— Quel bilan fais-tu de tes 20 ans comme cheffe-propriétaire de Chez Saint-Pierre?
J’ai le resto depuis 20 ans, mais ça fait bien plus longtemps que ça que je travaille en cuisine. J’ai commencé à 14 ans. Je te dirais que mon bilan, c’est que je suis usée; car au-delà de toute la passion et de tout l’amour du métier qui me tiennent, il reste que c’est difficile. Et ça ne changera jamais. On est debout tout le temps, on travaille avec de la matière périssable, on est toujours dans l’urgence et on vit du stress tous les jours. Et quand on devient gestionnaire en cuisine, on doit en plus s’occuper de la clientèle, gérer les ressources humaines…
Il va falloir que le monde comprenne que la pandémie, ça nous a vraiment fait mal, et que plusieurs personnes en restauration sont encore épuisées en ce moment. Je le dis ouvertement, et les gens commencent à le savoir: je suis en réflexion par rapport à mon métier. Je l’aime, je vais toujours l’aimer, mais comment vais-je faire pour qu’il ne me tue pas?
Je ne veux pas devenir pessimiste: il faut juste que je trouve les moyens de protéger ma passion
— Depuis des années, tu prends souvent la parole dans les médias pour dénoncer, entre autres, l’inaction des gouvernements en ce qui concerne la protection et la gestion de nos ressources maritimes et de notre «naturel sauvage comestible». Quel bilan fais-tu de ton engagement militant?
J’ai fait la paix depuis longtemps avec l’idée que je ne verrai peut-être pas de mon vivant les résultats de certains de mes combats. Changer un modèle, c’est long.
Malgré tout, il faut rester optimiste par rapport à la suite. Je ne suis pas découragée, mais je pense qu’il faut plus de leadership au Québec. À un moment donné, j’aimerais passer le micro.