– Tous tes restaurants franchissent des jalons importants cette année. Quel bilan fais-tu?
Ce que je remarque, c’est qu’on n’est pas des «célébreux» [rires]! On n’est pas des gens qui se tapent dans le dos en disant : «on est dont bien bons». Mon bilan c’est qu’on est chanceux et qu’on est privilégiés d’être capables de garder des endroits ouverts aussi longtemps et que les gens y soient encore intéressés. Parce que les gens se tannent vite, de tout, de plus en plus. Donc de pouvoir dire qu’on est capables d’être encore pertinents, je trouve ça vraiment le fun de le souligner!
– Ton partenaire d’affaires, François Nadon, n’est pas un «chef vedette». Vous n’êtes pas les plus actifs sur les réseaux sociaux. Vous avez toujours fait votre chemin avec le bouche-à-oreille. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup de restaurants qui peuvent suivre ce modèle. Selon toi, qu’est-ce qui fait que vos restaurants sont encore remplis après tout ce temps ?
Notre modèle, c’en est un de 2011. Est-ce que ça peut encore exister en 2026, un modèle comme celui-là ? Je n’ai pas la réponse. Ça marche pour nous parce qu’on l’a construit comme ça.
On est les pires pour dire aux gens: «venez nous voir, on est vraiment fucking bons». Mais si tu viens t’attabler à une de nos tables, on va tout te donner. On a misé sur le fait que nos restaurants ne sont pas à propos de nous, ils sont à propos des clients et de ce qui se passe dans nos salles et dans nos cuisines.
On ne fait pas de la restauration spectacle. C’est le fun, la restauration spectacle, ça en prend. C’est une forme d’art et une forme de présentation de notre culture. C’est juste que nous, ce n’est pas la voie qu’on a prise. Est-ce que les clients sont contents ? Est-ce que les collègues sont contents ? C’est ce qui compte. Que les gens sachent qui je suis, je m’en câlisse vraiment!
Si tu veux survivre quinze ans en restauration, tu ne peux pas être un buzz, un feu d’artifice. Au début, tout le monde applaudit. Puis après ça, pouf, les gens vont chercher l’autre feu d’artifice. Nous, on préfère des débuts plus modestes sur lesquels on construit tranquillement, et après, on fidélise. Ça fait que notre bassin de clientèle est beaucoup plus attaché à nous. Il y aura toujours des gens qui recherchent la nouveauté et c’est correct. Mais à un moment donné, c’est le fun d’avoir des endroits qui restent.