dire qu’on plante des plants de génération zéro et qu’on les multiplie jusqu’à ce qu’ils soient prêts à être plantés. On fait nos propres plants. 

J’ai envie de dire que d’ici cinq à sept ans, la majorité de la production de fraise d’automne (qu’on appelle aussi la fraise jours neutres) se fera en hors-sol au Québec. Nous, c’est déjà un peu plus de 40%.

Un fraisier hors-sol est cultivé sans contact direct avec la terre dans des contenants remplis de substrats et abrités sous une structure protectrice appelée parapluie. Les plants sont alimentés par un système de fertilisation au goutte-à-goutte.

En quoi est-elle salvatrice pour l’industrie de la fraise québécoise?

Économiquement, ça devient la solution! La récolte est plus facile et plus rapide. On a un meilleur contrôle sur la production. Nos travailleurs cueillent une fois et demie à deux fois plus vite lorsque le fruit est hors-sol. Et en plus, on s’installe sur nos pires champs, ceux qui sont caillouteux et argileux. Avec les installations hors-sol, on rentabilise notre espace impropre à l’agriculture, donc c’est payant. 

Aux Pays-Bas, il n’y a plus de fraises en champs! Toutes les cultures sont hors-sol. En Angleterre aussi, on s’en va vers ça. L’efficacité de récolte a été prouvée. L’an passé, j’avais 50 personnes qui cueillaient hors-sol et 90 dans le champ. À la fin de la journée, ils me sortaient environ le même nombre de boîtes. Je n’embauche pas moins de monde, je leur fais juste faire d’autres tâches, dont du travail à la pépinière. On aura toujours besoin de plants, pour nous et les autres producteurs.

Qu’est-ce qui risque d’arriver pour ce petit fruit bien d’ici si on ne change rien? 

L’industrie, qui est arrivée à maturité, va finir par disparaître. On va devoir importer des fraises d’ailleurs qui oui vont être moins chères, mais qui ne seront pas produites sous les mêmes standards que celles faites ici. En plus, on va perdre toute notre expertise locale. La question est de savoir si on veut réellement protéger notre autonomie alimentaire et si oui, il faut être prêt à investir.

Et ce n’est pas que la fraise qui risque de subir ce triste sort, les légumes aussi, mais peut-être de façon moins extrême.

«Ma compétition, ce n’est pas mon voisin! C’est le Mexique et la Californie.»
Guy Pouliot

Qui pourrait vous aider?

Le gouvernement pourrait nous aider à faire un virage technologique. Nous aider à nous équiper adéquatement (structures d’abri, systèmes d’irrigation, etc.), ça serait déjà ça. Aussi, revoir la réciprocité des normes entre ce qui se fait ici et ce qu’on importe nous permettrait de rester compétitifs. 

«Les producteurs québécois sont créatifs. On est toujours en mode solution. On essaie constamment des choses. On ne reste pas assis sur notre steak!»
Guy Pouliot

Comment s’annonce la saison 2026?

On l’entrevoit bien! Mes plants hors-sol passent l’hiver en dormance dans des réfrigérateurs, donc ils ne subissent plus de grands froids. C’est sûr qu’en champs, on a toujours un risque de gel au printemps, mais pour l’instant ça semble beau.

Cet été, il se peut qu’on teste un robot cueilleur. C’est tout nouveau! La technologie n’est pas encore tout à fait là, le robot a encore des difficultés à identifier une fraise bien mûre. Si cela pouvait être économiquement viable, ce serait la prochaine révolution dans l’industrie.

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