— Tu es peu connu. Qui es-tu et quel est ton parcours?
J’ai 42 ans. Je suis né à Montréal, mais j’ai grandi à Québec. Je suis retourné à Montréal pour étudier à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), mais j’ai lâché après un an. J’étais encore un grand ado, je manquais de rigueur. Je travaillais en même temps dans de bons restos comme Chez L’Épicier, le Kube et je trouvais que j’apprenais plus là qu’à l’école où on enseignait beaucoup de techniques rigides. Je n’ai pas de diplôme: je n’ai jamais été très bon à l’école…
Je suis ensuite devenu chef-privé pendant deux ans, puis je suis revenu à Québec où je suis parti sur une dérape pendant six mois. J’ai été engagé comme chef au Marie-Clarisse, un resto de fruits de mer dans le Vieux-Port, mais je n’étais pas prêt pour travailler là, à 100 heures par semaine. J’ai eu un breakdown et je me suis mis à me poser des questions, je me disais que je ne pourrais jamais avoir de famille avec le rythme de vie qu’impose la restauration… Je suis ensuite partie avec ma blonde à Charlevoix pour être en campagne, où j’ai travaillé dans des restos saisonniers. Puis j’ai finalement abouti au Bic autour de 2008-2009 parce que je suis allé manger Chez Saint-Pierre et que j’ai jasé avec Colombe St-Pierre qui cherchait quelqu’un. J’ai fait quatre ans comme sous-chef là-bas.
Puis, j’ai commencé à être tanné de faire du haut de gamme. Je n’ai jamais rêvé d’avoir mon resto mais comme j’étais en région et que je ne voyais pas où aller après Chez Saint-Pierre, j’ai décidé de plancher sur un resto, simple et pas cher. En 2012-2013, avec mon associé de l’époque, on a acheté le resto du village au Bic pour créer Les Affamés. On faisait des poutines, des pogos, des trucs avec de la sauce en poudre. Je n’avais jamais servi de poutines ou de clubs sandwichs de ma vie, mais à ce moment, j’avais envie d’avoir du fun et pas de pression. Ça coûtait neuf piasses et c’était vraiment bon. Puis on s’est mis à être hybride, on a ajouté des chanterelles au menu et d’autres trucs plus fancy. On pouvait commander une poutine pas chère, mais aussi un steak de bœuf Wagyu à 70$. On a eu un succès monstre avec les gens de l’extérieur! Trois ans plus tard, on a ouvert Les Affamés de Rimouski. Puis, j’ai fini par vendre mes parts.
— Et comment est venue l’idée du Narval?
Après Les Affamés, j’ai eu envie de refaire quelque chose de gastronomique. Avec l’expérience des années, je prenais des notes sur ce qui pourrait être le bon terreau pour moi: un resto le plus petit possible, et avec le moins de jours d’ouverture possible. Je voulais une qualité de vie. Je me suis dit que j’étais mûr pour un dernier all-in en sachant dès le début que c’était mon dernier resto. J’ai trouvé ce petit local qui était déjà un restaurant.
Mais reste que ça a été un long combat intérieur. J’ai ouvert trois restos un à la suite de l’autre et je ne souhaite ça à personne! Je me suis souvent demandé pourquoi je m’imposais ça encore. Comme si je voulais prouver à je ne sais pas qui que j’étais capable.
— Pourquoi dis-tu que tu ne souhaites ça à personne?
Pour plusieurs, avoir un resto, ça devient une obsession. Je travaillais sans arrêt. J’avais mon lit ici et pourtant, j’avais un bébé à la maison.
J’ai fait beaucoup d’introspection au fil des ans à savoir pourquoi je faisais ça. La réponse que je peux donner maintenant c’est que je voulais savoir ce que j’avais dans le ventre.
Dans ma vie, je suis passé par l’alcoolisme et plein de «shits». À un moment, je me suis rendu compte que dès que je me réveillais, ma première pensée était le restaurant ou un problème à régler au restaurant. Je ne voyais pas assez mon gars, je n’avais pas de passe-temps. À un moment, j’ai dit «c’est assez»! Ma blonde m’a conseillé d’aller voir un psychologue. Ça a vraiment fait du bien de prendre soin de ma santé mentale. Ça m’a fait cheminer et ça m’a aidé à trouver des réponses. Puis avec mon psychologue, je me suis fait un plan qui prévoyait que, si deux ans plus tard je n’étais pas capable de tourner les choses en ma faveur, de penser à autre chose qu’au resto, de plus voir mon gars, d’avoir des passe-temps, c’était terminé.
Oui, il y a un temps pour l’entreprise, mais à un moment, il faut passer à autre chose. Pendant longtemps, j’ai été plus confortable dans mon restaurant que chez nous. Aujourd’hui, les choses ont changé et je pense que j’ai atteint mes objectifs, que j’ai trouvé un certain équilibre.
— Comment décrirais-tu ta cuisine?
C’est une cuisine du monde agrémentée des produits du terroir. Quand j’ai envie de faire quelque chose, je le fais. Je n’utilise pas uniquement des produits du terroir, mais je le fais dans la mesure du possible et je côtoie les producteurs. Je suis favorable à la mondialisation et j’aime faire des trucs japonais ou inspirés d’ailleurs.
Même après l’ouverture, ça a pris un moment avant de trouver le bon concept. Je sentais que je tenais quelque chose, mais que je devais le polir encore. C’est notre sixième année et enfin je peux dire que je l’ai poli mon concept. Et l’étoile, c’est la consécration totale!